UN JOUR, UN PARCOURS – Joseph BOULFROY d’Oresmaux

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 17 novembre 1892 dans le village voisin de Saint-Sauflieu, Joseph BOULFROY a passé toute sa jeunesse à Oresmaux.

Ses parents, Xavier BOULFROY et Edith LEFEVRE sont originaires d’Oresmaux, comme l’étaient leurs parents. C’est dans ce village du canton de Conty, au Sud d’Amiens, que Joseph vivra.

Le chemin de fer ne passe pas sur le territoire de la commune d’Oresmaux. La gare la plus proche est à Ailly-sur-Noye, à 7 km du village. L’industrialisation est donc complètement absente du village à la fin du XIXe siècle, quand naît Joseph. Quelques hommes partent chaque matin vers Ailly-sur-Noye ou vers Conty pour travailler en usine, mais l’agriculture reste vraiment l’activité principale à Oresmaux. Dans le village on trouve les principaux métiers usuels des campagnes et quelques commerces, dont une dizaine de débits de boissons. On trouve tout sur place ! La population bénéficie de la présence de trois pressoirs ambulants pour la fabrication du cidre, d’une batteuse à vapeur pour les moissons, d’une bascule pour peser les betteraves à sucre et d’un moulin à vent sur pivot qui est utilisé pour y moudre la farine du boulanger du village.  Il reste également de nombreux tisseurs de « velours d’Utrecht » qui travaillent à domicile pour les grandes maisons amiénoises. Et, afin de s’occuper l’hiver, les ouvriers agricoles battent le trèfle rouge pour faire le commerce de graines.

Les habitants disposent presque tous d’une basse-cour dont les produits sont écoulés facilement dans la grande ville d’Amiens. La production fruitière des jardins et vergers finit également majoritairement sur les étals de la capitale régionale, ainsi que le cidre. Le commerce des céréales et des oeillettes se fait à Ailly-sur-Noye et à Loeuilly et celui des bestiaux à Conty. La vie est donc plutôt agréable à Oresmaux, mais hélas le train n’y passe pas. Le projet de voie ferrée pour relier Boves à Conty s’éternise et l’exode rural se poursuit emmenant une partie de la population en direction de Saleux, de Salouel et d’Amiens où les fabriques sont nombreuses. En cinquante ans, le village a perdu 500 habitants n’en comptant plus que 1 000 au début du XXe siècle.

Xavier, le père de Joseph, est domestique de ferme chez la Veuve Caron, alors qu’Edith fait des ménages. Arrivé au monde neuf mois après leur mariage, Joseph est leur seul enfant. Il restera toujours enfant unique. La petite famille habite dans la rue principale de la commune. Dans le village, tout le monde l’appelle la Rue du Grand Hignu.

Après avoir terminé l’école, Joseph BOULFROY se fait embaucher chez René DEVOS, le boulanger du Quartier de Longpré. René DEVOS est de nationalité belge. Il est venu s’installer à Oresmaux après avoir épousé Alphonsine LEFEVRE, une fille du village. Joseph apprend le métier de boulanger.

Agé de 20 ans, Joseph BOULFROY est convoqué devant le Conseil de révision à Conty. Jugé apte au service armé, il part quelques mois plus tard au service militaire. Les gars du village sont au moins une dizaine de la Classe 1912 à être convoqués avec Joseph. Parmi eux, seul Henri DOBREMELLE, le fils d’un des fermiers de la Rue du Grand Hignu, est affecté comme Joseph, au 18e Bataillon de Chasseurs à Pied caserné à Longuyon. André LECLERCQ et François LEFEVRE rejoignent le 51e Régiment d’Infanterie à Beauvais. Raymond DELAPORTE et Eloi BROUSSELLE, le fils du maréchal-ferrant, vont tous les deux au 12e Régiment d’Artillerie à Bruyères, en Seine-et-Oise.  Pour Arnold RUFFIER, le fils du garde-chasse, il s’agit du 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens, pour Hippolyte BOULFROY, le petit cousin de Joseph, la 2e Section de Commis et Ouvriers militaires et Daniel BENOIT, le fils du cultivateur de la Rue d’Hautyon, le 54e Régiment d’Infanterie de Compiègne. Ils partent tous le 8 octobre 1913, rejoignant la gare d’Ailly-sur-Noye vers des destinations beaucoup plus lointaines. Joseph BOULFROY et Henri DOBREMELLE partent vers le département de la Meuse, à quelques kilomètres des frontières avec l’Alsace, le Luxembourg et la Belgique.  Quand le service militaire sera fini, dans trois ans, ils en auront des choses à se raconter, les copains d’Oresmaux…

Quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914, les hommes du 18e BCP savent qu’ils vont être parmi les premiers à franchir la frontière. Chargés de missions de reconnaissance, à cheval, à pied mais aussi à bicyclette, ils doivent tenter de localiser les troupes ennemies entrées sur le sol du Grand-Duché du Luxembourg et de la Belgique dès les premières heures de la guerre.

