UN JOUR, UN PARCOURS – Nestor CABUZEL de Gézaincourt

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 20 juin 1891, Nestor CABUZEL est le fils de François CABUZEL et d’Estelle BRETELLE.

François est originaire de Gézaincourt et Estelle de Longuevillette, village voisin. Le père de François est mécanicien. François ne suit pas le même chemin. C’est vers le métier de fermier qu’il se tourne. Après leur mariage en décembre 1881, les deux époux s’installent dans la Rue de la Rivière à Gézaincourt pour y tenir une ferme.

Un premier enfant naît au foyer en 1882. Il se prénomme Narcisse. Il est suivi par Fernand en 1885, Marc en 1889, Nestor en 1891 et Désiré en 1894. Une fratrie de cinq garçons ! Les bras d’homme ne vont pas manquer pour les travaux de la ferme. 

Mais avant de travailler, il faut aller à l’école. François et Estelle mettent un point d’honneur à ce que leurs fils sachent lire et écrire. Il en sera ainsi. Les enfant suivent assidument les cours de Monsieur LANCEA, l’instituteur public de Gézaincourt.

La commune compte un peu moins de 700 habitants à la fin du XIXe siècle. Située dans le canton de Doullens, au Nord d’Amiens, la commune se partage entre la Vallée de la Gézaincourt, petite rivière affluent de l’Authie, et les plateaux en hauteur. Il n’y a aucune industrie dans le village. L’activité y est essentiellement agricole. Pourtant beaucoup d’habitants travaillent comme ouvriers dans les fabriques, les ateliers de textile ou dans les carrières de phosphate de Doullens ou de Beauval. Gézaincourt dispose d’une position favorable, son territoire étant situé entre celui des deux grandes communes de Doullens et de Beauval.

La commune de Gézaincourt est bien desservie par la route et par le train. Deux routes de grande communication traversent son territoire, celle de Doullens à Picquigny et celle de Beauval à Hem. Une station de chemin de fer facilite l’accès au train de la ligne de Frévent à Gamaches, permettant de rejoindre facilement les grands axes vers Paris ou vers Lille. Mais les échanges commerciaux se font avant tout sur les marchés et foires de Doullens et Beauval, villes ouvrières très proches, où il est facile d’écouler la production des jardins et de la basse-cour.

François et Estelle CABUZEL ne cherchent pas à retenir leurs enfants dans la ferme. Avec cinq garçons, il y en aura bien un pour reprendre l’exploitation. Ainsi, après leur service militaire, les deux aînés quittent le village. Narcisse s’installe à Rebreuve-sur-Canche, au Nord de Doullens, et  Fernand part à Beauval, comme clerc de notaire chez Maître Varlet.

Marc CABUZEL est affecté sous les drapeaux le 1er octobre 1910. Quand il termine son service militaire, en septembre 1912, il prend la place de Nestor dans la ferme, pour aider ses parents. Nestor CABUZEL part le 1er octobre 1912. Comme beaucoup de cultivateurs qui ont l’habitude de  vivre et de travailler avec les chevaux, Nestor est affecté chez les Dragons. Il rejoint le 5e Régiment de Dragons de Compiègne dans l’Oise.

Quand Nestor terminera son service militaire, Marc pourra, comme ses frères aînés, quitter Gézaincourt. Il a d’autres projets en tête…

Quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914, les Dragons sont immédiatement envoyés le long des frontières de l’Est de la France. Nestor CABUZEL, comme ses camarades, est chargé de missions de reconnaissance pour localiser l’ennemi. Ces cavaliers sont les premiers à entrer sur le sol de la neutre Belgique, pays ami de la France, envahi par les troupes du Kaiser Guillaume II.

Les Dragons se montrent particulièrement actifs et utiles dans les premiers combats de la Grande Guerre. Bataille des frontières d’août 1914, suivie de la retraite de l’Armée française puis de la Bataille de la Marne en septembre 1914, l’utilisation des cavaliers, notamment pour transmettre les informations entre les différentes unités, prend tout son sens dans une guerre de mouvement. Mais quand la guerre s’enterre, à partir de l’automne 1914, les chevaux deviennent beaucoup plus utiles pour le transport des denrées, des munitions et des blessés, que pour porter des cavaliers.

En novembre 1915, Nestor CABUZEL est affecté au 22e Régiment de Marche de Chasseurs, puis en février 1916, il passe au 21e Régiment de Chasseurs d’Afrique. En 1917, les cavaliers du régiment se retrouvent impliqués dans les combats à l’Ouest de Reims, vers le Chemin des Dames. Même si les missions les entraînent souvent loin de la ligne de front, ils constituent des cibles aisées pour les mitrailleuses allemandes, et ils ne sont nullement épargnés par les tirs d’artillerie.

Le 29 avril 1917, Nestor CABUZEL est évacué. Il est gravement blessé. Il décède deux jours plus tard, à l’hôpital de Bouleuse dans la Marne, des suites de ses blessures.

