ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Philogone COZETTE de Cardonnette

Né le 18 juin 1895, Philogone est le fils de Joseph COZETTE et de Juliette BERNARD.

Joseph est né à Cardonnette et Juliette à Allonville. Les deux villages situés au Nord-Est d’Amiens sont séparés par la voie de grande communication qui mène d’Amiens à Arras. Bien que leurs territoires soient mitoyens, ils ne sont pas placés administrativement dans le même canton. Allonville est rattaché au canton d’Amiens Nord alors que Cardonnette dépend de Villers-Bocage.

Allonville et Cardonnette sont situées à moins de 8 kilomètres du centre-ville d’Amiens.  Les garçons des deux villages se connaissent bien. Même si certains jeux d’enfants opposent ceux d’Allonville à ceux de Cardonnette, c’est souvent la camaraderie qui domine. Il faut dire que les copains du même âge sont rares. Au début du XXe siècle Allonville compte moins de 500 habitants et Cardonnette à peine plus de 200.

Joseph COZETTE, le père de Philogone est cordonnier. Juliette, sa mère, est coupeuse de velours, profession assez répandue à Cardonnette et à Allonville à la fin du XIXe siècle. Joseph et Juliette se sont mariés en octobre 1892. Philogone est leur premier enfant.

Dix-huit mois plus tard, naît Joseph. Charlotte arrive ensuite en 1900, Rose en 1903 et Julienne en 1905. La famille réside Rue d’En Bas. Joseph est cordonnier mais à la belle saison il devient souvent journalier ou ouvrier agricole. Puis finalement, les parents abandonnent leur métier pour devenir ouvriers agricoles dans la ferme d’Henri FOSSE, propriétaire exploitant sur la Place du village. A l’adolescence, Philogone et son frère cadet Joseph, travaillent eux aussi pour le fermier.

Le 1er août 1914, c’est la Mobilisation générale. Les hommes des Classes 1911 à 1913 sont déjà sous les drapeaux pour le service militaire. Ceux des Classes 1908 à 1910 savent qu’ils iront tout de suite combattre. Tous les hommes entre 25 et 40 se préparent au départ.

Philogone vient d’avoir 19 ans. Il n’est pas concerné par la mobilisation.

Un mois plus tard, quand Oscar CAILLIEUX et Philogone SAUVE, jeunes hommes de la Classe 1914, quittent le village pour se rendre à pied à la gare d’Amiens après avoir reçu leur ordre de mobilisation, il sait que son tour arrive.

A Cardonnette, ils sont deux de la Classe 1915, Philogone COZETTE et Fernand DURAND. Comme Philogone, Fernand travaille comme ouvrier agricole.

 A Allonville, ils sont trois. Il y a Albert SAUVE, Abel GAUDEFROY et Raymond MANSION. Albert SAUVE est mécanicien ajusteur, Abel GAUDEFROY est coupeur de velours et Raymond MANSION est cultivateur.

A lire les journaux du mois d’août 1914, on pouvait penser que la guerre n’allait durer que trois semaines. Que les hommes allaient pouvoir venir terminer les moissons. Il n’en est rien. Après les terribles pertes humaines de la Bataille des Frontières et de la Bataille de la Marne, les hommes commencent à s’enterrer. La guerre de position remplace la guerre de mouvement. Beaucoup d’hommes ont été tués, blessés, ou sont prisonniers. Il faut prévoir leur remplacement.

Ceux de la Classe 1914 partis début septembre seront au front en décembre. Les jeunes hommes nés en 1895 les remplaceront alors dans les centres d’instruction militaire.

Les 5 garçons de Cardonnette et d’Allonville reçoivent début décembre 1914 l’ordre de mobilisation. Ils sont incorporés à compter du 16 décembre.

