UN JOUR, UN PARCOURS – Georges LEFEVRE, d’Andechy et d’Hangest-en-Santerre

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 30 juin 1892, Georges LEFEVRE est devenu, très jeune, orphelin de père. Arthur LEFEVRE, le père de Georges, n’avait que 34 ans quand il est mort, en janvier 1895. Georges était âgé de deux ans et Paul, son frère aîné, de cinq ans.

Arthur exerçait le métier de garde-champêtre à Andechy, petit village de l’arrondissement de Montdidier, dans l’ancien bas-Santerre de Picardie. Armance, son épouse, était bonnetière.

A Andechy, il y a plus de bêtes que de gens à la fin du XIXe siècle. L’instituteur, Monsieur Villette, y recense 104 chevaux, 230 bovins, 82 porcs, 12 chèvres et… 640 moutons, pour une population de 364 humains. Le nombre important d’ovins s’explique par la nécessité d’alimenter les nombreux  fileurs du secteur en laine.

Après la mort de son père, Georges quitte le village, avec sa mère et son frère, Paul. Armance a trouvé un nouveau mari à Hangest-en-Santerre. Le petit Georges n’a que 4 ans. C’est Gustave Baillet, bonnetier à Hangest, qui va devenir son nouveau père. Après le mariage de Gustave et d’Armance, plusieurs enfants vont naître : Marcel, Arthur, Germaine, Mercedes, Richard, Roland. Ils habitent Rue de Plessier.

hangest santerre 1

En comparaison d’Andechy, Hangest est la grande ville. On y trouve tous les commerces de première nécessité. Il y a également une briqueterie, une usine de bonneterie à vapeur , une filature. Hangest a même son propre hôpital. Il manque un passage des trains beaucoup plus fréquents. Il faut parcourir plus d’un kilomètre, en sortie de ville, pour rejoindre la gare d’Arvillers-Hangest où passe la ligne économique de Montdidier à Albert. Mais les trains ne sont pas assez nombreux et une majorité d’habitants estime que les tarifs sont trop élevés. C’est donc souvent, à pied ou en voiture à cheval, que les Hangestois se rendent dans la grande ville de Roye, pour les marchés ou les grandes foires agricoles.

hangest santerre 2

Comme son beau-père, Georges devient bonnetier. Paul, son frère, s’est fait embaucher par la Compagnie des chemins de fer du Nord.

C’est à Moreuil, le chef-lieu de canton situé dans la vallée de l’Avre, au pied du plateau fertile du Santerre, que Georges passe devant le Conseil de Révision. Il est incorporé, le 10 octobre 1913, au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens. Georges estime qu’il a de la chance car il va pouvoir revenir en permission assez souvent.

Quelques mois plus tard, la guerre est déclarée. Le régiment quitte Amiens dès les premiers jours d’août 1914 pour se rendre dans le département de la Meuse, à proximité des frontières belges et luxembourgeoises.

Il ne s’agit plus de manœuvres comme Georges et ses copains en ont vécu de nombreuses pendant le service militaire. Il s’agit d’une vraie guerre. Et ceux qui tombent, ne se relèvent pas tous.

Si le 72e RI est relativement épargné, pendant la Bataille des Frontières, fin août, il est au cœur de combats quand débute la Bataille de la Marne, le 6 septembre. Georges est blessé par balle au genou gauche moins de deux jours après le début des combats. Evacué pour être soigné à l’arrière, il ne revient qu’à la fin du mois de novembre 1914. Le genou est toujours douloureux, mais l’Armée a besoin de soldats pour s’opposer aux Allemands dans ce qui est devenu une guerre de position, une guerre de tranchées.

L’hiver 1914 est particulièrement froid et humide. Beaucoup seront malades dans la boue glacée des tranchées. Georges est évacué le 11 janvier 1915. Soigné en hôpital et centre de convalescence, il ne revient qu’en mai 1915. Il aurait certainement préféré ne jamais revenir au front, car ce qui l’attend, ce sont les terribles et meurtriers combats autour de Verdun et en Argonne.

Le 17 juillet, au Bois-Haut, en Argonne, Georges est fait prisonnier. Emmené en captivité en Allemagne, c’est au camp de Hammelbourg qu’il passera plus de trois ans et demi. Quand il est rapatrié, le 18 décembre 1918, la guerre est finie. Les communes du plateau du Santerre ne sont plus que ruines. La guerre est aussi passée par la Somme. Par Hangest.

Georges est démobilisé en août 1919. La reconstruction de la commune a déjà débuté.

Gustave, le beau-père, et Armance, reprennent leur activité de bonnetier, tout comme tous les enfants du couple, à l’exception d’Arthur qui est boulanger. Georges ne revient pas de suite à Hangest. C’est à Rouen qu’il épouse Henriette en 1921. Puis, quelques années plus tard, il rentre au pays. L’activité de bonnetier ayant disparu, il est manouvrier, puis caviste, et employé des Contributions Directes…

Son frère aîné, Paul, ne reste pas aux Chemins de fer. Il devient limonadier à Rosières-en-Santerre.

Georges va vivre à Hangest-en-Santerre. Et chaque 11 novembre, en participant aux cérémonies commémoratives, il pensera à ceux qui ont eu moins de chance que lui. Son copain, Georges BONNARD, bonnetier comme lui. Henri GUILLUY, Marcel HACOT ou Jules LACROIX, le maréchal-ferrant. Ils avaient fréquenté les mêmes bancs de classe que lui, et avaient partagé plein de moment de jeunesse insouciante. Ils ont tous été tués pendant la guerre. Pas un seul d’entre eux ne fêtera jamais ses 25 ans…

Georges LEFEVRE est décédé, le 31 mai 1982, à Corbie, dans la Somme, à l’âge de 89 ans.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune d’Andechy et Francis et Brigitte DANEZ celle pour la commune d‘Hangest-en-Santerre.

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