UN JOUR, UN PARCOURS – Lucien CAZIER de Daours

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 26 novembre 1892, Lucien CAZIER est le fils d’Arthur et d’Adèle, originaires tous les deux de la commune de Daours.

Les grands-parents paternels d’Arthur sont ménagers. Des gens simples pour lesquels l’important est de travailler pour vivre. Travailler pour manger et avoir un toit au-dessus de la tête.  On n’en demande pas beaucoup plus. Et si dans la commune, il est possible de trouver un travail, on y reste. Sinon, on va voir ailleurs… La proximité de la capitale régionale, Amiens, donne des perspectives d’emploi très favorables, tout comme celle des filatures du Santerre autour de Villers-Bretonneux. Les CAZIER résident Rue de Pont-Noyelles.

Arthur CAZIER, le père de Lucien, se fait embaucher dans la scierie Denant, située le long du canal près de la rue de la gare. La commune de Daours a la chance de disposer d’une halte sur la ligne de Chemin de fer de la Compagnie du Nord qui relie Paris à Lille. A côté de la gare, on trouve le café tenu par Zélie Deflesselle, épouse Dufour. Le mari de Zélie est étalonnier et leur employé est conducteur d’étalons.

Lucien CAZIER n’a qu’une soeur aînée, Lucie, beaucoup plus âgée que lui. Il est le seul garçon. Dans la Rue de Pont-Noyelles où il habite, il y a peu de copains de son âge, à l’exception de Fernand REMY, dont le père est maçon dans l’entreprise Mallet, de Jules PARIS, le fils d’Onésime, et d’Augustin CHOQUET . La mère d’Augustin est ouvrière dans la bijouterie Foncke, route d’Amiens, une entreprise dirigée par un Allemand. Dans le village, plus près de l’église, il y a François ASSOYGNON, qui vit Rue de la République chez Zénon, son grand-oncle. Rue Haute du Cimetière, il y a Albert DURIER et Route d’Amiens Louis DHEILLY. Ce sont les garçons avec qui Lucien CAZIER partage les bancs de l’école de Monsieur Magnier.

Si les CAZIER, les REMY et les DURIER sont originaires du village ou des villages voisins, et y restent de générations en générations, beaucoup de familles ne viennent s’installer à Daours que parce que le travail s’y présente. De nombreux copains d’enfance de Lucien, nés à Daours,  ont suivi leurs familles à Corbie, à Amiens et même en Région parisienne. C’est le cas des employés des Chemins de Fer et des ouvriers d’usine notamment. La filature Galland et la fabrique de bijoux attirent les demandeurs d’emplois dans la commune.

Ceux qui restent dans le village ce sont surtout les cultivateurs et les commerçants. Le commerce est florissant dans ce petit village de moins de 600 habitants. La grande voie de communication entre Amiens et Corbie amène son lot de passagers, et donc de clients potentiels, tout comme le chemin de fer, et le canal de la Somme. En train, en bateau ou en voiture, on passe à Daours quand on va d’Amiens à Corbie. Le village de Daours est presque un point de passage obligé entre Paris et Lille !

Plusieurs cafés et épiceries, un boucher, un boulanger, un charcutier, un marchand de légumes, un brasseur de bières et de nombreux artisans, comme charron, maréchal-ferrant, cordonnier, charpentier, plafonnier, menuisiers, maçons… les habitants trouvent sur place tout ce dont ils ont besoin.

Après avoir travaillé à la scierie, le père de Lucien CAZIER reprend la même activité que ses parents. Une vache, un cheval, quelques hectares de terre et une basse-cour suffisent à nourrir la famille qui n’en demande pas plus. Arthur et Adèle sont, ce qu’on appelle, des ménagers. Lucien aide ses parents jusqu’à l’adolescence, avant de travailler dans la ferme d’Aristide REMY, Rue Deverité.

Lucien est un beau petit jeune homme aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Aucune fortune, aucun bien autre que la petite maison de ses parents, les terres cultivables ne leur appartenant même pas, mais Lucien a toute la vie pour construire sa famille. Pour construire son bonheur.

A 20 ans, convoqué devant le Conseil de Révision à Corbie il est jugé apte et affecté au 18e Bataillon de Chasseurs à Pied pour le service militaire.

Lucien rejoint son régiment le 8 octobre 1913 à Stenay, dans la Meuse. Il n’y reste pas longtemps. Le 18e BCP est transféré à Longuyon, laissant sa caserne aux hommes du 120e RI de Péronne. Son copain du village, Albert DURIER, effectue son service militaire au 120e. Quand Albert DURIER arrive à Stenay, Lucien CAZIER n’y est plus. Un régiment d’infanterie de ligne compte beaucoup plus d’hommes qu’un régiment de chasseurs. La caserne Chanzy de Stenay est donc agrandie, pour l’occasion, de plusieurs nouveaux bâtiments d’hébergement pour accueillir les hommes du 120e.

