UN JOUR, UN PARCOURS – Camille PERSENT de Soyécourt

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 16 juillet 1893, Camille PERSENT est le fils de Léon PERSENT et d’Alina BOULANGER.

Ils se sont mariés en janvier 1893 et quatre enfants sont nés de leur union. Camille est l’aîné, suivi près de dix ans plus tard par Francine, puis Maurice en 1905 et Adrien en 1912. La petite enfance de Camille est donc celle d’un enfant unique. C’est dans les rues du village que Camille trouve ses copains de jeu.

La population du petit village de Soyécourt compte à peine 350 habitants quand Camille vient au monde, à la fin du XIXe siècle. En raison de l’exode rural vers les communes où sont installées les fabriques de textile et de sucre du Santerre, Soyécourt a perdu plus de 200 habitants en cinquante ans. L’activité est essentiellement agricole, complétée par l’artisanat et quelques rares commerces. Il y a un boulanger et quatre débits de boissons servant aussi d’épicerie pour les produits qu’on ne fabrique pas chez soi comme le sel, le sucre, le café ou le chocolat. Les besoins alimentaires sont satisfaits par la basse-cour et le potager. Qu’on soit fermier ou ouvrier agricole, on se rend sur les marchés de Lihons ou de Rosières pour y vendre du beurre, des œufs ou de la volaille plutôt que pour y acheter des denrées.

Léon PERSENT est ouvrier agricole dans la ferme d’Alfred CAVEL. L’exploitation est installée dans la Rue « d’Estrées à Vermandovillers », rue où habite aussi la famille PERSENT. Alina, la mère, y travaille souvent également. La ferme d’Alfred CAVEL est la plus importante du village. Elle emploie une dizaine d’ouvriers agricoles ou domestiques, et de nombreux journaliers en période de récolte.

A l’exception des fils de fermiers, tous les jeunes hommes du village travaillent, à un moment ou à un autre chez Alfred CAVEL.

C’est le cas de Camille PERSENT bien sûr, mais aussi d’Alcindore PERSENT, un petit-cousin de Camille, de Gontran DEMARQUAY et d’Edouard PATTE, quatre garçons qui ont le même âge. Ces quatre jeunes hommes goûtent pleinement la vie et profitent de leur jeunesse. Le travail à la ferme peut être pénible parfois, mais la joie d’être ensemble efface les difficultés et anime la petite équipe. Elle atténue aussi les douleurs, comme celle pour Alcindore et pour Gontran, d’avoir perdu un père.

Alcindore habite Rue d’Ablaincourt avec sa mère et son frère cadet. Gontran qui vivait chez son beau-père avec sa mère, sa sœur et sa demi-sœur, est maintenant logé dans la ferme d’Alfred CAVEL. Edouard PATTE y est logé également comme domestique de ferme.

Gontran DEMARQUAY et Edouard PATTE partent au service militaire. En octobre 1912, jugés aptes par le Conseil de révision de Chaulnes, ils laissent les deux copains du village pour rejoindre leurs casernes. Gontran est affecté au 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais et Edouard au 120e RI de Péronne.

Une année plus tard, c’est au tour des deux petits-cousins de quitter Soyécourt. A l’automne 1913, Alcindore part au 42e Régiment d’Artillerie de La Fère dans l’Aisne et Camille PERSENT rejoint le 128e Régiment d’Infanterie à Amiens. 

Tous les régiments de la région militaire d’Amiens qui étaient encore dans leurs casernes quittent la Picardie dès la déclaration de guerre. Le 5 août 1914, le 128e et le 51e RI rejoignent Dun-sur-Meuse. Le 120e RI et le 42e RA sont déjà casernés à Stenay dans la Meuse, depuis plusieurs semaines. Même si au fil des jours, des centaines de milliers d’hommes mobilisés arrivent dans l’Est de la France, les jeunes appelés savent qu’ils seront les premiers à être envoyés au combat dès que l’ordre de repousser les Allemands sera lancé.

Pendant ce temps-là, la vie civile commence à s’organiser autour des femmes et des hommes les plus âgés. Léon PERSENT, le père de Camille, a été mobilisé. Il doit rejoindre le Service des Gardes des Voies de Communication sur la ligne de chemin de fer reliant Amiens à Tergnier. Le 28 août, Léon peut regagner son village. Sa mission est terminée.

Les régiments de la région d’Amiens combattent le 22 août 1914 près de Virton, au sud du Luxembourg belge, pour se retrouver, après la retraite de l’Armée française, dans l’enfer de la Bataille de la Marne, dans le secteur de Maurupt-le-Montois et Sermaize-les-Bains. Si les cinq jours de combats début septembre permettent à l’Armée française de repousser les Allemands dans leur avancée vers Paris, ils sont particulièrement meurtriers. Les rescapés se retrouvent ensuite, pendant plusieurs mois, dans le bourbier des tranchées de l’Argonne.

Le 24 septembre 1914, les Allemands entrent à Soyécourt. A quatre heures de l’après-midi, ils réquisitionnent les maisons pour y loger les soldats. Dans les jours suivants, les hommes de la commune sont faits prisonniers. Les femmes et les enfants se réfugient dans leurs caves. La cave de la maison du maire en abrite un grand nombre pendant sept semaines. Les civils sont ensuite évacués par les Allemands à Villers-Carbonnel où ils restent pendant plusieurs mois.

