UN JOUR, UN PARCOURS – Alphonse HEMERY de Bouchoir

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 10 novembre 1892, Alphonse HEMERY est le fils de Désiré et d’Angèle. Ils habitent Rue de Rouvroy à Bouchoir.

Désiré est ouvrier agricole. Il a quitté son village de Warsy, dans la Vallée de l’Avre, près de Montdidier, pour monter sur le plateau du Santerre et s’y installer après avoir rencontré Angèle.

Angèle fait partie d’une grande famille de Bouchoir, les Cachelièvre. Son père est faiseur de bas.

Les métiers de badestamier et de bonnetier sont les plus répandus dans la commune de Bouchoir, depuis plusieurs décennies. Ces métiers étaient pratiqués presque exclusivement à domicile. A la fin du XIXe siècle, quand naît Alphonse, la maison « Damay et Mennechet » emploie plus de 30 personnes en bonneterie, et de nombreuses familles travaillent encore à domicile. A Bouchoir, il y a aussi l’atelier de construction de machines agricoles des frères Pillot, Edouard et Eugène, installé Rue de Marteloir. C’est le plus grand atelier de ce type de toute la région. Dans le village, il y a aussi quelques commerces, et, bien sûr, des fermes. La riche terre du plateau du Santerre offre un rendement pour les céréales et les betteraves bien au-delà de la moyenne du département. Le marché au blé de Roye, à moins de dix kilomètres de la commune, où les cultivateurs de Bouchoir vont vendre leurs céréales, est le régulateur des marchés de la région.

Bouchoir est un petit village d’un peu plus de 500 habitants situé sur la route départementale entre Roye et Amiens. Il dispose également d’une halte sur la ligne de chemin de fer entre Albert et Montdidier.

Rue de Rouvroy, les HEMERY ont comme voisins les LEROY et les DUPEIGNE. Les pères de famille sont ouvriers agricoles tous les trois. Désiré HEMERY et Edmond DUPEIGNE travaillent d’ailleurs chez le même fermier, Edouard Bellanger, Rue de la Chaussée.

Chez les LEROY, on trouve Henri, né en 1892, comme Alphonse, et Germain, né en 1894. Du côté des DUPEIGNE, le garçon se prénomme Paul. Il est né en 1893. Les quatre garçons deviennent, dès le plus jeune âge, d’inséparables copains. Alphonse n’a pas de frère de son âge, et la présence d’Henri, de Germain et de Paul dans les maisons voisines est vraiment une chance pour lui. Quand un petit frère arrive en 1902, prénommé Gilbert, Alphonse a déjà 10 ans. Ils ne pourront jamais partager les mêmes jeux.

Les garçons voisins fréquentent, avec peu d’assiduité, les bancs de l’école publique. Ils préfèrent suivre leurs pères dans les fermes et donner un coup de main pour la culture et pour l’élevage.

Quand vient le moment de partir au service militaire, Alphonse HEMERY, Paul DUPEIGNE et Henri LEROY partent presque en même temps. La loi Barthoux, en abaissant l’âge d’incorporation d’une année, entraîne le départ en octobre et novembre 1913, de tous les jeunes des classes 1912 et 1913.

Mais hélas, les trois voisins sont séparés. Alphonse HEMERY est affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne, Henri LEROY au 72e RI d’Amiens, et Paul DUPEIGNE au 151e RI de Verdun, dont une partie des effectifs est casernée à Reims.

Le 120e et le 72e RI sont rattachés à la 2e région militaire d’Amiens, et le 151e à la 6e région militaire de Chalons-sur-Marne.

Quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914, les régions militaires forment alors des Corps d’Armée. Le 2e Corps d’Amiens appartient à la IVe Armée du Général Langle de Cary. Le 6e Corps de Chalons appartient à la IIIe Armée du Général Ruffey.  

Le Général Joffre, chef de toutes les armées françaises, lance l’ordre d’une offensive vers la Belgique et le Luxembourg, pour en chasser les Allemands. L’objectif est de renvoyer les troupes de Guillaume II à Berlin. La IIIe Armée se positionnera au Sud du Luxembourg, entre Longwy et Longuyon, pendant que la IVe Armée franchira la frontière belge, à l’Ouest de Virton.

Plus d’un million de soldats français sont regroupés entre Mons, en Belgique, et la frontière avec la Moselle, pour affronter un million d’Allemands positionnés au Nord de cette ligne. Des milliers d’hommes au kilomètre carré !

Quand les combats sont déclenchés, le 22 août, moins de 30 kilomètres séparent le 2e et le 6e Corps d’Armée. Le 120e, entré en Belgique près de Meix-devant-Virton, s’engage dans la plaine du Radan, au petit matin, à Bellefontaine. Le 72e est légèrement en retrait des combats à venir, près de Virton, avec pour mission de faire la jonction avec la IIIe Armée française. Quant au 151e RI, c’est en Meurthe-et-Moselle, au Sud de Longwy, qu’il va devoir résister aux assauts de l’Armée du Kronprinz.

Les 3 voisins de Bouchoir connaissent leur épreuve du feu, ce 22 août, distants de moins de 30 kilomètres les uns des autres.

