UN JOUR, UN PARCOURS – Victor MARECHAL de Thézy-Glimont

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 18 novembre 1892, Victor MARECHAL est le fils d’Ulphius MARECHAL et d’Antonia PILLON.

Peu de temps après leur mariage Ulphius et Antonia ont quitté Domart-sur-la-Luce et le Santerre, pour Thézy-Glimont et la Vallée de l’Avre. Si moins de 20 kilomètres séparent les deux communes, les paysages y sont bien différents.  Les terres les plus élevées du territoire de Thézy-Glimont nommées Calmont, Petits Arbres et Butte du Moulin, au Nord du chef-lieu, constituent les dernières ramifications du plateau du Santerre. Elles séparent la vallée de la Somme de celle de l’Avre. De là, les terrains vont en s’abaissant graduellement jusqu’aux tourbières.

La tourbe a longtemps été une richesse pour la commune. On doit même à un de ses habitants, Eloi MOREL, l’invention du louchet à tourbe à la fin du XVIIIe siècle. Mais l’Avre ne permet pas la navigation de lourdes embarcations et la commune ne peut expédier cette richesse extraite des marais pouvant servir autant de combustible que d’engrais.

Ulphius et Antonia MARECHAL se sont installés dans la Petite Rue.

Le village de Thézy-Glimont situé entre Boves et Moreuil, à l’Est d’Amiens, compte moins de 400 habitants quand Victor MARECHAL y voit le jour. Il est le premier enfant d’Ulphius et d’Antonia, suivi, deux ans plus tard, par Marceau.

A Thézy-Glimont, la principale industrie est celle de la chaussure. Une fabrique installée Rue Cadet occupe plus de 130 ouvriers et ouvrières, soit dans l’atelier, soit dans les maisons. Ulphius et Antonia sont employés dans la fabrique Villette.  Il est cordonnier et elle est piqueuse. Les chaussures sont essentiellement expédiées vers Paris et vers l’Alsace-Lorraine. Le petit village a la chance de disposer d’une halte sur la ligne de chemin de fer reliant Montdidier à Amiens. 

Les copains du même âge sont rares dans le village. Seuls 4 garçons sont nés en 1892. La famille de Louis PETIT, l’un d’entre eux, quitte la commune pour celle de Saint-Ouen où le père a trouvé du travail dans le textile. Désormais, ils ne sont donc plus que 3. Il y a Victor MARECHAL, Benjamin GRIFFOIN et Joseph NOBLESSE. Trois garçons que rien ne va venir séparer, des bancs de l’école de Monsieur TARLEE jusqu’à la caserne de Beauvais.

Benjamin GRIFFOIN réside dans la Grande Rue, celle du château du Comte de Witasse-Thézy. Les parents de Benjamin sont fermiers.

Joseph NOBLESSE habite dans la Rue d’En Bas. Les enfants sont nombreux dans la fratrie. Le père de Joseph alterne les emplois dans les fermes ou dans les fabriques de chaussures, selon la saison.

En grandissant, Benjamin GRIFFOIN aide ses parents dans la ferme tandis que Joseph NOBLESSE et Victor MARECHAL travaillent comme ouvriers dans la fabrique de chaussures Villette de la Rue Cadet, une usine moderne dans laquelle a été installé l’éclairage à l’acétylène.

Les trois garçons sont convoqués ensemble au Conseil de révision de Boves et jugés tous les trois aptes au service armé. C’est alors que la chance sourit aux trois copains de Thézy-Glimont quand vient le moment de l’affectation. Victor, Benjamin et Joseph vont rejoindre la même unité. Tous les trois sont affectés au 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais.