Le  22 août, le 18e BCP vient en soutien au 120e RI à Bellefontaine, en Belgique. Joseph et Henri voient les premiers morts. Sept copains du régiment ont perdu la vie. Mais ils voient aussi les centaines de jeunes du 120e RI tombés dans la plaine du Radan. Parmi eux, de nombreux jeunes hommes de la Somme qui effectuaient, comme eux, leur service militaire.

Le 18e BCP rejoint la Marne après la retraite de l’Armée française puis mi-septembre, l’Argonne. Le 31 octobre, Henri DOBREMELLE est déclaré disparu. On l’a vu pour la dernière fois à La Harazée. Dans les tranchées du Bois de la Gruerie, les corps « disparaissent » les uns après les autres…

Sans la présence du copain DOBREMELLE, la guerre se poursuit pour Joseph BOULFROY. La mort peut le prendre à tout moment mais il espère, comme tant d’autres, une blessure qui viendra le sauver. La blessure qui peut éloigner définitivement un homme jugé inapte, de l’enfer des tranchées.  Pour Joseph, cette blessure arrive quelques semaines seulement après la disparition d’Henri, le 17 décembre 1914. Mais elle ne l’exempte pas d’un retour sur les champs de bataille. Après plusieurs semaines d’hospitalisation, il rejoint son régiment.

En juillet 1916, alors qu’il doit prendre position dans la Zone des Armées, pour participer à la grande offensive dans la Somme, le 18e BCP cantonne dans le secteur de Conty et d’Ailly-sur-Noye. Etre si près de chez soi et ne pas aller embrasser ses parents, est-ce possible après ces deux années d’horreur ?

Joseph BOULFROY est déclaré déserteur.

Même si la visite à Oresmaux a été de courte durée, l’Armée ne plaisante pas avec ce type de comportement. Traduit devant le Conseil de Guerre, le 6 octobre 1916, il est condamné à la peine de 5 ans de travaux publics pour abandon de poste en présence de l’ennemi. Quel ennemi ? Les Allemands ne sont pas dans le secteur, mais bien plus au Nord, entre Thiepval et Combles. 

Au sortir de l’hiver 1917, il est important d’utiliser tous les hommes en état de se battre, même condamnés par un tribunal militaire. La population montre une forte hostilité à ce que la mobilisation concerne les garçons de 18 et 19 ans. La jeunesse a tellement déjà été éprouvée. Alors on rappelle les plus anciens et les prisonniers, en attendant l’arrivée annoncée des Américains d’ici quelques mois.

Les combats du printemps au Chemin des Dames et dans la Marne sont particulièrement meurtriers. Le 4 mai 1917, Joseph BOULFROY est tué à l’ennemi. Il ne reviendra plus jamais à Oresmaux pour y embrasser ses parents. C’est dans la commune de Sapigneul dans la Marne, qu’il rend son dernier souffle.

Xavier et Edith ont perdu leur fils. La guerre leur a volé leur seul enfant. Le fruit de leur amour.

Le village d’Oresmaux a perdu une partie de sa jeunesse. La classe 1912 est décimée. Comme les deux copains du 18e BCP, Joseph BOULFROY et Henri DOBREMELLE, d’autres jeunes hommes ne reviendront pas. François LEFEVRE, Eloi BROUSSELLE, Arnold RUFFIER et Hippolyte BOULFROY, le petit-cousin  de Joseph, ont tous été tués. Les trois seuls rescapés, Raymond DELAPORTE, André LECLERCQ et Daniel BENOIT, sont de santé précaire, victimes de maladies et de blessures, ils seront tous les trois pensionnés après la guerre et tenteront de reprendre une vie « normale ».

Raymond DELAPORTE et André LECLERCQ se sont mariés et ont quitté le village. Daniel BENOIT est resté à Oresmaux. Il a fondé une famille et est devenu fermier dans la Rue du Grand Hignu. Un cultivateur handicapé du bras gauche suite à blessure de guerre, mais autant comme mari que comme père, il est vivant.

Les noms des copains de la Classe 1912 ont été inscrits sur le monument aux morts, à quelques dizaines de mètres de sa maison, dans la Rue du Grand Hignu. Des noms sur lesquels le survivant qu’est Daniel mettra toujours des visages de jeunesse.

Daniel BENOIT est décédé à Oresmaux le 21 avril 1978. Il avait 86 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Didier BOURRY a réalisé la collecte de données pour la commune d’ Oresmaux.

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