UN JOUR, UN PARCOURS – Fernand BOCQUET et Charles DUMOULIN, de Doullens

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Nés le 30 mai 1892, Fernand BOCQUET et  Charles DUMOULIN sont originaires de Doullens.

Désiré BOCQUET, le père de Fernand, est boulanger. Le père de Charles, lui, est ouvrier d’usine. Il s’appelle Alfred DUMOULIN. Ils se connaissent depuis très longtemps et même s’il y a 800 mètres entre leurs maisons, rue des Archers et rue du Collège, les deux hommes sont souvent ensemble.

Le 30 mai 1892, à 4 heures de l’après-midi, accompagnés d’Edmond Bouttemy, le marchand fruitier, Désiré et Alfred se rendent ensemble à la mairie de Doullens. Chacun vient déclarer le fils qui vient de naître. Ils ne sont pas peu fiers, Désiré et Alfred ! Pour chacun, c’est le premier enfant du foyer, et en plus, c’est un fils !

Edmond Bouttemy va poser sa signature, comme témoin, sur les deux actes de naissance.

Se sont-ils arrêté Rue du Bourg pour fêter ça, au Progrès ou dans un autre café du centre ville ? C’est possible.

Nés le même jour, dans deux familles amies, Fernand et Charles deviennent alors inséparables.

Fernand est l’aîné des enfants chez les BOCQUET. Suivront Louis, Suzanne et Germaine. En réalité, ils sont cinq enfants à vivre sous le même toit, chez Désiré et Eveline,  dans la petite maison de la Rue des Archers, car une nièce, Georgette, y est également hébergée. La solidarité familiale vient souvent atténuer les conséquences des accidents de la vie.

Rue du Collège, où habitent Alfred et Marie-Hortense, son épouse, Charles est l’aîné d’une fratrie de cinq enfants. Ses frères et sœurs se prénomment Mathilde, Alfred, Paulette et Edouard.

Fernand et Charles partagent les mêmes jeux d’enfants,  puis les mêmes bancs d’école. On les voit souvent s’amuser le long de la Grouche, cette petite rivière que chacun des deux garçons longe quand il se rend chez l’autre. La Grouche se jette dans l’Authie, un peu plus loin que la rue des Archers, au pied de la Citadelle de Doullens.

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A quatorze ans à peine, il est temps de gagner un salaire. Pour Fernand, c’est vital. Son père, Désiré, est mort. Fernand rentre à l’usine Syndenham, une filature à force hydraulique installée sur le fleuve côtier, Authie. Son frère cadet, Louis, l’y suivra deux ans plus tard.

Le père de Charles a changé de métier, il est devenu brasseur. Mais son maigre revenu ne permet pas de nourrir les bouches des 5 enfants. Charles, l’aîné, se fait embaucher à l’usine textile Saint-Frères.

Quand vient l’heure du service militaire, Fernand et Charles sont convoqués, le même jour, à la mairie de Doullens, pour passer devant le Conseil de Révision. Tous les deux sont considérés comme « soutien de famille », Fernand, parce que son père est mort, et Charles, parce que son salaire d’ouvrier fileur est indispensable à la survie de ses frères et sœurs.

Etre soutiens de familles ne les exempte pourtant pas de service militaire. Jugés aptes, ils doivent prendre le train, le même jour d’octobre 1913, pour rejoindre le régiment où ils ont été affectés. Fernand et Charles se rendent à la gare de Doullens, et montent  dans le même wagon. Le train prend la direction de Canaples. Assis l’un à côté de l’autre, les deux amis profitent des derniers instants à partager ensemble.  Pour la première fois de leur courte existence, ils vont être séparés durablement.

A l’arrêt en gare de Canaples, Charles ne descend pas du wagon. Quand le train repart vers Amiens, Fernand est debout sur le quai. Penché par la fenêtre Charles salue son ami jusqu’à ne plus l’apercevoir. Fernand doit attendre une correspondance vers Lonppré-les-Corps-Saints avant de rallier la gare de la ville d’Abbeville, où il va faire son service militaire.

