UN JOUR, UN PARCOURS – Albert FOY de Fouencamps

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 14 septembre 1893, Albert FOY est le fils d’Alcide FOY et de Maria TELLIER.

Alcide est originaire du village de Fouencamps et Maria de Boves, la ville voisine.

La famille FOY, tout en tenant un débit de boissons situé dans la Grande Rue, est une famille de cultivateurs. C’est le père, Jean-Baptiste, devenu veuf assez tôt, qui s’occupe du café et Alcide le fils qui cultive les terres, entre plateau crayeux et vallée marécageuse.

Fouencamps est un petit village du canton de Boves qui compte environ 270 habitants quand Albert FOY vient au monde. Le territoire de la commune est bordé par la rivière l’Avre et par son affluent la Noye qui la rejoint à Boves. Le village agricole vit au rythme des tintements de cloches de l’église Saint-Pierre-aux-Liens mais aussi au rythme des trains. La ligne très fréquentée de Paris à Calais traverse le territoire. La Grande Rue du village, où habite la famille FOY, est une voie de communication importante entre Ailly-sur-Noye et Boves.

Alcide est cultivateur et Maria est repasseuse. C’est dans cette famille modeste que voit le jour Albert FOY. Modeste et accueillante ! Jean-Baptiste, le grand-père paternel vit toujours sur place et Nicolas TELLIER, le grand-père maternel devenu veuf, partage également le quotidien de la petite famille.

Entouré de l’amour de ses proches, Albert passe une enfance heureuse. Il participe à la vie de la petite ferme, apporte son aide au café et profite bien sûr des nombreux espaces qu’offre le territoire vallonné de la commune, pour partager des jeux avec les quelques copains de son âge. Mais ce qu’aime avant tout Albert, c’est l’école. Il y obtient de très bons résultats et décide de devenir instituteur public, comme l’est Monsieur Aignerelle.

Albert, soutenu par ses parents, poursuit ses études supérieures  et devient pensionnaire à Amiens. Les résultats obtenus lui permettent alors d’atteindre l’objectif d’entrer à l’Ecole Normale. Il a réussi le concours d’entrée.

A l’issue des trois années de formation, Albert deviendra instituteur adjoint dans une école de la Somme, et un jour il pourra devenir titulaire comme l’est Monsieur CORSEAUX, le nouvel instituteur de Fouencamps.

Dès qu’il revient dans son village, Albert aime à s’entretenir avec le maître d’école. Il passe de longues heures à discuter avec lui, refaisant le monde autour des valeurs de l’enseignement public. Marius CORSEAUX réside à Fouencamps avec Hélène, son épouse, la fille du boulanger de Riencourt commune proche d’Airaines et Cécile leur fille unique.

Quand approche l’âge de 20 ans, les étudiants savent qu’il va leur falloir effectuer leur service militaire. La loi votée à l’été 1913, tout en allongeant la durée de deux à trois ans, a anticipé le départ de la classe 1913 et les sursitaires seront rares.

Albert FOY est jugé apte au service armé. Affecté au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens, il peut considérer que c’est une bonne nouvelle. La proximité de la caserne lui permettra de revoir régulièrement ses parents, ses amis de Fouencamps et Cécile, la fille de l’instituteur, dont il est tombé amoureux. Plusieurs jeunes instituteurs de sa promotion ont reçu la même affectation.

Il y a notamment David JORON, Georges MOREL et Emile CLONIER. David est originaire d’Oresmaux, Georges d’Harbonnières et la famille d’Emile réside à Nesle. Des jeunes hommes fraîchement diplômés qui seront chargés, dans trois ans, après avoir servi leur pays, de débuter leur campagne contre l’analphabétisation dans les écoles de la Somme.

Avant leur départ au service militaire, les étudiants sont incités par leurs professeurs à se présenter aux épreuves du brevet spécial d’aptitude militaire. Ce brevet est une forme de passeport pour devenir rapidement sous-officier. Albert FOY comme ses trois copains de promotion, sont reçus à l’examen le 9 octobre 1913.

Quand ils arrivent à la caserne Friant le 27 novembre 1913, ils retrouvent des têtes bien connues. Des instituteurs de la promotion précédente de l’Ecole Normale, les hommes de la classe 1912, sont déjà présents comme Pierre DUFOUR d’Arquèves, Paul DELEPINE de Bray-sur-Somme ou Maurice COGNEAUX, instituteur adjoint à Saint-Ouen. Ils ont eu l’occasion, à de nombreuses reprises, de les côtoyer dans les locaux de l’Ecole Normale de garçons, située à l’angle de la Rue Jules Barni et de la Rue Le Mongnier.

Après quelques semaines d’instruction militaire commune à tous les appelés, Albert FOY, David JORON, Georges MOREL et Emile CLONIER sont nommés caporaux.

Le grade de caporal, premier grade de commandement dans la hiérarchie militaire de l’infanterie, s’accompagne de la mission de diriger une escouade d’une quinzaine d’hommes, par temps de paix, comme par temps de guerre.

