UN JOUR, UN PARCOURS – Albert DEROBERT-MAZURE de Roye

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 16 novembre 1892, Albert DEROBERT-MAZURE est un enfant des « Communes ».

La famille DEROBERT-MAZURE de Roye est associée au lieu-dit « Les Communes ». Au milieu du XIXe siècle, Jean-Baptiste y a fondé une famille avec Marie-Rose. Trois garçons sont nés, René, Louis et Alfred.

Ce quartier était constitué avant la Révolution Française, de terrains qui appartenaient aux Célestins d’Amiens et qui étaient mis à la disposition des habitants du quartier. Ces terres étaient pâturées ou cultivées en communauté d’où le nom « communes ».

Alfred est le grand-père du petit Albert qui naît en 1892. Alfred est aussi le nom du père d’Albert, ainsi que le prénom de son frère aîné, alors que sa sœur aînée s’appelle Alfreda…

Quand il arrive au monde, Albert est le 4e enfant du couple que forment Alfred et Angélina. Il y a déjà deux garçons, Alfred et Paul, et une fille prénommée Alfreda. Elle sera d’ailleurs la seule, puisque les cinq bébés qui viennent ensuite sont tous des garçons.

Le quartier des « Communes » est situé à proximité de la sucrerie. Le père est manouvrier chez Lebaudy, mais son salaire ne peut suffire pour nourrir toutes les bouches. Apprendre à lire et à écrire n’est pas une priorité dans la famille pour les enfants. Alfred, le fils aîné, devient manouvrier comme le seront ses frères, Paul, Albert, Eugène, Octave, René, Fernand et Gaston. L’hiver, ils travaillent chez Lebaudy et l’été, se font embaucher à la scierie Vasseur ou dans les grandes fermes de la commune. Alfreda, la fille unique, est lingère chez Dehesdin.

Albert DEROBERT-MAZURE part au service militaire une année après son frère Paul, incorporé au 51e  Régiment d’Infanterie de Beauvais. Le Conseil de Révision a jugé Albert apte au service armé et l’a affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne.

Albert quitte Roye le 1er octobre 1913. Ils sont trois gars de la commune à être incorporés au 120e pour y effectuer leur service militaire. Albert prend le train en gare de Roye, accompagné d’Ernest HENON et de Jules GERVAIS. Ernest est cordonnier et Jules est magasinier.

Ils ne poseront pas longtemps leurs sacs dans la caserne Foy de Péronne, puisque leur régiment est transféré dans la Meuse. Le 9 octobre, ils arrivent à Stenay.

Quand les appelés en permission sont invités à revenir de toute urgence, fin juillet, tous les jeunes sous les drapeaux savent que la guerre est imminente et qu’ils seront tous en première ligne. Alors que le 120e RI est déjà positionné près de la frontière belge, là où auront lieu les combats si les Allemands veulent entrer en France, le 51e RI de Paul DEROBERT-MAZURE attend la déclaration officielle de guerre pour quitter l’Oise. Il rejoint alors le département de la Meuse dès le 5 août.

La Mobilisation générale du 1er août entraîne deux DEROBERT-MAZURE supplémentaires dans la guerre. Les deux cousins, les fils de l’oncle René, sont rappelés. Ils se prénomment René et Arthur. René rejoint la 120e RI à Stenay et Arthur le 67e RI de Soissons. Ce dernier régiment a quitté ses locaux de l’Aisne, dès le 31 juillet, pour rejoindre les Hauts de Meuse, au Sud de Verdun. C’est donc dans la Meuse que les quatre cousins vont débuter la guerre, au plus près des frontières avec la Belgique et le Grand-Duché du Luxembourg.

Le 22 août, la Bataille des Frontières est déclenchée, sur une ligne allant de Mons et Charleroi, à Longwy et la frontière allemande de Moselle. Plus d’un million de Français face à un million d’Allemands. L’état-major français pense qu’il est possible de repousser les Allemands du territoire belge. Le 120e RI rencontre les troupes allemandes sur le territoire du village de Bellefontaine. C’est seulement à quelques kilomètres du lieu de combat du 51e RI, près d’Houdrigny et de Villers-la-Loue. 

Les frères DEROBERT-MAZURE, Albert et Paul, connaissent en même temps l’épreuve du feu, dans un petit territoire boisé et vallonné de Belgique appelé Gaume.

Albert meurt à Bellefontaine. Paul croit mourir à Villers-la-Loue. Une balle lui perfore le thorax. Evacué vers l’arrière pour y être hospitalisé, Paul ne meurt pas.

A Bellefontaine, le 120e RI a été décimé. Plus de 1 000 hommes sont hors combat. Les morts se comptent par centaines. Ernest HENON aussi a été tué. Des trois Royens partant gaiement à Péronne le 1er octobre 1913 pour y effectuer leur service militaire, seul Jules GERVAIS est encore en vie le 22 aout 1914 au soir.

Aquarelle de Nestor Outer – Musée Gaumais – Virton

Mais la guerre n’est pas finie. Et même si, quelques jours plus tard, l’Armée française obtient une symbolique victoire dans la Marne, les Allemands ne quittent par le territoire français. Bien au contraire ! La guerre va s’enterrer et les tranchées vont devenir le quotidien sale et boueux des combattants.

Le cousin Arthur DEROBERT-MAZURE est tué en février 1915 aux Eparges, près de Verdun. Paul, le frère d’Albert, revenu au front après sa grave blessure d’août 1914, est blessé aux pieds et aux jambes par éclats multiples de bombe, en mai 1915 à Beauséjour, dans la Marne. René, le deuxième cousin, après avoir été évacué en mars 1917 pour gale, est blessé gravement au dos par éclat d’obus en août 1918.

Le frère cadet de Paul et d’Albert, prénommé Eugène DEROBERT-MAZURE, était trop jeune pour être mobilisé en août 1914. Recensé dans la classe 1915, c’est le 16 décembre 1914 qu’il a été appelé pour rejoindre le 8e Bataillon de Chasseurs à Pied. Considéré par l’Armée française comme disparu à Bagatelle, pendant les meurtriers combats d’Argonne, en juin 1915, il a été rapatrié fin novembre 1918, après plus de trois années de captivité en Allemagne. Mais pour Eugène, la guerre intérieure a continué bien après la signature de l’Armistice. Pendant les combats d’Argonne, enseveli suite à un éboulement de terrain provoqué par les bombes, Eugène s’est vu mourir. Toute sa vie, il a conservé des séquelles de cette commotion qui lui provoquait des tremblements généralisés des membres supérieurs.

Dans une guerre, l’horreur ne concerne pas que ceux qui combattent. Le jeune Fernand DEROBERT-MAZURE, l’avant-dernier de la fratrie, âgé d’à peine 16 ans, est au nombre des victimes civiles.

Quand la guerre a pris fin, dans une ville de Roye presque entièrement détruite, il a fallu beaucoup de courage à toutes ces familles durement éprouvées, comme celle des DEROBERT-MAZURE, pour continuer, tout simplement, de vivre.

Alfred et Angélina ont continué leur chemin dans leur petite maison dans le quartier des « Communes ». Ils y ont été accompagnés dans la vieillesse, de deux de leurs enfants, Octave et Gaston. Deux fils que la guerre n’a pas eu le temps de leur prendre.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Roye.

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