Avant même que la guerre ne soit déclarée officiellement, l’alerte retentit à Longuyon le 31 juillet 1914 à 4 heures du matin. A 7h30, les chasseurs partent vers Arrancy et Spincourt, à proximité de la frontière belge. Au deuxième coude de la route, des têtes se retournent. Quels sont ceux qui reverront ces bâtiments où, insouciants du lendemain, ils ont vécu paisiblement attendant « la quille » ?

Dès le 6 août, les chasseurs commencent à apercevoir des uniformes allemands .Des escadrons de couverture, entrés en Belgique depuis deux jours, s’approchent de la frontière française. Les patrouilles du 18e BCP les dispersent. Puis l’ordre leur est donné de se replier jusqu’à Mangiennes.

Chasseur à pied en août 1914

Le 18 août, la marche en avant commence. Le général Joffre a lancé l’ordre d’une offensive pour entrer en territoire belge et en chasser les troupes allemandes. Le 21 août, le 18e BCP franchit la frontière à Sommethonne où les hommes bénéficient d’un court repos. Le 22 au matin, à l’aube, le 18e BCP se met en marche vers Meix-devant-Virton et Lahage, pour rejoindre le plateau de Bellefontaine.

Pendant que le 120e RI livre combat à proximité du petit village belge, les hommes du 18e BCP sont positionnés à leur droite, près du Poste de Commandement de l’état-major, pour contenir les éventuels mouvements débordants de l’ennemi.

Dans la plaine du Radan, à Bellefontaine, son copain, Albert DURIER est tué. Près de 200 jeunes hommes de la Somme perdent la vie sur ce champ où la bataille a duré moins de 9 heures. Si les pertes du 18e BCP sont beaucoup moins lourdes que celles du 120e, avec au moins 1 000 hommes mis hors combat, les chasseurs connaissent, eux aussi, leurs premiers morts.

Lucien CAZIER, le jeune homme aux yeux bleus, les a définitivement fermés, ce 22 août 1914, à Bellefontaine.

Il faudra attendre presque six ans pour que l’avis officiel du décès ne soit transmis au père de Lucien. Le 20 juin 1920 !

Que sont devenus les copains ? Comme pour toute la génération des jeunes hommes qui effectuaient leur service militaire avant la déclaration de guerre, c’est l’hécatombe !

Lucien CAZIER et Albert DURIER ont été tués, à Bellefontaine, le 22 août 1914.

François ASSOYGNON est mort de ses blessures en janvier 1915.

Jules PARIS, considéré comme disparu aux Eparges, dans la Meuse, en avril 1915, n’a jamais été retrouvé.

Fernand REMY, après avoir été évacué plusieurs fois du front, a été grièvement blessé en avril 1918. Il a enchaîné les séjours en hôpital, à Beauvais, à Angers, à Amiens, sans voir arriver la guérison. Après deux ans de calvaire, c’est dans l’hôpital de Zuydcoote qu’il est mort, en avril 1920.

Des sept copains, seuls deux sont revenus vivants.

Augustin CHOQUET, refusant de revenir combattre après une blessure par balle en avril 1915, il est condamné à cinq ans de travaux publics. Emprisonné au Mans, il est finalement libéré, début 1917, pour aller combattre au Chemin des Dames. Il y est blessé. Après un séjour en hôpital, c’est au pénitencier de Fort-Passion, dans le Pas-de-Calais, qu’il vivra les premiers mois d’après-guerre.

Louis DHEILLY n’a pas été blessé. Nommé brigadier-infirmier le 2 août 1914, il a passé toute la guerre entouré de blessés et de morts. Faisant de son mieux pour soigner les corps et les âmes.

La maison de Lucien Cazier est la dernière, sur la gauche.

Arthur CAZIER, le père de Lucien, comme tous les parents des jeunes disparus, a lui aussi continué à vivre. Ou à survivre. Devenu veuf, il est resté dans sa petite maison de la Rue de Pont-Noyelles où il a fini sa vie. Seul.

Lucie, la soeur aînée de Lucien, après s’être mariée avant la Grande Guerre et avoir vécu à Querrieu, village voisin, dans la ferme de son époux, est venue terminer sa vie à Daours. Le village de son petit frère qui a 21 ans pour toujours.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Daours.

Né le 26 Novembre 1892, Lucien CAZIER n’avait encore que 21 ans quand il a été tué, à Bellefontaine, le 22 août 1914. La plaque lui rendant hommage, au cimetière communal de Daours, comporte donc une erreur quant à l’âge. Son corps repose au cimetière franco-allemand à Bellefontaine.

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