La guerre est déclarée par l’Allemagne le 3 août 1914 et dès le 5, le régiment quitte Amiens pour l’Est de la France, près de Stenay.

Les unités de la 2e Région militaire d’Amiens reçoivent l’ordre de mener l’offensive générale du 22 août 1914 au Sud du Luxembourg belge. L’objectif est de repousser les troupes allemandes du territoire belge. Le 72e RI est positionné en arrière-garde dans le secteur de Meix-devant-Virton. Eloigné des combats au corps à corps, des hommes du régiment sont toutefois victimes de tirs d’artillerie ennemie. Pierre DUFOUR d’Arquèves est blessé par éclat d’obus à la fesse droite et au genou. Transporté vers la Citadelle de Montmédy pour y être soigné, il est capturé quatre jours plus tard par les Allemands.

Les combats de la Bataille de la Marne début septembre, sont autrement plus dramatiques pour le régiment. Le 72e RI, qui combat près de Maurupt-le-Montois, est décimé. Blessé gravement à la cuisse par éclat d’obus, Albert FOY est évacué vers l’hôpital de Biarritz. Emile CLONIER de Nesle, blessé par balle de shrapnell à la jambe et par éclat d’obus à l’omoplate est dirigé vers l’hôpital de Bordeaux. Georges MOREL d’Harbonnières est tué.

Georges MOREL

Quand Albert FOY revient au front à la fin du mois de mai 1915, la mort a encore frappé des copains instituteurs. David JORON d’Oresmaux a été blessé le 9 novembre « alors qu’il venait de franchir le parapet pour secourir un camarade blessé ». Hospitalisé à Clermont-Ferrand, il est mort quelques jours plus tard de ses blessures. La gangrène avait atteint sa jambe gauche. Maurice COGNEAUX de Saint-Ouen a été évacué le 15 décembre victime d’une otite. Le tympan de l’oreille droite est percé. Maurice est transporté d’hôpital en hôpital, passant pas Troyes, par Cannes, par Brest. Maurice COGNEAUX est finalement jugé inapte au combat en décembre 1915. Il n’ira plus sur les champs de bataille.

David JORON

A la fin de l’année 1916, devenus sergents, Albert FOY et Paul DELEPINE de  Bray-sur-Somme sont transférés au 137e Régiment d’Infanterie.  Les deux instituteurs ont prouvé leur courage à plusieurs reprises et l’un et l’autre ont connu de longs séjours en hôpital.

Le 27 mai 1918, alors que le 137e RI combat dans le Sud de l’Aisne, près de Chavignon, entre Laon et Soissons, Albert FOY et Paul DELEPINE sont capturés par les Allemands et emmenés au camp de prisonniers de Cassel. La guerre des combats est finie pour eux. Mais pas celle contre la maladie. Le typhus et la grippe espagnole envahissent les camps de prisonniers. Quand il est rapatrié le 8 janvier 1919, Albert est malade. Il conservera toujours de ce séjour Outre-Rhin des « troubles gastro entéritiques graves » et une difficulté respiratoire.

Albert FOY a épousé Cécile CORSEAUX, la fille de l’instituteur de Fouencamps. Ils se sont installés Rue Francis Tattegrain dans le quartier Saint-Acheul, non loin de l’Ecole Normale des garçons. Albert a pu exercer sa mission d’instituteur public. En 1924, est né un fils prénommé Jean.

Quelques années plus tard, la belle Cécile s’est éteinte. Albert FOY a alors élevé Jean avec l’aide de sa belle-mère Hélène CORSEAUX, devenue veuve.

Emile CLONIER a terminé la guerre avec le grade de lieutenant. Gravement blessé à plusieurs reprises, il a été promu Chevalier de la Légion d’honneur.

Maurice COGNEAUX n’a jamais retrouvé l’usage de son oreille droite, ce qui ne l’a pas empêché de devenir instituteur à Amiens. Paul DELEPINE a exercé à Bray-les-Mareuil.

Archives départementales du Nord

Pierre DUFOUR n’a connu que les camps de prisonniers pendant la Première Guerre mondiale. Interné en août 1914, il a été rapatrié en décembre 1918. Pendant la Seconde Guerre, il a servi dans les FFI étant particulièrement actif en 1944 dans le mouvement FTPF du secteur d’Amiens.

Les noms de David JORON et de Georges MOREL sont inscrits sur les monuments aux morts de leurs villages, Oresmaux et Harbonnières. Les noms de ces jeunes instituteurs « morts pour la France », suivis de celui de l’école où ils étaient enseignants, sont gravés sur la plaque commémorative située dans les locaux de l’ancienne Ecole Normale des garçons d’Amiens. Une plaque pour entretenir le souvenir des nombreux instituteurs de la Somme victimes de la Grande Guerre.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Photo en tête d’article: « Ecole de Buigny-les-Gamaches » – Musée de l’Education Nationale

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Fouencamps.

Une classe d’école en 1947 – crédits AFP

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