Pendant deux années, les trois inséparables de Thézy-Glimont vont vivre leur service militaire dans la même caserne. Le 8 octobre 1913, l’ambiance est plutôt heureuse sur le quai de la petite halte du chemin de fer. Alphonse DHEILLY, le chef de halte, prend plaisir à voir les trois camarades aussi heureux de monter dans le train. Nul doute que les deux années vont s’accompagner de rires et de joie pour les trois Thézy-Glimontois. Ils ont 20 ans et la vie devant eux…

La guerre éclate moins de dix mois plus tard ! Les hommes du 51e RI quittent Beauvais le 5 août 1914 pour s’approcher des frontières de l’Est de la France. Le train les emporte jusqu’à Stenay dans la Meuse, puis la longue marche vers la Belgique débute. Le 22 août 1914, l’offensive générale est lancée par le général Joffre. Les régiments de la région militaire d’Amiens, comme le 51e RI, combattent en Belgique, entre Neufchâteau et Virton. Si les trois copains de Thézy-Glimont ont été affectés dans trois compagnies différentes, ils participent aux mêmes combats près de Villers-la-Loue.

Début septembre, les hommes du 51e RI sont dans le secteur de Blesme, à l’Ouest de Maurupt-le-Montois. Ils participent à la Bataille de la Marne. L’objectif est d’empêcher les Allemands de poursuivre leur route vers Paris. Au prix de pertes très importantes, l’Armée française obtient une victoire. Les rescapés sont fortement traumatisés. Ils ont vu tant de copains de régiment tomber à leurs côtés…

Les trois camarades de Thézy-Glimont ont survécu aux premiers combats. La guerre va maintenant s’enterrer. C’est dans le Bois de la Gruerie, en forêt d’Argonne, que le 51e RI débute la guerre de tranchées.

Le 22 septembre 1914, Victor MARECHAL est blessé. Il est évacué vers l’arrière. Le lendemain, Benjamin GRIFFOIN est déclaré disparu. Son corps ne sera jamais retrouvé. Quelques jours plus tard, c’est au tour de Joseph NOBLESSE d’être touché. Gravement blessé, il est dirigé vers l’hôpital temporaire de Savonnières-devant-Bar dans la Meuse. Son état ne permet pas de le transporter plus en arrière du front. Le 1er novembre, Joseph meurt des suites de ses blessures.

Quand Victor MARECHAL revient en janvier 1915, après sa convalescence, il est le seul survivant. Si les visages de ses deux camarades le hantent, il sait qu’il ne les reverra plus jamais « en vrai ».

Quelques semaines plus tard, le 28 février, près de Beauséjour, un obus tombe à proximité de Victor MARECHAL le blessant gravement aux mains. Il a perdu plusieurs doigts de la main droite. Soigné en urgence puis évacué vers un hôpital en Bretagne, Victor sait qu’il ne pourra plus combattre. Le handicap est trop lourd. Un combattant a besoin de ses deux mains pour espérer survivre. La commission de réforme de Quimper le déclare inapte le 27 juin 1916 et le réforme.

En revenant à Thézy-Glimont, il sait que croiser le regard de Marthe, la mère de Benjamin GRIFFOIN, ou celui de Jeanne, la mère de Joseph NOBLESSE, sera difficile. Et pourtant, c’est à lui d’aller leur raconter les dernières semaines de leurs fils. En ayant échappé à la mort, son devoir est maintenant de rendre hommage à ses copains. De leur redonner un peu vie aux yeux de leurs parents.

Estropié de la Grande Guerre, Victor MARECHAL bénéficie d’un emploi réservé aux chemins de fer comme employé de bureau. Travaillant dans les bureaux de la Compagnie du Nord à Longueau, c’est dans cette commune proche d’Amiens qu’il s’installe avec Yvonne qu’il vient d’épouser. Victor n’a jamais vraiment quitté la région de son enfance. Il est mort à Thézy-Glimont en janvier 1978, à l’âge de 85 ans.

Le souvenir des deux copains, Benjamin et Joseph, n’a jamais quitté bien longtemps son esprit. Deux copains qui avaient la vie devant eux et qui auraient dû, comme lui, fonder un foyer et avoir la chance de vieillir.

Benjamin GRIFFOIN et Joseph NOBLESSE avaient 22 ans. Leurs noms sont inscrits sur le monument aux morts de Thézy-Glimont.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Illustrations sur Thézy-Glimont: site ville-thezyglimont.fr

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Thézy-Glimont.

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Albert FOY de FOUENCAMPS

Gaston DAILLY de GLISY

Emile MILLE de LONGUEAU et d’AMIENS

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