UN JOUR, UN PARCOURS – Gaston DAILLY de Glisy

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 19 novembre 1892, Gaston DAILLY est le fils d’un aiguilleur de la Compagnie des Chemins de fer du Nord.

Les parents de Gaston se prénomment Edouard et Ernestine. Ils habitent Rue Neuve à Glisy.

Le chemin de fer est important pour la population du petit village de Glisy. Deux lignes importantes passent sur le territoire de la commune, celle de Paris à Lille et celle d’Amiens à Tergnier. A l’endroit de la bifurcation entre la ligne du Nord et celle de Tergnier, éloigné d’un kilomètre du chef-lieu, se trouve un lieu-dit que certains appellent La Canardière. On y trouve deux maisons, occupées par les familles du garde-sémaphore et d’un cantonnier des Chemins de Fer. Avant l’arrivée du chemin de fer à Glisy, l’activité était essentiellement liée à l’agriculture et à l’extraction de la tourbe, activité qui n’occupait pas toujours toute l’année, les villageois. Avec l’entretien régulier des voies, la situation a changé et les habitants ne sont plus obligés de quitter leur commune l’hiver, pour trouver des emplois de journaliers sur Amiens.

Glisy est situé près de Longueau et de Camon, à moins de 5km de la capitale picarde. Au Nord de la commune, on trouve le canal de la Somme, où l’activité de transport de fret est importante et au Sud du territoire, la route nationale entre Amiens et Péronne. Comme le dit l’instituteur de cette fin du XIXe siècle,  « Glisy ne sera toujours qu’un pays de culture », mais le village est aussi celui du transport et de la modernité.

La fertilité du sol de la Vallée de la Somme, la ressource en tourbe que procurent les marais, et les emplois autour du chemin de fer et du canal, permettent de maintenir la population sur place. Pour les commerces, le petit village n’en manque pas. Chaque rue possède son débit de boissons. On compte plusieurs épiceries, dont la plus grande, sur la Place, celle de Fernand Fouré, qui est aussi une charcuterie. Rue d’En Haut, il y a un boulanger, un cordonnier dont l’échoppe est aussi utilisée en café, et un magasin de nouveautés tenu par Arcade Poiré.

A Glisy il y a, bien sûr un curé, l’abbé Parent, qui vit avec sa vieille mère. L’on y rencontre aussi l’instituteur public, le  garde-champêtre Raymond Boury et le vacher communal Ernest Wasset, qui vient chercher les bêtes chaque matin, maison par maison, et descend les faire paître dans le marais communal.

Dans ce petit village de 240 habitants, tout le monde se connaît.

Gaston DAILLY passe une enfance heureuse à Glisy. Son seul frère, Lucien, est son aîné de 9 ans. Quand Gaston sait à peine marcher, Lucien travaille déjà. Gaston n’a même pas 10 ans quand son frère aîné se marie. Lucien et Gaston sont les deux seuls enfants d’Edouard et Ernestine.

C’est vers les copains du village que Gaston se tourne pour partager les jeux et les plaisirs de l’enfance. Deux enfants de son âge habitent comme lui dans la Rue Neuve, Arthur BUFFET et Gaëtan LEFEUVRE. Arthur BUFFET est le fils d’Hippolyte, ouvrier agricole dans plusieurs fermes, dont celle de Cresson, le marchand de tourbes. Le père de Gaëtan LEFEUVRE est cantonnier aux Ponts et Chaussées. Il est chargé d’entretenir le canal de la Somme.

Lucien DAILLY, le frère aîné de Gaston, s’est marié en 1906 près de Boves, à Hailles, dans la vallée de l’Avre. C’est à Boves qu’il s’est fait embaucher comme ouvrier d’usine. L’établissement réputé de Monsieur Brondy-Hupp fabrique des accumulateurs dits à navette. Lucien perd son épouse très rapidement et même s’il revient vivre chez ses parents à Glisy, il conserve son emploi chez Brondy-Hupp. Le jeune adolescent qu’est Gaston DAILLY l’y rejoint dès que l’école n’est plus obligatoire.

Arthur BUFFET est ouvrier agricole, comme son père, et Gaëtan LEFEUVRE est cantonnier, comme son père. Gaëtan n’est pas employé lui, par les Ponts et Chaussée mais par la Compagnie du Nord du Chemin de fer.

Arthur BUFFET est le premier des trois copains à partir au service militaire. En tant que journalier agricole, il n’a pas vraiment d’attache professionnelle. Après le décès de sa mère, Arthur devance l’appel en décembre 1911 et s’engage pour trois ans. Il est affecté au 128e Régiment d’Infanterie et rejoint le 3e Bataillon à Amiens.

