ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Job BOISSART de Damery

Né le 14 septembre 1892, Job BOISSART est le fils de Narcisse BOISSART et de Roseline VAILLANT.

Quand le père a déclaré l’enfant à la mairie de Damery, le lendemain de la naissance, il lui a donné trois prénoms, Louis Auguste Job. C’est le dernier des trois prénoms qui sera utilisé comme prénom usuel.

Il en est de même pour ses trois frères aînés. Charles Edouard Gaston est appelé Gaston, Léonce Auguste Marcel est Marcel, et Emile Paul Maurice se prénomme Maurice.

La famille BOISSART réside dans la Rue de l’Enfer. Auguste Casimir Narcisse, usuellement appelé Narcisse, et Roseline sont originaires de Damery, dans le canton de Roye. Ils s’y sont mariés en 1875. Issus de deux familles très modestes, ils travaillent dans les fermes du village et leurs enfants, dès que l’école n’est plus obligatoire, en font de même.

Dans le petit village qui compte à peine plus de 300 habitants, les copains du même âge sont rares. Job est le dernier né de la fratrie et ses frères sont beaucoup plus âgés que lui, à l’exception de Maurice né seulement une année plus tôt. Dans le village il y a Achille DAILLY, né comme Maurice en 1891 et il y a deux garçons nés en 1893, Louis DEBAILLY et Jules LETURCQ. Il y a bien eu 4 naissances de garçons à Damery en 1892, l’année de naissance de Job, mais la mortalité infantile a frappé fort, comme elle le fait dans tous les villages du département de la Somme à la fin du XIXe siècle. Il est le seul à avoir survécu.

L’activité est essentiellement agricole dans la commune. Fermiers, ouvriers agricoles, domestiques de ferme, maréchal ferrant, charron, difficile de faire autre chose à Damery, pour gagner sa vie, que de s’occuper de la terre ou des bêtes. La proximité de la grande ville de Roye permet à beaucoup d’habitants d’aller y vendre tous les vendredis, au marché, le produit de leur basse-cour. Pour le reste, on survit. Contrairement à d’autres communes du Santerre qui disposent de fabriques comme celles de sucre ou de la bonneterie, aucune industrie ne vient occuper les journaliers agricoles l’hiver à Damery.

La vie est dure chez les BOISSART comme dans plusieurs autres familles du village, et dès que les enfants ont une douzaine d’années, ils doivent rapporter une paie à la maison ou trouver un patron qui les héberge.

Quand vient l’heure du service militaire, les copains espèrent être incorporés dans le même régiment. Le premier à partir est Maurice BOISSART, le frère aîné de Job, affecté au 151e Régiment d’Infanterie. Il part le même jour que Marcel DAILLY, affecté lui au 120e RI à Péronne.

Une année plus tard, Job BOISSART, jugé apte au service armé, retrouve son copain Achille le 8 octobre 1913. Le 120e RI vient de quitter la caserne Foy de Péronne pour intégrer celle de Chanzy à Stenay, dans la Meuse.

Quelques jours plus tard le 27 novembre, arrive Jules LETURCQ, troisième du village à effectuer son service militaire au 120e. Même s’ils ne sont pas affectés dans la même compagnie, les copains de Damery se retrouvent souvent. Ils parlent du pays et échafaudent déjà des projets d’avenir. Moïse DEBAILLY, incorporé également le 27 novembre 1913 n’a pas rejoint la bande. Il est au 128e Régiment d’Infanterie dont plusieurs compagnies sont installées à la Citadelle d’Amiens.

La guerre, déclarée le 3 août 1914 par l’Allemagne, va être brutale pour les jeunes appelés de Damery. Avant même que tous les hommes du village, en âge d’être mobilisés, aient rejoint les nombreux champs de bataille du Front de l’Ouest, plusieurs jeunes ont déjà disparu.

Jules LETURCQ, le voisin de Job dans la Rue de l’Enfer et Marcel DAILLY, le fils de cultivateur de la Rue de Fresnoy, sont tués le 22 août 1914 à Bellefontaine, dans le Sud du Luxembourg belge. Le même jour, Maurice BOISSART le frère aîné de Job, est blessé à la jambe et capturé par les Allemands à Pierrepont, en Meurthe-et-Moselle. Il est transféré au camp de Regensburg.

Moïse DEBAILLY, le copain de la Rue de l’Eglise, parti faire son service militaire au 128e, est tué quelques jours plus tard, le 7 septembre 1914 à Maurupt-le-Montois, dans la Marne.

