Oscar  HENIN, un enfant de la Somme

Il y a 111 ans, le 10 mai 1915, le caporal Oscar HENIN était tué à l’ennemi au nord d’Arras dans le Pas-de-Calais.

Oscar Eugène Joseph est né à Lamotte-Buleux, petit village rural, le 20 mars 1894, son enfance sera enracinée dans la Somme. A la fin du XIXème siècle cette commune du Ponthieu, limitrophe de Nouvion, compte environ 330 habitants qui vivent essentiellement de l’agriculture. Les maisons sont simples avec des murs blanchis à la chaux.

Aimé, le père, un homme de la terre, a vu le jour en 1852 à Gouy-Saint-André, un village situé dans le Pas-de-Calais.

La mère, Antoinette LEFEBVRE, nait dans la Somme à Nampont-Saint-Martin en 1862. Ils s’y marient le 16 septembre 1879 et résident à Montigny-les-Nampont, hameau de Nampont. Durant quelques années ils vont vivre dans cette commune avec leurs deux premières filles Ismérie et Marie. Aimé et Antoinette, dite Antonia, sont ménagers.

Avant la naissance de leur troisième fille, Julia, née en 1889, ils emménagent à Lamotte-Buleux.

Lors du recensement de 1906, la famille HENIN habite rue de Le Titre. Trois garçons nés aussi à Lamotte viendront compléter cette fratrie de six enfants, Charles en 1892, Oscar en 1894 et Fernand, le dernier, en 1897.

Aimé, le père de famille, manouvrier, décède le 24 août 1911 à l’âge de 59 ans. Son épouse Antoinette accueille cette année-là une pupille de l’Assistance publique de la Somme, Marie Montigny née en 1907.

En 1914, Oscar est domestique au village. C’est un grand jeune homme de 1m74 aux cheveux noirs et aux yeux marron qui se présente au Conseil de révision du canton de Nouvion.

Reconnu apte pour le service militaire, il fait donc partie de cette classe 1914 qui est appelée sous les drapeaux lorsque l’Europe bascule dans la guerre.

Le 26 août 1914, il est incorporé au 1er Régiment de Cuirassiers. Ce régiment tenait garnison à Paris, mais dès le 6 août il entre en Belgique avec toute la 1ère Division de Cavalerie, dont il dépendait.

Après une formation rapide, Oscar arrive déjà « aux armées » le 6 septembre, et rejoint son régiment qui prend part à la Bataille de l’Ourcq au début de la première Bataille de la Marne.

L’armée française se réorganise, de cuirassier il devient fantassin, le 7 octobre il intègre le 41ème Régiment d’Infanterie qui se trouve à Neuville-Vitasse au sud d’Arras. Après la perte de 2000 hommes, l’héroïsme du régiment est récompensé par une citation à l’ordre de l’armée.

Nommé caporal le 14 novembre 1914 et placé en subsistance à la 25ème Compagnie du régiment durant quelques mois, Oscar HENIN passe le 2 février 1915 au Bataillon de Marche du 41ème R.I., bataillon créé provisoirement pour une période donnée et comme unité de renfort destinée à combler les pertes dans les régiments d’infanterie.

Lors des offensives d’Artois, le 10 mai 1915, sous un feu ennemi intense, Oscar est tué à l’ennemi lors des combats de Chantecler, lieu qui se situe près de la commune de Roclincourt au nord d’Arras.

Charles, le frère aîné d’Oscar, exerce la profession de comptable. Lors du Conseil de révision il est classé, suite au décès de son père, « soutien indispensable de famille » le 2 septembre 1913. Néanmoins il sera incorporé au 128ème Régiment d’Infanterie à Abbeville le 10 octobre 1913 pour y accomplir son service militaire. Il rejoindra Dun-dur-Meuse dans l’Est de la France le 5 août 1914 après la déclaration de la guerre.

Charles va connaitre l’épreuve du feu en Belgique, c’est la Bataille des frontières. Après plusieurs jours de combats et de marche, le 128ème  dans un contexte de repli, atteint le territoire ardennais.

Blessé à la hanche, Charles est fait prisonnier le 31 août 1914 lors de la bataille de Fontenois (Ardennes). Il est interné en Allemagne à Zossen, au sud de Berlin, puis à Müllen et enfin à Müncheberg où il sera soigné pour les nerfs.

Prisonniers français à Zossen (Allemagne)

Après quatre longues années de captivité, il sera rapatrié, via la Suisse, le 3 décembre 1918 au Dépôt de transition des isolés de la Région du Nord. Mis en congé illimité de démobilisation le 27 aout 1919, il se retire à Lamotte-Buleux.

Il se mariera en septembre 1920 à Vron dans la Somme avec Lydie Fauquet et sera basculeur aux Sucreries Say.

Oscar et Charles : deux trajectoires issues d’un même foyer, celui de la famille HENIN, et séparées par la guerre, Oscar, une vie interrompue à 21 ans et Charles, une vie transformée par sa captivité.

Oscar est inscrit sur une plaque commémorative fixée sur le Calvaire au centre du cimetière communal de Lamotte-Buleux ainsi que sur son Monument aux Morts.

Jean Delhaye – Danièle Remy

Merci à René Bastin pour ses précieux renseignements sur les prisonniers

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