ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Victor TREUNET de Nampont-Saint-Martin

Né le 16 avril 1892, Victor est le fils de Charles TREUNET et de Désirée TIRARD.

Charles et Désirée se connaissent depuis toujours. Ils ont grandi côte à côte dans le hameau de Montigny, commune de Nampont-Saint-Martin au Nord-Ouest du département de la Somme. Les parents de Charles étaient cultivateurs. Charles est devenu berger.

Charles et Désirée se marient à Nampont et ils y construisent leur vie. Leur premier enfant, né en 1890, se prénomme Albert. La fratrie s’agrandit rapidement avec l’arrivée de Victor en 1892, Martine en 1893, Charlotte en 1895, Sylvain en 1896, Adeline en 1899. Puis viendront Fernande, Alice, Jeanne…

A Nampont, les habitations sont réparties sur un large territoire communal. Le chef-lieu ne compte que 250 habitants alors qu’on en dénombre au moins 100 de plus en additionnant ceux des quatre hameaux. Les jeunes époux se sont installés dans la maison familiale des TREUNET où a grandi Charles, dans la Grande Rue de Montigny. Les parents de Désirée habitent encore à côté. Victor et Désirée sont des enfants de Montigny et leurs enfants le deviendront aussi.

Les frères TREUNET sont très proches les uns des autres. Même si les places de berger sont rares dans la commune, Albert, Victor et Sylvain choisissent le même métier que leur père. Les frères travaillent dans des fermes différentes, mais aucun ne quitte le territoire de la commune qui l’a vu naître. Les TREUNET sont bien plus souvent avec leurs troupeaux dans les pâtures, dans les bas-champs, dans les terres laissées en jachère autour de Nampont que sur les bancs de l’école. Ils ne savent pas vraiment lire et écrire, mais pour garder les moutons, ce n’est pas le plus important…

Albert TREUNET, l’aîné de la fratrie, est le premier à être convoqué par le Conseil de Révision de Rue, chef-lieu de canton. Il est affecté au 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville. Il débute le service militaire le 10 octobre 1911 et le termine en novembre 1913.

Victor TREUNET, jugé apte au service armé, est également affecté au 128e RI. Il arrive à la caserne Courbet le 9 octobre 1913 quelques jours avant que son frère ne la quitte. Victor doit consacrer deux années de sa vie pour servir la nation, comme son frère l’a fait avant lui. La présence de son frère, pour l’accueillir dans l’univers cloisonné qu’est une caserne, loin des grandes étendues du Marquenterre, rassure le jeune Victor.

Le 1er août 1914, la Mobilisation Générale est décrétée. Victor et ses copains du 128e RI se préparent à rejoindre les frontières de l’Est de la France. Le 3 août, les hommes qui avaient terminé depuis peu de temps le service militaire dans le même régiment, arrivent à Abbeville. Parmi eux se trouve Albert, le frère de Victor. Albert a dû laisser son épouse Henriette pour répondre à l’ordre de mobilisation. Il a aussi abandonné le troupeau qu’il gardait pour Anathase FLAMENT, fermier Route Nationale à Nampont.

Le 5 août au matin, les deux frères montent dans le même train. Dix heures plus tard, ils arrivent à Dun-sur-Meuse à quelques kilomètres du Luxembourg belge. La guerre a vraiment débuté. Les Allemands viennent d’entrer sur le territoire de la neutre Belgique. Dans quelques jours, ils franchiront la frontière française.

Le 128e RI connaît l’épreuve du feu près de Virton le 22 août pendant la Bataille des Frontières. L’armée française subit une terrible défaite. Plus de 25 000 hommes perdent la vie en une seule journée. Pour réorganiser les régiments dont certains ont été presque totalement anéantis, le général Joffre ordonne le repli de toutes les troupes françaises.

Le 128e RI, comme tous les régiments de la 2e Région militaire d’Amiens, entame une longue marche à travers la Meuse puis le département des Ardennes. Le 29 août, plusieurs unités sont désignées pour attendre les troupes allemandes afin de retarder leur progression. Si l’Etat-Major n’espère pas vraiment repousser l’ennemi, il espère surtout gagner du temps pour permettre aux IIIe, IVe et Ve Armées françaises de s’installer au Nord-Est de Paris et de se préparer à des combats qui se veulent décisifs.