Gaston DAILLY et Gaëtan LEFEUVRE doivent normalement partir à l’automne 1913, aux 20 ans révolus. Le Conseil de Révision de Boves juge Gaston DAILLY apte au service armé et l’affecte au 12e Régiment d’Artillerie. Un ouvrier d’usine spécialisé comme l’est Gaston constitue toujours une bonne recrue pour l’Artillerie. Quant à Gaëtan, il est exempté pour faiblesse. Le 10 octobre 1913, il accompagne son copain jusqu’à la gare, mais reste sur le quai, à Glisy.

Le 1er août 1914, c’est la Mobilisation générale ! A Glisy comme à Lamotte-Brebière, à Blangy-Tronville, à Vecquemont, à Daours… l’angoissant bruit de cloches retentit dans toute la vallée de la Somme. Lucien DAILLY, le frère aîné de Gaston, est rappelé. Il rejoint la 2e Section des Infirmiers Militaires d’Amiens.

Gaëtan LEFEUVRE ne part pas le 2 août, mais quelques jours plus tard. Convoqué devant une commission médicale, il est jugé apte. Il prend le train le 27 août pour rejoindre le 5e Régiment de Génie. Nombreux sont les employés du chemin de fer à être affectés dans le Génie.

Gaston DAILLY est musicien. Il est tambour. Mais après quelques jours de guerre, les balles et les obus remplacent les notes de musique. Le 1er septembre 1914, Gaston quitte le 12 RA pour le 55e RA puis, début 1917 il passe au 274e RA. C’est avec ce régiment qu’il part poursuivre la guerre sur un autre front, avec l’Armée d’Orient.

Par le jeu des alliances, la guerre est également internationale, comme elle l’est sur le front de l’Ouest dans la poudrière balkanique. La Roumanie et la Serbie disposent de l’aide de la Russie, de la France, de l’Empire Britannique et de l’Italie, alors que la Bulgarie et l’Autriche-Hongrie disposent du soutien de la Turquie et de l’Allemagne. Au début de l’automne 1918, l’Armée d’Orient du général Franchet-d’Espèrey tente une offensive vers le Nord qui devrait l’amener à Berlin après avoir traversé l’Autriche-Hongrie exsangue.

Franchet-d’Espèrey n’arrive pas à Berlin et Gaston DAILLY ne reviendra jamais à Glisy. Le 12 novembre 1918, Gaston est évacué à l’hôpital de Giurgiu, ville frontalière de la Roumanie avec la Bulgarie, au Sud de Bucarest. Il est malade. La grippe espagnole fait des ravages depuis plusieurs mois, et les organismes épuisés par la guerre ne peuvent pas toujours résister.

Le 3 décembre 1918, Gaston DAILLY meurt à l’infirmerie militaire du 210e Régiment d’Infanterie.

Pour son copain Albert BUFFET, tout s’est arrêté depuis longtemps ! C’est dans le Bois de la Gruerie, en Argonne, qu’il a été déclaré disparu, autour du 7 novembre 1914. D’abord considéré comme blessé et prisonnier possible des Allemands, il a été officiellement déclaré mort au combat près de deux années après la fin de la guerre, personne ne sachant vraiment où repose son corps, ou ce qu’il en reste.

Gaëtan LEFEUVRE s’en est sorti. Démobilisé officiellement en mai 1920, il a été mis à disposition des Chemins de fer dès janvier 1919. Il est resté cheminot toute sa vie. Entre Longueau et Glisy, il n’est jamais parti bien loin. Gaëtan a pu fonder une famille et a eu beaucoup d’enfants. Père de famille nombreuse, il a échappé en 1939 à la mobilisation.

Le frère aîné de Gaston, Lucien DAILLY, est revenu vivant aussi de la guerre. Blessé à plusieurs reprises, il a été évacué à l’automne 1916 pour néphrite aigüe. Après un long séjour à l’hôpital de Sablé puis à celui du Mans, il a finalement été déclaré « inapte à faire campagne ». Il n’a pas pour autant été réformé, mais a été affecté dans les services auxiliaires du 120e RI. Il n’a été démobilisé qu’en mars 1919. Survivant mais portant le poids terrible de l’absence de son seul frère, mort à l’âge de 26 ans. Lucien DAILLY est mort à Amiens en 1967.

Sur le monument aux morts de Glisy, les noms de 8 morts de la Grande Guerre ont été inscrits par ordre alphabétique. Les deux premiers sont Albert BUFFET et Gaston DAILLY. Les deux copains de la Rue Neuve.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Glisy.

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