LE 120e R.I. ET PERONNE

Le 120e régiment d’infanterie de ligne a été créé en 1808. Il a participé, avec la presque totalité de la Grande Armée, à plusieurs batailles pendant la terrible Guerre d’Espagne de 1808 à 1813. Puis, après la Campagne de France de 1814, le 120e régiment d’infanterie est dissous.

Le 4 avril 1872, un nouveau 120e régiment d’infanterie est créé.  Un bataillon s’installe durablement à Péronne, pendant que les deux autres seront casernés à Givet et à Sedan (Ardennes), et, pendant une quinzaine d’années, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

caserne foy à peronne

Ce régiment constitué essentiellement  de Picards et d’Ardennais jusqu’au début de la Grande guerre, a trouvé, tout naturellement, comme symbole le sanglier. On dit ses hommes robustes, résistants à la fatigue et sachant garder la tête froide.

embleme du 120e RI

Pendant plus de 40 ans, les Péronnais côtoient des hommes de ce régiment, installé au cœur de la cité, dans la caserne Foy. Sorties du 120e pour manœuvres ou parades militaires rythment la vie de la sous-préfecture. Péronne devient une des principales destinations pour les jeunes hommes de la Somme reconnus aptes au conseil de révision. Au début du XXe siècle, le service militaire des jeunes de la Somme qui sont incorporés dans l’infanterie est essentiellement effectué à Péronne (120e RI), à Abbeville ou à Amiens (128e et 72e RI). Si les décisions d’incorporation pour ces trois régiments casernés dans la Somme sont souvent limitées aux seuls jeunes hommes du département, on constate une réelle volonté de brasser les effectifs. De très nombreux appelés du Vimeu et du Ponthieu se trouvent incorporés avec ceux de l’Est du département, dans la caserne Foy de Péronne. Le réseau ferré permet, à l’époque, de rallier facilement n’importe quel point du département à la gare de Péronne-Flamicourt.

gare de flamicourt

A l’automne 1913, face aux bien réelles menaces de guerre, le haut commandement de l’armée française décide de déployer des troupes de l’armée active à proximité des frontières de la Belgique et de l’Alsace. Le Plan Schlieffen, élaboré en 1905, prévoit bien qu’en cas de volonté d’invasion du territoire français, les troupes allemandes passeront majoritairement par la Belgique.

arrivee 120e à stenay

Les hommes du 120e RI quitteront donc Péronne pour arriver, le 9 octobre 1913, dans la caserne Chanzy, à Stenay, dans la Meuse. La loi Barthou, votée le 19 juillet 1913, a allongé la durée du service militaire, en France,  de 2 à 3 ans, et a abaissé l’âge d’incorporation à 19 ans révolus au lieu de 20 ans. Les affectations de l’automne 1913 seront donc multipliées par deux. A Stenay, il est construit de nombreux bâtiments pouvant servir de dortoirs supplémentaires.

batiment caserne stenay

Le dépôt, l’administration et l’intendance du régiment restent provisoirement à Péronne. La caserne accueillera également les réservistes affectés au 320e régiment d’infanterie territoriale, avant leur envoi sur les terrains d’opérations militaires.

Fin août 1914, face à l’arrivée des Allemands sur le territoire français, le dépôt sera transféré à Ancenis (Loire-Atlantique), où il restera pendant toute la guerre pour accueillir et former les jeunes recrues des classes 1914 et suivantes, avant leur départ pour le front.

La caserne Foy, occupée par les Allemands comme toute la ville de Péronne, sera fortement endommagée pendant le conflit. Le 120e RI, dissous après l’Armistice, ne reviendra donc jamais dans la Somme.

caserne Foy 1918

En 1939, un nouveau régiment portant le nom de 120e sera créé. Après avoir participé aux combats de mai et juin 1940, ce régiment disparaîtra définitivement. Les anciens de l’Amicale du 120e, dont le président était Marcel Carouge, d’Abbeville, considéraient qu’il ne s’agissait pas du même régiment que le leur, même s’il portait le même nom. Le 120e RI de la Grande guerre, il n’y en a qu’un !

LE 120e R.I. ET LA GRANDE GUERRE

Envoyés à proximité de la frontière belge, dès le 31 juillet 1914 (avant la déclaration officielle de guerre), les hommes du 120e y ont livré les premiers combats. Le 10 août 1914, deux bataillons du 120e RI sont appelés pour prêter main forte aux 91e et 130e RI mis en difficulté par la cavalerie allemande à Mangiennes, en territoire français. Trois hommes du 120e y seront blessés.