Le 128e RI est désigné pour attendre dans le secteur de Saint-Pierremont dans les Ardennes. Le 31 août, deux bataillons du régiment sont désignés pour gagner le hameau de Fontenois et de là, lancer l’offensive vers le chef-lieu de Saint-Pierremont où sont signalées des troupes d’infanterie. Si, dans un premier temps, les Français pensent bénéficier de l’effet de surprise, ils sont rapidement mis en difficulté. Cinq batteries d’artillerie allemande bien positionnées se mettent en action. C’est l’hécatombe sur la colline qui surplombe Saint-Pierremont. Les morts sont nombreux. Les blessures par éclats d’obus sont graves.

Les fantassins allemands s’élancent ensuite vers les hauteurs de Fontenois où ils prennent rapidement l’avantage. Les Français se replient dans le hameau. Ceux qui tentent de gravir les pentes en direction des Allemands subissent des tirs de mitrailleuses. En fin de matinée, le combat prend fin. Les blessés sont transportés vers le poste de secours installé dans une grange de Fontenois. Les rescapés valides quittent rapidement le hameau par le Sud. 

Victor TREUNET est au nombre des blessés. Une balle lui a touché l’humérus gauche. Il est soigné dans la grange transformée en hôpital d’urgence. L’équipe du Docteur Fromont s’active. Les blessés arrivant en nombre sont peu à peu évacués vers les maisons d’habitation des villageois.

Le lendemain, les Allemands capturent les prisonniers et leurs soignants. Transportés dans des voitures à cheval ou effectuant le parcours à pied jusqu’à la gare de Marbehan en Belgique, les Français sont envoyés ensuite dans des lazarets ou des camps de prisonniers en Allemagne.

Albert TREUNET, l’aîné des frères, ne connaît pas le sort qui a été réservé à son frère. Est-il mort de ses blessures ? A-t-il été exécuté par les Allemands ?…

En fait, Albert TREUNET poursuit la guerre au sein du 128e RI. Il échappe à la mort à Maurupt-le-Montois, en septembre 1914. Il résiste aux attaques ennemies et au froid dans les tranchées du Bois de la Gruerie à l’automne et pendant l’hiver 1914-1915. Il combat ensuite dans la Marne, près de Verdun et dans la Somme…

Le 4 mai 1917, Albert est blessé gravement par éclats d’obus reçus dans le dos. Evacué vers l’hôpital de Prouilly près de Reims, il succombe à ses blessures le 10 mai. Quelques jours avant de mourir, il a appris que Victor, son frère cadet, venait d’être rapatrié d’Allemagne. Estropié à jamais, mais vivant. Victor a été réformé définitivement en juin 1917. De retour à Nampont-Saint-Martin, Victor TREUNET a épousé Yvonne HOCHARD, une fille du village.

Sylvain, le plus jeune des frères TREUNET, exempté à plusieurs reprises pour faiblesse générale, a finalement été mobilisé en septembre 1916. Sylvain s’en est sorti sans trop d’égratignures. Indemne physiquement mais victime des mêmes traumatismes mentaux que tous les autres rescapés.

En 1920, Henriette, la veuve d’Albert TREUNET, s’est remariée, épousant Lucien GENET, un estropié de la Grande Guerre.

Victor et Yvonne HOCHARD sont restés plusieurs années à Nampont. Ils ont eu 3 enfants. Georges, Albert et Marie-Louise. C’est à Noyelles-sur-Mer, au hameau de Sailly-Bray que Victor et Yvonne ont fini leur vie. Victor est mort en 1961 et Yvonne en 1966.

Si Sylvain, son frère cadet, est devenu agriculteur après la guerre, Victor TREUNET a exercé pendant toute sa vie le métier de berger. Il n’a jamais retrouvé l’usage de son bras gauche.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Selon les documents d’archives consultés, le prénom usuel de Georges est également utilisé pour Victor TREUNET.

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