UN JOUR, UN PARCOURS – Hector DURAND de Cardonnette

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 18 novembre 1893, Hector DURAND est le fils d’Hector et de Noémie.

Noémie est originaire de Cardonnette et Hector le père, d’Allonville, village voisin.

Le père d’Hector était débitant-cultivateur tout comme la mère de Noémie. Pourtant, même si les débits de boissons sont nombreux sur le territoire du village, en cette fin de XIXe siècle, le jeune couple ne choisit pas cette activité. Hector sera fermier.

C’est donc dans une petite ferme, située Rue d’En Haut à Cardonnette que le petit Hector voit le jour à la fin de l’automne 1893. Il est le premier fils d’Hector et de Noémie. Suivront Julien né en 1895, puis Robert, Célina, et beaucoup plus tard, en 1911 Suzanne.

Economiquement, le village de Cardonnette qui compte moins de 250 habitants, est beaucoup plus tourné vers la grande ville d’Amiens, distante de 8km, que vers les communes voisines de Rainneville, Saint-Gratien, Poulainville ou Allonville. Plusieurs artisans à domicile travaillent pour des entreprises amiénoises comme les coupeurs de velours, les cordonniers ou les tisseurs. Il y a 6 laitiers de la commune qui portent leur lait à Amiens, tous les matins. Et toute la production agricole, les légumes ou les volailles sont vendues sur les foires ou marchés de la capitale régionale. On a plus vite fait d’aller directement à Amiens, même à pied, que d’aller prendre le train à Poulainville !

La grande route, qui mène à Amiens et dans l’autre sens à Arras, est également source de revenus pour les villageois. Au lieu-dit « Petit Cardonnette » que la route nationale traverse, il y a trois débits de boissons et dans l’autre hameau nommé « La Maison de briques », situé également sur ce chemin de grande circulation, il y a un cabaret.

L’activité principale du village reste, toutefois, l’agriculture. Tous ceux qui n’ont pas leur propre ferme sont ouvriers agricoles, ou plus souvent, travaillent comme journaliers, allant chercher le travail là où il est.

Dans un petit village comme Cardonnette, les garçons du même âge ne sont pas nombreux.  Dans la rue qui porte le nom de « Ruelle », il y a les frères Emile et Adrien LENGLET, ainsi que Léonce LEMAIRE, le fils du laitier. Dans la Rue d’En Haut où habite Hector DURAND, seul Edmond BOUCHER a presque le même âge que lui. Il y a bien des filles, mais… ce n’est pas pareil !

Les garçons passent une grande partie de leur temps ensemble. Ils se retrouvent sur les bancs de la classe de Monsieur Wargniez, et partagent tous les moments d’insouciance et de joie que l’enfance peut offrir.

L’activité agricole rythmant la vie du village, les enfants sont souvent sollicités pour aider aux travaux des champs et pour s’occuper des bêtes. Et dès qu’ils ont une dizaine d’années, ils commencent à tenter de se faire embaucher comme journaliers par les fermiers de la commune.

Hector DURAND n’a pas besoin de chercher du travail. Il y a de quoi faire dans la ferme de son père.

A 20 ans, ces garçons devenus de jeunes hommes, savent qu’ils vont devoir donner au moins deux années de leur vie pour servir leur patrie. Hector est convoqué à Villers-Bocage, où le Conseil de Révision l’exempte provisoirement pour raison médicale.

Hector n’effectuera pas son service militaire. Emile LENGLET termine le sien au 19e Régiment de Chasseurs à Cheval d’Abbeville, unité où son frère Adrien vient d’être incorporé. Les deux autres copains ont déjà effectué une année sous les drapeaux, Edmond BOUCHER au 72e RI à Amiens, et Léonce LEMAIRE au 120e RI à Péronne. C’est le lot de tous les jeunes hommes de 20 ans. Etre séparés des copains d’enfance pendant la durée du service national pour mieux les retrouver après…

Quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914, Hector DURAND toujours jugé inapte au service armé, n’est pas mobilisé contrairement à Emile LENGLET qui est rappelé et doit rejoindre le 19e Chasseurs. Partir à Abbeville pour y retrouver son frère rend le départ moins difficile.

Après les combats meurtriers d’août et septembre 1914 et malgré la mobilisation de la classe 1914, l’Armée française doit trouver des effectifs supplémentaires. Un nouvel examen met en évidence que, finalement, Hector DURAND est apte à partir à la guerre. Incorporé au 3e Régiment de Hussards, il est assez rapidement affecté à la 2e Section d’Infirmiers militaires. Il devient brancardier. Hector ne combat pas, mais sa mission l’entraîne en permanence au plus près du danger.

Le 5 septembre 1916, pendant la Bataille de la Somme il est gravement blessé près de Curlu : « jambe gauche sectionnée complètement par éclats d’obus »… La guerre est finie pour lui. Réformé, après un long séjour d’hospitalisation et de convalescence, il revient à Cardonnette. Une pension de retraite de 750 francs lui est accordée par l’Etat français.

Un long apprentissage débute pour arriver à continuer à vivre et à travailler dans la ferme familiale. Hector est vivant. En 1926 il se marie avec Marie. Malgré son handicap, il reprendra seul la direction de l’exploitation Rue d’En Haut, quelques années plus tard quand son père lui passera le relais.

Les frères LENGLET sont revenus indemnes, tout au moins physiquement.

Léonce LEMAIRE, blessé dès le début de la guerre le 22 août 1914 à Bellefontaine, a perdu l’usage du bras gauche, suite à une blessure par balle. Il a été réformé en avril 1915 avant de revenir vivre à Cardonnette.

Edmond BOUCHER a été blessé à plusieurs reprises, notamment dans la Marne, en septembre 1914 et au Chemin des Dames en avril 1917. Evacué malade, il était encore hospitalisé quand l’Armistice a été signé. Edmond est mort en 1926, à l’âge de 34 ans.

La guerre n’a tué aucun des 5 copains d’enfance de Cardonnette. Elle les a abimés. Elle les a diminués. Et la souffrance physique et morale ne s’est pas arrêtée avec le Traité de Versailles.

En 1938, la commission de réforme d’Amiens, après avoir examiné Hector DURAND vingt ans après la fin de la guerre rendait son rapport : « amputation de la cuisse gauche, moignon peu étoffé avec cicatrice crouteuse, crise de névralgie irradiant vers le pied absent avec sensations de crampes dans les orteils »… Nombreux sont encore ceux qui se souviennent, à Cardonnette, d’Hector et de sa jambe de bois.

Hector DURAND est mort le 11 juin 1972, dans sa 79e année.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Cardonnette.

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