UN JOUR, UN PARCOURS – Alphonse BEDOT, de Jumel

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 11 juillet 1891, Alphonse BEDOT a reçu comme prénoms Marie Constant Frédéric Alphonse. C’est finalement le 4e prénom, celui d’Alphonse, qui a été utilisé pendant sa vie. Alphonse est le premier enfant de Vital et d’Ernestine BEDOT.

Ernestine est née à Jumel. Elle a rencontré Vital, un bûcheron de Castel, village situé à 5 km de Jumel, au bord de la rivière L’Avre. Ils se sont mariés et se sont installés Rue des Vignes à Jumel chez Alphonse et Zélia PICARD, les parents d’Ernestine.

Alphonse est né le 11 juillet 1891 et son frère cadet, Hector, le 13 juillet 1892, presque une année plus tard, jour pour jour. Il n’y aura pas d’autre enfant dans la fratrie. Alphonse et Hector deviennent vite inséparables.

Jumel est un village de moins de 300 habitants, à la fin du XIXe siècle. Il est voisin de Berny et d’Ailly-sur-Noye, dans le département de la Somme, au Sud d’Amiens. La proximité avec Ailly, le chef-lieu de Canton, permet aux habitants de disposer de tous les commerces. A Ailly, il y a aussi la Poste, le télégraphe, la Caisse d’Epargne et bien sûr le chemin de fer. C’est la grande ligne Paris-Amiens qui passe à moins d’un kilomètre du village de Jumel.

Les principales cultures sont le blé, le seigle, l’orge, le méteil et l’avoine. Une des principales ressources des villageois reste la vente des produits de la basse-cour. Avec les marchés d’Ailly, il est facile d’écouler œufs, beurre ou crème, et aussi la volaille et les lapins.

Chez les PICARD-BEDOT, comme dans presque toutes les familles de Jumel, il y a une basse-cour. Pour les besoins de la famille, et quand il y en a un peu trop, on vend quelques œufs ou quelques lapins. Vital n’est pas agriculteur. Il est bûcheron comme l’est aussi Alphonse PICARD, le père d’Ernestine.

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Même si on ne roule pas sur l’or, la vie est agréable pour les deux frères BEDOT, entourés de l’amour de leurs parents et de leurs grands-parents. Pour l’école, pas besoin d’aller à Ailly-sur-Noye. Le village a sa propre école mixte, et c’est Monsieur Bisson qui en est l’instituteur. Les fils BEDOT sont plutôt de bons élèves.

Mais il n’est pas question d’envisager d’aller ensuite à Amiens pour y suivre des études supérieures. Travail du bois et travail des champs occupent largement leur temps. Avec le père, ou chez les fermiers de Jumel, le travail ne manque pas, surtout au beau temps.

Adolescent, Alphonse est victime d’un accident. Le travail de bûcheron présente de nombreux risques, et, malheureusement pour lui, il perd l’œil droit et porte une grande cicatrice sur la joue gauche. Il a, malgré tout, eu de la chance.

Quand il passe devant le Conseil de Révision, à Ailly, Alphonse BEDOT, malgré son handicap,  n’est pas réformé. Il incorpore, le 9 octobre 1912, la 6e Section des Secrétaires d’Etat-Major à Chalons-sur-Marne. Savoir lire et écrire lui évite ainsi un service militaire trop pénible. Mais la santé d’Alphonse n’est pas bonne, et quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914, il n’est pas envoyé au combat. La Commission de réforme, réunie à plusieurs reprises, confirme son incapacité à combattre. En avril 1917, au moment des terribles combats du Chemin des Dames, les effectifs de l’Armée française sont au plus bas. Alphonse est alors affecté au 15e Régiment d’Infanterie. Le régiment, après l’enfer au Mort-Homme, près de Verdun, au printemps 1917, intervient surtout, ensuite, dans le secteur des Vosges et de l’Alsace. En mai 1918, il part combattre en Flandres, avant de participer, à l’été 1918, à la dernière grande offensive française visant à chasser définitivement les Allemands.

Quand Alphonse BEDOT est démobilisé, le 18 juillet 1919, il revient chez ses parents à Jumel. Mais la maladie a gagné du terrain. Les gaz ont atteint les poumons.

Ernestine s’accroche à un mince espoir. Le bon air de la Vallée de la Noye va peut-être le guérir ? Ce fils est encore en vie et c’est l’essentiel. C’est tellement précieux la vie d’un enfant. Ernestine sait depuis quatre ans que son plus jeune fils, Hector, ne reviendra pas. Le maire est venu lui apporter la terrible lettre le 19 juillet 1915 annonçant qu’Hector BEDOT avait été « tué à l’ennemi au combat de Beauséjour, le 6 mars 1915 »

Incorporé au 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville, pour y effectuer son service militaire en octobre 1913, Hector BEDOT avait été blessé gravement dès les premières semaines de guerre. Blessé à la fesse droite par éclat d’obus, à Maurupt-le-Montois pendant la Bataille de la Marne, il n’était revenu au combat, après un long séjour à l’hôpital, qu’en janvier 1915.  Six semaines après son retour au front, la guerre du plus jeune des deux frères BEDOT de Jumel était définitivement finie. Il a 22 ans pour toujours.

La maladie emporte Alphonse BEDOT, le seul survivant, le 9 novembre 1919, à l’âge de 28 ans.

Ernestine n’a plus de fils. Elle n’a plus d’enfant. Avant la guerre, elle en avait deux. Deux jeunes garçons qui avaient la vie devant eux…

Alors que le lien entre le décès d’Alphonse BEDOT et son difficile parcours pendant la guerre semble évident, il n’a pas été officiellement déclaré « Mort pour la France ». En ces premiers mois d’après-guerre, la priorité des services de l’administration militaire était surtout de retrouver l’identité des nombreux disparus des champs de bataille. Découvrir si un lien de causalité existait entre les dizaines de milliers de morts, naturelles ou non, d’hommes enfin démobilisés et la guerre passait au second plan.

Ernestine n’a engagé aucune démarche officielle pour obtenir cette reconnaissance de l’Etat français. De toute façon, ça ne pouvait pas lui ramener son fils vivant. Et au village, tout le monde savait qu’Alphonse, comme son frère Hector, était bien mort à cause de la guerre.

Les noms d’Alphonse BEDOT et d’Hector BEDOT sont inscrits sur le monument aux morts de leur village de Jumel.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Jumel.

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Emile MINER de CHAUSSOY-EPAGNY

Joseph BOULFROY d’ORESMAUX

Albert FOY de FOUENCAMPS

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