Tous les deux vont rejoindre l’infanterie, mais Fernand part pour le 128e d’Abbeville alors que Charles va être incorporé au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne.  Leurs routes se séparent dans la petite gare de Canaples. Leurs destins aussi.

Si Fernand fait ses classes à la Caserne Courbet d’Abbeville, Charles n’a pas le temps de découvrir Péronne. Il part immédiatement dans l’Est de la France, à Stenay, dans la Meuse. Le 120e Régiment d’Infanterie doit y prendre ses quartiers, dans l’hypothèse d’une prochaine offensive allemande. L’Etat-Major est convaincu que les troupes de Guillaume II  passeront par l’Alsace et par la Belgique pour tenter d’entrée sur le sol français.

Quand la guerre est officiellement déclarée entre la France et l’Allemagne, le 3 août 1914, le 120e est déjà à proximité de la frontière, effectuant des manœuvres spécifiques et des travaux de défense. Le 128e quitte Abbeville le 5 août, vers Dun-sur-Meuse.

Le 16 août, la décision d’une grande offensive de l’Armée française en Belgique a été prise par le Général Joffre. Elle aura lieu le 22 août.  Les troupes commencent donc à se rapprocher de la frontière. Le 2e Corps d’Armée, composée des principaux régiments d’infanterie de la Somme, de l’Oise et de l’Aisne, a pour mission de lancer l’attaque dans le sud du Luxembourg belge. Le 120e et le 128e vont donc  intervenir dans le même secteur. Mais les hommes ne se rencontrent pas car les missions des 2 régiments ne sont pas les mêmes. Le 120e doit lancer l’offensive, en direction de Tintigny jusqu’à ce qu’il rencontre l’ennemi. Le 128e, légèrement en retrait, vient en soutien de troupes de la 3e Armée dans le secteur de Virton. Le 120e RI passe à Houdrigny le 21 en soirée, puis à Meix-devant-Virton,  avant de connaître l’enfer sanglant de Bellefontaine le 22 août au matin. C’est d’Houdrigny que les hommes du 128e s’élancent vers Virton, le 22 au matin. Quelques heures après le passage du 120e. Quelques heures après le passage de Charles.

Le 22 août, à Bellefontaine, Charles est blessé à la main et au pied. Capturé par les Allemands, il est transporté quelques jours plus tard vers l’Allemagne. Au camp de Wittenburg, il est soigné pour ses blessures. Un typhus ravageur sévit pendant plusieurs mois dans ce camp. Puis, il est transféré à Zerbst, en Saxe, à Spottau, en Silésie, avant de rejoindre le camp de Lauban. La captivité n’est certainement pas un long fleuve tranquille, mais elle marque, au moins, la fin des combats pour Charles. La Grande guerre va continuer sans lui.

Suite aux défaites subies le 22 août, les troupes françaises décimées ont rapidement quitté le sol belge, s’orientant vers la Marne. L’objectif est maintenant de rassembler toutes les forces françaises en état de combattre pour arrêter la progression des Allemands vers Paris.

Le 31 août, le 128e RI, intégré dans ce mouvement général de retraite, doit défendre le village de Fontenoy, dans le Sud-Ouest de la Meuse. L’ennemi arrive.

Le lendemain, les victimes se comptent par centaines dans le régiment. Fernand BOCQUET a été tué.

Charles est rapatrié le 29 décembre 1918. L’Armistice est déjà signé. Démobilisé définitivement en août 1919, il peut alors rentrer à Doullens et y retrouver ses parents, Alfred et Marie-Hortense. Malgré les bombardements, la ville se reconstruit peu à peu et l’activité économique a bien repris. Charles se marie avec Alice, une fille de Doullens. Comme ses parents et son épouse, il est employé à l’usine textile Sueur. Leur maison de la Cité Rousé est située juste à côté. Puis les naissances se succédant, la maison DUMOULIN  se remplit de chants et de rires d’enfants.  La vie reprend sa place.

Le nom de Fernand BOCQUET est gravé sur le monument aux morts de Doullens.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Doullens.

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