Si le 72e RI s’en tire avec peu de pertes, quand la nuit arrive et qu’il faut compter les hommes, c’est l’accablement pour les survivants au 120e et au 151e RI. Chacun des régiments, composés d’environ 3 000 hommes, estime ses pertes à plus de 1 000. Personne ne sait encore combien sont morts, combien sont blessés et combien ont déjà été faits prisonniers par l’ennemi. L’Armée française, vaincue sur tous les lieux de bataille, a dû se replier, laissant sur le territoire devenu allemand, des victimes dont elle ignore le sort.

A Bellefontaine, les bâtiments publics, les maisons et les granges sont utilisés comme ambulances. A Pierrepont, où a combattu le 151e RI, c’est la même chose. Les habitants sont mis à contribution pour ramasser les blessés sur les champs de bataille. La chaleur orageuse impose aussi d’agir vite. Les morts doivent être enterrés au plus vite. A Bellefontaine, pas moins de 16 fosses communes sont creusées.

Quand l’Armée française opère sa retraite vers la Marne, fin août, Henri LEROY ne sait absolument pas ce que sont devenus ses amis.

Le général Joffre rassemble toutes les troupes, renforcées de tous les hommes qui ont effectué leur service militaire dans les années précédentes, ceux que l’état-major juge apte à combattre sans instruction supplémentaire.

Pendant la Bataille de la Marne, le 72e RI subit d’importantes pertes. Henri LEROY n’est pas blessé. Et quand la guerre de mouvement se transforme en guerre de position, et que le 72e RI et tout le 2e Corps d’Armée se retrouvent embourbés dans les tranchées d’Argonne, Henri se dit que, finalement, ayant déjà échappé aux massacres d’août et de septembre, la chance va peut-être l’accompagner…

Henri LEROY est tué le 5 octobre 1914, dans le Bois de la Gruerie.

Dans la Rue de Rouvroy, à Bouchoir, personne ne sait ce que sont devenus les 3 copains.

Germain LEROY, le frère cadet d’Henri, est mobilisé le 18 novembre 1914. Après avoir été jugé inapte pour faiblesse, il est finalement devenu bon pour le service armé. Blessé à plusieurs reprises, il devient caporal brancardier au 401e RI, en juin 1917.

C’est à cette époque, à l’été 1917, que les parents d’Henri LEROY apprennent officiellement le décès de leur fils. Chez les HEMERY et les DUPEIGNE, l’espoir est toujours présent. Même si la Croix-Rouge ne peut confirmer ou infirmer l’information, les parents d’Alphonse et de Paul espèrent toujours que leurs fils sont prisonniers, et que, même en captivité, ils sont toujours vivants…

Lors de la grande offensive allemande du printemps 1918, Germain LEROY est considéré comme disparu, présumé prisonnier en Allemagne.

Quand l’Armistice est signé, le 11 novembre 1918, qui peut penser, à Bouchoir, pour les familles de ceux dont on n’a aucune nouvelle, que la guerre est finie ? Qui peut penser que la paix est de retour, alors que le village a été entièrement rasé ?

Alors que, deux ans après la fin de la guerre, à peine la moitié des habitants a réintégré le village de Bouchoir, dans la Rue de Rouvroy, les 3 familles HEMERY, DUPEIGNE et LEROY sont revenues.

Les pères ont repris leur activité d’ouvriers agricoles, suivis par les plus jeunes de leurs garçons, ceux qui ont échappé à la guerre grâce à leur âge. Seul Gilbert HEMERY, le jeune frère d’Alphonse, a choisi une autre voie. Il sera couvreur.

Même si l’espoir a disparu dans les 3 familles depuis la fin du mois de janvier 1919, période à laquelle tous les prisonniers ont été rapatriés, leurs enfants ne sont pas encore officiellement déclarés morts.

C’est seulement à la fin de l’année 1920 que la transcription du décès est transmise au maire de Bouchoir. Alphonse HEMERY est déclaré mort le 22 août 1914 à Bellefontaine, et Paul DUPEIGNE le même jour, le 22 août 1914, à Pierrepont, en Meurthe-et-Moselle. Ils n’avaient que 21 ans quand ils ont perdu la vie.

Germain LEROY, qui finalement n’avait pas été fait prisonnier en 1918, a été déclaré mort sans que l’Armée ne puisse réellement définir le lieu et la date de sa mort. Il a perdu la vie en Picardie, dans la Somme ou dans le Nord de l’Aisne. Entre la fin mars et le début du mois d’octobre 1918…

Les familles de la Rue de Rouvroy peuvent enfin faire leur deuil. Le deuil de leurs enfants. Le deuil des 4 copains, des 4 voisins, dont les noms figurent aujourd’hui sur le monument aux morts de Bouchoir.

Gilbert, le plus jeune des frères HEMERY, a poursuivi son activité de couvreur près de Bouchoir, à Hangest-en-Santerre, à Folies, et pour finir, à Arvillers, au lieu-dit La Gare. Il a eu un fils prénommé Gilles.

Gilbert HEMERY est mort en janvier 1972, à l’âge de 70 ans.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Bouchoir.

Gilbert HEMERY

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