UN JOUR, UN PARCOURS – Arnold GRENOT de Moreuil

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 12 janvier 1893, Arnold GRENOT est le fils d’un faiseur de bas et d’une modiste.

Le père se prénomme Joseph et la mère, Marie. Leur premier fils ne s’appelle pas Jésus, mais Arnold, prénom très rarement attribué dans la Somme à la fin du XIXe siècle.

Les grands parents ne sont pas anglo-saxons. Ils sont originaires de Moreuil depuis plusieurs générations comme l’est également la famille de Marie.

Arnold naît dans la petite maison familiale de la Rue du Santerre à Moreuil.

Chef-lieu de canton de la Somme situé à égale distance d’Amiens et de Montdidier, dans la Vallée de l’Avre, Moreuil est un bourg de plus de 3 000 habitants à la fin du XIXe siècle.

La grande industrie de Moreuil est la bonneterie de coton qui occupe plus de 1 000 ouvriers des deux sexes. On compte 8 fabriques de bonneteries et 8 fabriques de fichus de laine. La plus grande fabrique est celle d’Alfred Bouly installée Rue Gambetta qui, à elle seule, emploie plus de 400 ouvriers. Elle a une renommée internationale grâce à sa participation aux Expositions Universelles.

C’est dans la bonneterie Bouly que Joseph et Marie GRENOT sont employés.

Si Arnold doit attendre six ans avant d’avoir un frère, prénommé André, il compte de nombreux copains de son âge dans la commune. Comme dans toute ville ouvrière, les enfants sont nombreux. Dès qu’ils ne seront plus obligés d’aller à l’école, ils pourront fournir une main d’œuvre supplémentaire dans les fabriques. Et dans la bonneterie, on a autant besoin des garçons que des filles.

Tous ses copains deviennent, comme lui, bonnetiers dès qu’ils atteignent l’âge de douze ans. Arnold rejoint son père dans la fabrique de Monsieur Bouly. Georges DELACROIX qui vit avec sa mère, devenue veuve, et son frère aîné Rue de Compiègne, est embauché lui aussi chez Bouly. Marcel GUYON de la Rue Thiers rejoint l’usine GRU où travaille son père comme teinturier, pour y être bonnetier. Quant à Ernest DEWAILLY, de la même rue qu’Arnold, et Henri GEORGET, de la Petite Rue d’Amiens, ils rentrent tous deux chez Barbier, usine où travaillaient leurs pères et leurs grands-pères. Les cinq copains du même âge, qui partageaient les mêmes bancs d’école sont tous devenus bonnetiers et ils devraient le rester toute leur vie. A Moreuil, il n’y a pas à se poser de question sur l’avenir. Une fois embauché dans une des nombreuses usines textiles de la commune, on peut rester bonnetier ou tricotier toute sa vie…

A ses vingt ans, Arnold GRENOT est convoqué devant le Conseil de Révision. Apte au service armé, il est incorporé au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne.

Arnold GRENOT, Henri GEORGET, Marcel GUYON et Ernest DEWAILLY sont tous les quatre affectés au 120e pour y effectuer leur service militaire. Quand ils montent dans le train, début octobre 1913, en gare de Moreuil, ils sont loin d’être tristes à l’idée de quitter pendant trois années leur commune. La chance leur a souri. Même si la vie militaire n’est pas toujours agréable, ils  vont assurément pouvoir vivre de bons moments de camaraderie. D’autant plus qu’ils retrouveront sur place plusieurs Moreuillois dont Georges DELACROIX qui a débuté son service à la caserne Foy de Péronne il y a douze mois.

Ils n’ont pas le temps de découvrir Péronne car à peine posent-ils le pied à la caserne qu’ils doivent partir pour une destination plus lointaine que le Nord-Est du département de la Somme. Le 120e RI est transféré, avec tout son effectif, à Stenay, dans la Meuse. C’est dans la caserne Chanzy que se déroule leur instruction militaire, à quelques kilomètres de la frontière belge.

Quand la guerre est déclarée par l’Allemagne, le 3 août 1914, le 120e RI est aux premières loges. Les copains bonnetiers de Moreuil savent qu’ils feront partie des premiers combattants de cette guerre qu’on annonce courte. Dès le 5 août, ils apprennent que les autres régiments de la Région militaire d’Amiens les rejoignent dans ce territoire frontalier. Les copains du 128e et du 72e RI d’Amiens casernent à Dun-sur-Meuse, à quelques kilomètres de Stenay.