Philogone COZETTE est affecté au 8e Régiment d’Infanterie de Saint-Omer. Fernand DURAND de Cardonnette et Abel GAUDEFROY d’Allonville rejoignent le 73e Régiment d’Infanterie de Béthune. André SAUVE part au 51e RI et Raymond MANSION au 1er RI.

Les cinq jeunes hommes vont recevoir une formation militaire.

Philogone COZETTE part à Bergerac où est transféré le dépôt du 8e RI. Après trois mois d’entraînement militaire, il est envoyé sur le front de l’Est de la France. Le 8e RI s’apprête à prendre position dans le secteur des Eparges près de Verdun.

Carte envoyée par Philogone à ses parents (coll.pers. Nicole Verdoncq)

La guerre de Philogone va être très courte. Quelques jours après son arrivée sur les lieux de combat, Philogone COZETTE est déclaré disparu. Son corps ne sera pas retrouvé. C’est vraisemblablement le 10 avril, à proximité de la crête des Eparges, que Philogone a rendu son dernier souffle. Il n’avait même pas encore 20 ans.

André SAUVE a survécu à la fièvre typhoïde. Raymond MANSION a été blessé à plusieurs reprises par des éclats d’obus. Abel GAUDEFROY, le 3e copain d’Allonville, a été grièvement blessé quelques jours après la disparition de Philogone. Il est décédé le 9 mai 1915 à l’hôpital de Commercy des suites de ses blessures.

Quand les 5 garçons ont quitté ensemble leurs villages, en décembre 1914, pour partir à la guerre, aucun d’entre eux n’avait encore atteint l’âge de 20 ans.

Philogone COZETTE à droite (coll. pers. Nicole Verdoncq)

Fernand DURAND de Cardonnette, l’autre gars de la Classe 1915, a survécu à la guerre. Blessé gravement à Douaumont, le 6 mars 1916, il est allé ensuite d’hôpital en hôpital sans jamais retourner au combat. Fernand n’a jamais retrouvé l’usage de la jambe gauche, raccourcie de 5 centimètres et d’un pied amputé de 3 orteils. Son frère Hector DURAND, de deux ans son aîné, a également été gravement blessé… à la jambe gauche ! « Jambe gauche sectionnée complètement par éclats d’obus » !

Quand l’Armistice a été signé, quatre ans plus tard, deux d’entre eux avaient perdu la vie quelques semaines après leur incorporation et les trois autres étaient détruits physiquement et moralement, à 24 ans seulement.

Joseph COZETTE, le frère cadet de Philogone n’avait, lui, que 22 ans quand la guerre a pris fin. 22 ans ! Lui non plus n’est pas revenu indemne. Mobilisé quatre mois après son frère, il a été envoyé en Orient où un autre front tout aussi meurtrier que celui du Nord-Est de la France l’attendait. Au-delà d’une blessure handicapante à la main droite, c’est surtout les accès fréquents de paludisme qui ont marqué la vie d’après-guerre du jeune homme. Joseph a quitté Cardonnette pour vivre à Amiens. Il a épousé Renée DESMOULINS avec laquelle il a eu une fille prénommée Simone. Joseph est mort à l’âge de 75 ans.

Fernand DURAND n’est pas revenu à Cardonnette. Il a épousé Alice, une infirmière qui l’avait soigné pendant la guerre. Ils ont eu deux fils qui sont devenus tous les deux curés.

Le nom de Philogone COZETTE est inscrit sur le monument aux morts de Cardonnette et celui d’Abel GAUDEFROY a été gravé sur le monument d’Allonville. Ils ont 19 ans pour toujours.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Merci à Nicole VERDONCQ, fille de Julienne COZETTE et nièce de Philogone COZETTE.

Lettre écrite par Philogone COZETTE à sa soeur Julienne à l’occasion de la Fête de la Sainte-Catherine (année inconnue)

Retrouvez d’autres parcours :

Xavier ALERBE d’ALLONVILLE

Hector DURAND de CARDONNETTE

Théodule MORTREUX de SAINT-GRATIEN

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