En Argonne, dans le Bois de la Gruerie, le 4 octobre Camille PERSENT est grièvement blessé à la tête par balle. Evacué pour être soigné, il revient au front le 15 décembre. Le 128e RI est toujours en Argonne. La plupart des copains du service militaire ont disparu, victimes des tirs d’artillerie ou des maladies qui rodent dans les tranchées humides et froides des forêts dévastées. Début 1915, le 128e RI quitte l’Argonne pour se rapprocher de Verdun.

Dans l’Est du département de la Somme occupé par les Allemands, les conditions de vie des civils sont difficiles. Le 4 mars 1915, les femmes et les enfants qui avaient été évacués à Villers-Carbonnel sont placés dans un train qui les emporte en Bavière, puis en Suisse. Le rapatriement a lieu quelques semaines plus tard, dans le Sud de la France, par l’intermédiaire de la Croix Rouge.  Les réfugiés de Soyécourt sont accueillis à L’isle-sur-la-Sorgue, près d’Avignon pour quelques semaines de paix. Mais seuls les enfants et les femmes ont été rapatriés. Les hommes de Soyécourt restent en Allemagne. Léon PERSENT le père de Camille, vivra la guerre en captivité dans le camp de prisonnier de Rastatt. Le curé de Soyécourt, l’abbé TRIMBALET est, quant à lui interné à Wittenberg.

Au printemps 1915, près de Riaville dans la Meuse, Camille PERSENT est à nouveau blessé à la tête. La mort est passée tout près. L’hospitalisation est plus longue, toute comme la convalescence.

Les réfugiés de l’Isle-sur-la Sorgue ont pu regagner leur région. En juin 1915, toute la famille PERSENT est transférée à Buigny-Saint-Maclou, près d’Abbeville. L’Ouest du département est sous administration britannique. Les Alliés commencent à s’organiser pour lancer en 1916 une offensive décisive dans la Somme. Des centaines de milliers de représentants de l’Empire britannique s’installent dans la Somme, construisant de véritables villages de bois et de toile et réquisitionnant de nombreux terrains pour s’y entraîner, y compris au creusement des tranchées.

En septembre 1915, à Buigny-Saint-Maclou, Alina la mère de Camille est heurtée par un camion militaire britannique qui circulait dans la commune. Blessée, elle décède quelques jours plus tard.

Camille, dévasté par la mort de sa mère et la captivité de son père, doit toutefois regagner le front. Le 26 janvier 1916, promu caporal, Camille PERSENT est à nouveau en première ligne. La guerre continue.

De gauche à droite: Francine, Adrien, Camille et Maurice PERSENT – à la fin de l’année 1915 pendant la convalescence de Camille à Buigny-Saint-Maclou (collection personnelle Didier Namont)

En septembre 1916, pendant la Bataille de la Somme, Camille est cité comme « caporal très énergique, doué d’un sang-froid remarquable » ayant réussi à faire installer sa mitrailleuse en batterie « sous un feu très violent ».

Pendant ce temps-là,  à 13 ans à peine, la jeune Francine PERSENT doit s’occuper de ses deux petits frères, Maurice et Adrien. Une correspondance régulière et affectueuse s’établit entre Francine et Camille son frère aîné. Les lettres du père interné en Allemagne, sont beaucoup plus rares.

Le 1er août 1917, Camille PERSENT est capturé, près du bois d’Avocourt en Argonne. Il est transporté en Allemagne et interné au camp de Doberitz.

Rapatrié en janvier 1919, Camille retrouve sa sœur et ses frères à Buigny-Saint-Maclou avant un retour dans leur village de Soyécourt complètement détruit. Léon, leur père, est revenu aussi. Il est sain et sauf. La vie peut reprendre peu à peu sa place.

La guerre n’a épargné personne, et surtout pas les copains de la ferme CAVEL. Gontran DEMARQUAY est mort le 10 décembre 1914 dans un hôpital en Charente, des suites de ses blessures de guerre. Après de nombreux séjours dans des hôpitaux militaires, Alcindore PERSENT est revenu de la guerre avec les poumons bien malades. Quant à Edouard PATTE, beaucoup plus que le bras droit perdu, c’est la mort de son jeune frère Fernand qui le fait souffrir.

Camille PERSENT s’est marié en juillet 1919 avec Flore LEFEVRE, donnant naissance à trois beaux enfants, Odette, Michel et André. La famille s’est installée à Lamotte-en-Santerre, village également détruit pendant la guerre situé près de Villers-Bretonneux. Camille et Flore y ont tenu un petit commerce d’épicerie-débit de boissons.

Adrien, le plus jeune frère de Camille, a été mobilisé au début de la Seconde Guerre. Le 1er juin 1940, il était à bord du bateau à vapeur Scotia, pris pour cible par l’aviation ennemie entre Dunkerque et Ramsgate, en Angleterre. Près de 300 soldats français ont perdu la vie dans le naufrage. Adrien PERSENT était au nombre des victimes. Il avait 28 ans.

Camille PERSENT est mort le 25 août 1983 à 90 ans. Francine, sa jeune courageuse petite  sœur, a définitivement fermé les yeux en 1991. Elle avait 89 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Merci à Didier NAMONT pour les informations fournies sur la famille de son grand-oncle, Camille PERSENT

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Didier BOURRY a réalisé la collecte de données pour la commune de Soyécourt.

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Charles GAUIN de VERMANDOVILLERS

André VIMEUX d’ABLAINCOURT-PRESSOIR

Fernand HAREUX d’HERLEVILLE

Lucien TOURNEL de LIHONS et DOMPIERRE

Joseph DOMICILLE de FRAMERVILLE

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