La guerre a débuté depuis un mois à peine que 4 des 5 copains ont déjà disparu.

Job est en Argonne avec le 120e RI à l’automne 1914. La guerre de position a remplacé la guerre de mouvement. Le froid et l’humidité se sont maintenant installés et l’univers des combattants se résume à celui des tranchées. Le 14 novembre, Job BOISSART est capturé par les Allemands. Il est emmené au camp de prisonniers de Giessen. Il est transféré ensuite à plusieurs reprises passant par Merseburg et Quedlinburg.

C’est maintenant sur le sol allemand que se poursuit la guerre pour les frères BOISSART. Une guerre de prisonniers. Maurice interné depuis le 22 août 1914 et Job à partir du 14 novembre de la même année vont vivre quatre années loin des champs de bataille du front de l’Ouest. Le hasard des affectations militaires et les circonstances en ont décidé ainsi…

Les frères aînés ont vécu la guerre d’une autre façon, beaucoup plus près de front, Gaston BOISSART dans l’Artillerie et Marcel BOISSART au 128e Régiment d’Infanterie. Marcel a été cité à l’ordre de son régiment « Au front depuis le début de la campagne. A toujours fait preuve de dévouement et a assuré le ravitaillement de la compagnie dans des conditions périlleuses et notamment le 19 septembre 1917 où il a été blessé« . Personne n’a pu choisir SA guerre.

Job est rapatrié d’Allemagne le 15 janvier 1919. L’Armistice a été signé depuis plusieurs semaines déjà. Quand il revient, il retrouve son village en partie détruit. Les dommages de guerre sont importants, mais surtout, pire des dommages pour lui, son père Narcisse, figure au nombre des victimes civiles. Il a été tué au début de la guerre.

Maurice, le frère de Job, n’a pas été rapatrié d’Allemagne. Alors qu’il était libéré du camp de Regensburg près de Ratisbonne, en Bavière, au début de l’année 1919, Maurice a fait le choix d’y rester. Ayant rencontré une jeune allemande avec laquelle il a eu deux enfants, il a fait le choix d’une nouvelle vie. Considéré tout d’abord comme déserteur par l’Armée française, il a finalement été amnistié en 1921. C’est à Vilshofen, au Sud-Est de Ratisbonne qu’il a poursuivi sa vie, loin du petit village du Santerre où il avait vu le jour.

Même si tout doit être reconstruit, Job décide de revenir vivre à Damery et y retrouve sa mère, Roseline. La guerre a aussi laissé des traces dans le coeur de la pauvre femme. Roseline a connu l’occupation de son village et sa destruction par les Allemands. Roseline a vécu avec la peur au ventre pendant plus de quatre années de ne pas voir revenir ses fils, considérés tout d’abord comme disparus, des lointains camps de prisonniers allemands. Roseline est devenue veuve à cause de la guerre. Celle qui peut être aussi considérée comme une victime de la Grande Guerre s’éteint en 1926 dans son village de Damery. La reconstruction du village n’y est pas encore terminée…

Si les quatre frères BOISSART ont survécu à la guerre, la famille est endeuillée, comme tant d’autres. Par contre, pour les BOISSART ce n’est pas le prénom d’un fils qui est gravé sur le monument aux morts du village, mais celui du père. Narcisse BOISSART (orthographié BOISSARD) y est inscrit au titre de victime civile pour la commune de Damery.

En 1929, Job BOISSART épouse Marie BELLANGER, une fille d’Arvillers, village voisin et se fait embaucher par la Compagnie des chemins de fer du Nord. Le couple loge dans une habitation provisoire Rue de Parvillers. Emile est leur premier enfant. Puis en viennent d’autres prénommés Nadège, Paul, Henriette, Isabelle, Marceau, Janine. Après avoir été cheminot pendant quelques années, Job retrouve le métier qui était le sien avant la guerre, celui d’ouvrier agricole. La famille s’installe Rue de l’Enfer et la vie, à défaut d’être toujours facile, offre assez souvent des moments de bonheur. Les rescapés de la Grande Guerre savent à quel point la vie est précieuse.

Jules LETURCQ et Moïse DEBAILLY avaient 21 ans. Marcel DAILLY en avait 23. Leurs noms sont inscrits sur le monument aux morts du village.

Job BOISSART est mort à Damery le 29 août 1970 à l’âge de 78 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Dans certains documents d’archives consultés pour la commune de Damery, le patronyme peut aussi être orthographié BOISSARD, comme sur le monument aux morts du village

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET et Didier BOURRY ont réalisé la collecte de données pour la commune de Damery.

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