Mais ce n’est rien, en comparaison de ce que va connaître le régiment douze jours plus tard. Répondant à l’ordre du général Joffre, les hommes du 120e sont envoyés, comme tous ceux des armées françaises, en Belgique, pour repousser l’ennemi « partout où il se trouve ».

Le régiment arrive, le matin du 22 août, près de Bellefontaine. L’ordre donné aux commandants des 3 bataillons est de traverser la plaine du Radan, pour franchir ensuite la rivière Semois, et atteindre, le soir, le village de Léglise. L’Etat-major est persuadé que l’ennemi est encore loin. A peine ont-ils marché quelques centaines de mètres avec leurs beaux pantalons rouges, que les jeunes Français sont pris pour cible par les mitrailleuses allemandes cachées en bordure des bois longeant la plaine du Radan. L’artillerie qui devait venir en aide aux fantassins, n’entrera en action que très tardivement en raison d’un épais brouillard qui tarde à se dissiper. En quelques heures, plus de 900 jeunes du 120e RI sont tués ou blessés. Les officiers, accompagnant leurs hommes, sabres au point, subissent également d’importantes pertes. Le 3e bataillon y perd son chef, le commandant Holstein. Au moins 300 blessés ne pourront être emportés par les Français et resteront aux mains des Allemands, soignés, avant d’être emportés comme prisonniers, par la population locale. Parmi les morts, on en compte 189 morts originaires de la Somme. Ils avaient tous entre 20 et 23 ans.

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Comme à Bellefontaine, l’armée française subit des pertes très lourdes dans tous les combats menés en Belgique ce 22 août 1914. La retraite s’impose, emmenant le 120e RI dans la Marne. En traversant la Meuse pour y parvenir, il participe aux combats de Cesse le 27 août qui font deux victimes en ses rangs.

monument du 120e RI à stenay

Du 6 au 11 septembre 1914, le 120e doit résister à la forte pression d’une armée allemande qui veut rapidement rejoindre Paris. Les combats autour de Sermaize-les-Bains provoquent de lourdes pertes dans le régiment déjà tellement éprouvé. La percée franco-britannique sur l’Ourcq lui permet de repousser l’ennemi et de le poursuivre en Argonne. La guerre de tranchées va débuter, et pour le 120e, elle aura pour cadre le Bois de la Gruerie. Pendant quatre mois, et dans des conditions climatiques difficiles, de nouvelles pertes, aussi bien causées par les tirs ennemis que par les maladies viennent encore réduire les effectifs qu’il faut compléter rapidement et régulièrement.

Le 120e poursuit ensuite ses missions dans d’autres lieux et sur de terribles champs de bataille dont le nom imprègne encore la plupart de nos monuments aux morts comme Mesnil-les-Hurlus ou Les Eparges.

En juillet 1916, le 120e RI rejoint la Somme, cantonnant à Chuignolles puis travaillant sur le plateau du Santerre à reconstituer les tranchées. Le 11 août, il rejoint la 1ère ligne dans le secteur d’Assevillers-Belloy-en-Santerre.  A partir du 5 septembre, il participe, avec le 147e RI, à la reprise du village de Berny-en-Santerre. Ici aussi les pertes sont nombreuses. L’ennemi avait aménagé de nombreux nids de mitrailleuses qui ont causé beaucoup de pertes dans les bataillons.

monument berny en santerre

En 1917, le régiment participe aux combats du Chemin des Dames, avec notamment l’attaque de Berry-au-Bac, avant de rejoindre le secteur de Verdun pour contribuer à l’offensive entre la Côte 304 et le Mort-Homme… Et pour les rescapés de tous ces combats, le repos n’arrive jamais. Quand les lieux de combat sont éloignés, le travail consiste à creuser ou réparer des tranchées. En 1918, les hommes du 120e RI connaîssent les combats de la Bataille de l’Ourcq, et ceux des 2e et 3e batailles de la Marne.

Le 17 octobre 1918, le 120e assure la garde la forêt de Parroy, près de Lunéville, n’ayant à lutter que contre quelques offensives ennemies. Conformément aux clauses de l’armistice, il restera encore dans cette forêt cinq jours après le 11 novembre.

Les rescapés du 120e  ne seront démobilisés qu’en avril ou mai 1919. Incorporés six ou sept ans plus tôt, dans la caserne Foy, ils ont vu tomber plus de la moitié de leurs copains de service militaire. Une bande de copains de la Somme décimée sur les champs de bataille de la Grande guerre.

souvenir du 120e à peronne

 

Téléchargez l’article rédigé par notre association pour la revue annuelle du Souvenir Français de la Somme (septembre 2019):

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