Le début de la guerre est particulièrement meurtrier pour le 120e RI. A Bellefontaine, en Belgique, le 22 août, plus de 1 000 hommes sont hors combat, dont près de 500 tués. Quelques jours plus tard, pendant la Bataille de la Marne, dans le secteur de Sermaize-les-Bains, entre le 6 et le 12 septembre, le régiment perd presque autant d’hommes. A la mi-septembre, plus de la moitié des effectifs du 120e Régiment d’Infanterie sont à remplacer. L’état-major fait alors appel aux rappelés de la Mobilisation générale. Ceux qui, ayant terminé leur service militaire depuis peu d’années, sont jugés aptes pour combattre sans formation préalable.

Alors qu’ils ont vu tomber beaucoup de copains avec qui ils ont partagé tant de bons moments à la caserne Chanzy, les cinq copains de Moreuil sont indemnes. La chance semble encore leur avoir souri pour les premières semaines d’une guerre qui, finalement, ne va pas être aussi courte ainsi qu’on l’annonçait dans les journaux.

Après la victoire de la Marne, c’est quelques kilomètres plus au nord du département que se poursuit la guerre du 120e. Repousser vers le Nord les Allemands installés dans le Bois de la Gruerie, près du village de Servon-Melzicourt, est l’objectif du régiment, il n’y parviendra jamais. La guerre, devenue celle des tranchées, s’enlise dans le bourbier humide et froid de la forêt d’Argonne. Ernest DEWAILLY, le voisin de la Rue du Santerre, y perd la vie le 24 octobre.

Début 1915, le 120e RI quitte ses positions en Argonne pour participer à l’offensive de Champagne près de Mesnil-les-Hurlus, toujours dans le département de la Marne. Arnold GRENOT est évacué pour maladie. Hospitalisé pendant plus de deux mois, il est affecté à la 6e Compagnie du 64e Régiment d’Infanterie à son retour. Pendant son hospitalisation, son copain de la Rue Thiers, Marcel GUYON a été déclaré disparu. On ne retrouvera jamais son corps.

Eloigné de son régiment de cœur, Arnold ne verra plus jamais ses copains. Quelques semaines après son retour au front avec son nouveau régiment, dans la Marne, Arnold est fait prisonnier par l’ennemi et emmené en captivité en Allemagne dans les camps de Giessen et Doeberitz.

Pour le 120e, l’horreur continue. Après la Champagne, le régiment est envoyé dans la région de Woevre, près du village des Eparges, à l’Est de Verdun. Ensuite, à l’automne 1915, les hommes retournent en Champagne pour y livrer de nouveaux combats, puis enfin au début de l’année 1916, ils participent à la dure bataille engagée pour la défense de Verdun.

Quand le 12 juillet 1916, le régiment prend la route vers la Somme où les Britanniques ont subi une effroyable défaite quelques jours plus tôt, les deux copains survivants, Henri GEORGET et Georges DELACROIX sont heureux de retrouver leurs terres. Ils cantonnent tout d’abord dans des baraquements sous les bois, près de Villers-Bretonneux, et se rapprochent ensuite du front, fin juillet, en s’installant à Proyart, puis  à Chuignolles. Les combats sont difficiles et pour chaque tranchée ennemie conquise beaucoup de sang est versé. Les Français progressent mais très lentement. Le 6 septembre dans l’attaque pour tenter de reprendre aux Allemands le village de Berny-en-Santerre, Henri GEORGET, le copain de la Petite Rue d’Amiens à Moreuil, est tué. 

Quand viendra donc le tour de Georges DELACROIX ? Est-il plus facile d’accepter sa propre mort quand tous les copains ont disparu ?

Au printemps 1917, le 120e RI est envoyé pour renforcer le dispositif français dans les combats du Chemin des Dames. Le régiment prend position près du village de Cormicy, le 19 avril. Sous un bombardement incessant, les hommes doivent nettoyer les champs de bataille en transportant les cadavres et les armes trouvées sur place. Un gros accident d’éclatement prématuré de grenades entraîne des pertes sérieuses. Georges DELACROIX, l’orphelin de la Rue de Compiègne, meurt le 24 avril 1917.

Quand Arnold GRENOT est rapatrié d’Allemagne, le 12 novembre 1918, il doit se sentir bien seul. Même s’il retrouve son jeune frère André, trop jeune pour avoir été mobilisé, le bonheur d’être vivant ne peut emplir son cœur. Dans les rues d’une ville de Moreuil martyrisée par la guerre, les fantômes sont partout.

Arnold GRENOT a quitté Moreuil après la guerre. Il s’est marié à Longueau avec Blanche, puis a vécu à Amiens.

Les noms des quatre copains du 120e, les petits bonnetiers de Moreuil, sont inscrits sur le monument aux morts de la commune. Quatre jeunes hommes qui avaient entre 22 et 26 ans quand la mort les a frappés.

Arnold GRENOT est mort à Amiens  le 10 avril 1981, à l’âge de 88 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Moreuil.

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Eloi LEGENDRE de SOURDON

Emile MINER de CHAUSSOY-EPAGNY

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