Aucun des cinq frères CABUZEL n’a échappé à la guerre.

Narcisse l’aîné, déjà père de plusieurs enfants à la déclaration de guerre, est toutefois affecté dans l’Artillerie en août 1914. C’est seulement en juin 1916, qu’il est éloigné des zones de combat et détaché à l’atelier de construction de Tarbes. Une année plus tard,  en vertu de « l’article 48 de la loi du 21 mars 1905 », il est renvoyé dans ses foyers comme « père de six enfants vivants ». Il rejoint son épouse et ses enfants à Rebreuve-sur-Canche, territoire placé sous l’autorité administrative de la IIIe Armée britannique jusqu’à la fin de la guerre.

Fernand CABUZEL, le second de la fratrie, est mobilisé début août 1914 dans l’Artillerie. Promu sous-officier il reste dans cette arme jusqu’à sa démobilisation en mars 1919, passant simplement de l’artillerie de campagne à l’artillerie lourde.

Contrairement à ses deux frères aînés, Marc CABUZEL est blessé physiquement à plusieurs reprises. Affecté chez les Dragons puis dans l’Artillerie, il fait preuve de courage dans les missions qui lui sont confiées, même si elles ne se font pas l’arme à la main. Une citation à l’ordre du régiment vient souligner le sang-froid de cet « excellent soldat qui a fait preuve d’un moral excellent dans tous les ravitaillements auxquels il a pris part, notamment le 18 juin 1916 où après avoir été blessé il a tenu à achever le service de ravitaillement dont il était chargé ». C’était près de Verdun. Marc CABUZEL est gravement blessé par shrapnel à l’avant-bras gauche. Puis, Marc subit encore d’autres blessures, dont la plus sournoise est certainement celle du 15 septembre 1918 « en assurant la liaison entre la batterie et le chef d’escadron sous un bombardement d’obus à ypérite ». Démobilisé, Marc revient à Gézaincourt le 14 mars 1919.

La ferme familiale y est bien vide. Ses deux petits frères ne sont plus là. Nestor est mort en avril 1917 et Désiré vient de s’éteindre, des suites de ses blessures de guerre, à l’hôpital d’Angers. Mobilisé le 26 août 1914, le plus jeune des frères CABUZEL est affecté au 19e Régiment de Chasseurs puis au 102e Régiment d’Infanterie. Il se distingue grandement, ce qui lui vaut d’être promu sous-officier. Il  est sergent quand il est blessé par balle à la poitrine le 20 octobre 1918 en Champagne près de Thuisy, au Sud-Est de Reims. Evacué vers l’arrière, il souffre le martyr pendant plusieurs mois avant de fermer définitivement les yeux le 13 février 1919. L’Armistice est signé depuis plus de trois mois…

Quand Marc revient à Gézaincourt, une autre absence est aussi bien pesante. Celle du père, François, disparu pendant la guerre.

En l’absence de son père et des deux plus jeunes frères, Marc reprend l’exploitation de la ferme familiale, dans la Rue de la Rivière à Gézaincourt.  Ce n’était peut-être pas son projet… Mais la guerre a décidé pour lui.   

Marc s’est installé avec son épouse Georgette dans la ferme, s’occupant de sa mère, la pauvre Estelle, dévastée par la perte de son mari et de ses deux derniers fils. En 1921, un petit garçon prénommé Jean vient au monde faisant apparaître sur les visages des sourires qui avaient disparu depuis longtemps. Un autre garçon, François, naît en 1926. Chez les CABUZEL, la vie reprend peu à peu. Avec des rescapés, néanmoins victimes de la guerre.

Les noms de Nestor CABUZEL, mort à 25 ans et de Désiré CABUZEL, mort à 24 ans, sont gravés sur le monument aux morts de Gézaincourt.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Gézaincourt.

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4 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Nestor CABUZEL de Gézaincourt »

  1. Je suis âgé de 62 ans et j’effectue des recherches généalogique sur ma famille et c’est par hasard que je découvre votre association et le fruit de votre travail rendant hommage à tous ces hommes « de l’ombre » qui ont donné leur vie pour leur Patrie , la France .
    L’hommage rendu à Nestor et ses frères me touche plus particulièrement car leurs parents , François et Estelle Cabuzel n’étaient autres que mes arrières grands parents paternel et Narcisse était mon grand père que je n’ai pas eu la chance de connaître . Votre récit historique à leur sujet est très touchant et leurs actes héroïques pendant cette guerre ne peuvent que combler de fierté la famille Cabuzel .Grâce à vous , je peux retracer une partie de notre passé familial et pour cela je vous remercie énormément et vous félicite pour votre travail de recherche et la merveilleuse idée de mettre en ligne sous ce nom  » un jour , un parcours « . Continuez .
    Freddy Cabuzel

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