UN JOUR , UN PARCOURS – Victorin PRUVOT de Bertangles

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 7 août 1891, Victorin PRUVOT est le fils d’un coupeur de velours.

C’est devant le maire de Bertangles, village du canton de Villers-Bocage, situé au Nord d’Amiens, que Philippe vient déclarer la naissance de son fils, accompagné de Clovis Cornu, également coupeur de velours, et d’Alphonse Payen, garde particulier. Le maire de la commune est Amédée, marquis de CLERMONT-TONNERRE. Le fils de Philippe se prénomme Victorin Philippe.

Philippe et Félicie, son épouse, se sont installés pour vivre ensemble, dans une maison de la Place, à Bertangles. Les deux époux sont, tous les deux, originaires du village. Georges est leur premier enfant, en 1883, puis viennent Georgina, Hippolyte, Victorin, suivi en 1895 par Henri, puis Lucien et Marie.

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Arrivant juste après les travaux agricoles, l’activité principale, pour les 400 habitants que compte le village reste, en cette fin du XIXe siècle, la coupe du velours. L’industrie de la coupe manuelle du velours est sérieusement menacée par la coupe mécanique. L’exode rural frappe de plein fouet Bertangles qui vient de perdre un tiers de sa population dans les quarante dernières années du siècle. La proximité de la grande ville n’y est pas étrangère.

Quand l’activité de coupe du velours prend fin, début XXe siècle, Philippe se fait embaucher au château, d’abord comme journalier, puis comme domestique.

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Victorin fréquente les bancs de l’école mixte de Bertangles. Il est bon élève. Puis il se décide, jeune adolescent, à travailler lui-aussi au château. Il loge, avec son frère cadet, Henri, chez le régisseur du château, Clément Coutant. Victorin et Henri sont embauchés comme charretier. Chez le régisseur, ils partagent le gîte et le couvert, avec cinq employés, un garde, une servante, un jardinier et deux autres charretiers.

Alors qu’il doit partir effectuer le service militaire, Victorin est exempté. L’influence de Monsieur le Marquis n’est peut-pas étrangère à cette exemption. Les bras sont utiles pour assurer l’exploitation de la ferme du château, surtout quand ils sont commandés par une tête bien faite comme l’est celle de Victorin.

Mais quand la guerre est déclarée, l’exemption n’est plus valable. La Commission de Réforme d’Amiens affecte Victorin au 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais. Il est incorporé le 28 novembre 1914, et, après une période d’instruction, rejoint le front près de Verdun au printemps 1915. C’est aux Eparges qu’il est blessé, le 25 mai, au coude droit. Après quelques semaines d’hospitalisation, il rejoint son régiment, positionné maintenant, dans la Marne. Promu caporal, le 1er juillet, il est à nouveau blessé à la main, par éclats d’obus, à Perthes-les-Hurlus, fin septembre 1915.

Après cette deuxième évacuation vers l’arrière, Victorin change de régiment pour rejoindre le 85e RI. Les Hauts de Meuse, la Somme, la Champagne… les lieux de combats sont tous aussi meurtriers les uns que les autres. Puis vient la grande offensive de l’été 1918 destinée à repousser définitivement les Allemands, après leur tentative de rallier Paris fin mars. Les Allemands sont à bout de forces, et l’état-major ne parvient plus à renforcer les effectifs durement éprouvés par les combats du mois d’août. La victoire semble à portée de main pour l’Armée française, bénéficiant d’un allié de poids avec l’arrivée de troupes américaines. Le 85e RI est dans le territoire de Belfort, fin octobre 1918, pour contraindre les Allemands à quitter le sol national. Le 29 octobre, Victorin est blessé. Gravement blessé. Un éclat d’obus a touché la colonne vertébrale, dans la région lombaire. Transporté à l’hôpital du Val-de-Grâce, à Paris, Victorin PRUVOT y décède le 14 novembre 1918. Trois jours après la signature de l’Armistice.

La guerre a durement touché la famille PRUVOT de Bertangles. Henri, le frère cadet de Victorin, a été incorporé au 33e RI d’Arras, en décembre 1914. Arrivé au front, dans le secteur de Verdun, en avril 1915, il suit presque le même parcours que son frère, sur les champs de bataille de la Meuse, de l’Argonne et de la Marne. Jusqu’à la Bataille de la Somme, à l’été 1916, Henri n’a jamais été blessé.

Le 7 septembre 1916, au Bois d’Anderlu, près de Combles, Henri est grièvement blessé. Transporté à l’hôpital d’évacuation N°15 de Cerisy-Gailly, en bord du fleuve Somme, sur une péniche hôpital, Henri meurt trois jours plus tard.

Philippe et Félicie avait déjà perdu un fils, Hippolyte, de maladie, en 1912. La guerre leur en a fait perdre deux autres.

A Bertangles comme ailleurs, la guerre a décimé les familles et fait couler beaucoup de larmes. Quelle que soit la classe sociale. Les châtelains de Bertangles sont aussi en deuil.

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Louis, le fils du châtelain, a également été mobilisé. Officier de réserve, issu de la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr, Louis de CLEMONT-TONNERRE a rejoint son régiment, le 4e Régiment de Marche Zouave, en tant que capitaine, dès le 2 août 1914. Blessé à plusieurs reprises, par chute de cheval, par shrapnel, il est tué au combat le 30 mars 1918. Louis a 40 ans. Il ne deviendra jamais le châtelain de Bertangles. Son fils, et plus tard, son petit-fils, prendront la relève, rendant souvent hommage à leur aïeul mort pour la France.

A Bertangles, les noms de Victorin PRUVOT, Henri PRUVOT et du « Comte » Louis de CLERMONT-TONNERRE sont inscrits sur le même monument aux morts.

Trois parcours que l’absence de guerre aurait dû rendre si différents…

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Bertangles. bertangles 5

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