UN JOUR, UN PARCOURS – Sophrony LAURET de Le Ronssoy

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 03 avril 1891, Sophrony est le fils de Marcel LAURET et d’Emilie BIENFAIT

Marcel est tisseur à domicile, aidé dans son activité par Emilie. Le couple réside Rue Neuve à Le Ronssoy. Le territoire de cette commune du canton de Roisel, située à l’extrême Nord-Est du département de la Somme, constitue une enclave dans le département de l’Aisne. Les échanges commerciaux sont réalisés prioritairement avec Saint-Quentin et les communes voisines de l’Aisne.

La commune est très peuplée à la fin du XIXe quand naît Sophrony. Elle compte près de 1 400 habitants.

Les trois principales activités professionnelles des villageois sont l’agriculture, le tissage et l’extraction des phosphates.

Les cultures dominantes sont celles des céréales, de la betterave sucrière et des pommes de terre. L’élevage du bétail n’a qu’une importance insignifiante dans les fermes de la commune.

Le tissage à la main, au moyen du métier Jacquard, du coton, de la laine et de la soie, est l’activité qui occupe le plus de Ronssoyens et de Ronssoyennes, quel que soit leur âge.

Enfin, l’industrie d’extraction des phosphates est présente sur le territoire de la commune, mais aussi sur celui des villages voisins de Templeux-le-Guérard et d’Hargicourt où un riche gisement a été découvert ces dernières années

Après avoir quitté les bancs de l’école publique, où il a appris à lire et à écrire correctement, Sophrony devient tisseur comme son père. Il travaille dans l’atelier familial. Fils unique pendant près de dix années, il voit alors la fratrie s’agrandir considérablement. Clotilde naît en 1901, Armand en 1902 et Georges en 1904.

A l’automne 1913, Sophrony part pour le service militaire. Le Conseil de Révision de Roisel l’a jugé apte au service armé. Il est affecté au 120e régiment d’infanterie de Péronne. Nombreux sont les jeunes qui, comme lui, rejoignent la caserne Foy du chef-lieu d’arrondissement pour remplir leur devoir patriotique.

Cinq autres jeunes hommes de la commune ont reçu la même affectation que Sophrony. Le voisin Charles CAZE, de la Rue Neuve, ainsi que Gustave FLAMANT, André SAUVAL et les cousins LAVALLEE, Léon et René. Ils se connaissent tous. L’école et l’église ne sont pas les seules à les avoir rassemblés. Les jeux d’enfants y ont aussi largement contribué.

Le séjour à Péronne est de courte durée puisque le régiment est transféré à Stenay, dans la Meuse, avant la fin de l’année 1913. Les six copains ne sont pas les seuls représentants de la commune. Dans la caserne Chanzy à Stenay, il y a aussi Arnould LEROY et Adolphe CORNAILLE. Ils ont débuté le service militaire un an plus tôt, mais avec la nouvelle loi qui en allonge la durée, ils sont encore sous les drapeaux pour de nombreux mois.

Quand la guerre est déclarée, les copains de Le Ronssoy savent que leur régiment sera engagé obligatoirement dans les premiers combats. L’état-major du 120e RI s’est déjà préparé depuis plusieurs semaines à cette éventualité. Les frontières avec le Grand-Duché du Luxembourg et la Belgique ne sont qu’à quelques kilomètres de Stenay.

Les premiers combats sont particulièrement meurtriers pour le 120e. A Bellefontaine, dans le Sud du Luxembourg belge, plus de 1 000 hommes du régiment sont mis hors combat le 22 août 1914. Les morts se comptent par centaines. Parmi eux figurent les copains d’enfance Léon LAVALLEE et André SAUVAL. Léon était tisseur à domicile chez son père, Rue Abraham. André, orphelin de père, avait quitté le village assez jeune pour aller travailler à Paris. Léon avait 20 ans et André 22 ans.

Dans les mêmes combats, à Bellefontaine, Charles CAZE est blessé par balle au pied. Evacué vers la France, il est soigné à l’arrière et revient au front début octobre 1914. La blessure n’est pas très grave.

Quand Charles rejoint le 120e, un de ses copains manque à l’appel. René LAVALLEE est tombé aux mains de l’ennemi en septembre 1914, à Binarville, en forêt d’Argonne. Il est transféré en Allemagne en camp d’internement.

Quelques semaines plus tard, c’est au tour de Sophrony LAURET et de Charles CAZE d’être fait prisonniers dans le Bois de la Gruerie. C’est vers le camp de Merschede que les deux copains sont emmenés. La guerre des combattants est terminée pour eux. Commence alors celle pour la survie dans des camps d’internement où les épidémies tuent quelquefois presque autant que les armes.

Les trois copains survivent. Quand ils reviennent à la fin décembre 1918, la guerre est finie depuis plusieurs semaines. L’Armistice a été signé.

A Le Ronssoy, c’est la désolation. Le village a été totalement détruit. Anciens habitants de la dernière commune du département de la Somme libérée, le prix est lourd à payer pour les civils. Beaucoup n’y reviennent pas. D’autres veulent encore croire qu’on peut y vivre. Le temps de la reconstruction sera bien long. En 1921, la commune ne compte plus que 650 habitants, représentant moins de la moitié des Ronssoyens d’avant 1914. Tous sont logés dans des constructions provisoires.

Sophrony LAURET est revenu au Ronssoy, comme ses parents. Sophrony avait épousé Lucienne MOIRET, une fille du Ronssoy avec laquelle il avait eu deux filles, Hermine et Denise. Sophrony reprend sa place dans la Rue Neuve qui n’a jamais aussi bien porté ce nom. Un nouveau village voit le jour, comme c’est le cas pour presque tous ceux du canton de Roisel. Sophrony vit avec sa famille à côté de la maison de ses parents. Sophrony est tisseur, et plus tard ses filles deviennent bobineuses dans l’usine de textile Trocmé.

René LAVALLEE a également vécu à Le Ronssoy et Charles CAZE, après une période passée en Côte d’Or, est revenu, lui aussi, vivre dans son village natal.

Les trois copains prisonniers ont finalement eu la chance de vieillir et de fonder chacun une famille. Si le traumatisme restait présent, leur corps n’avait pas trop souffert des 4 années de captivité. Gustave FLAMANT, le 6e de la bande du 120e, ne vieillira pas. Il a été tué le 22 mai 1916 à Douaumont.

D’autres survivants ont été gravement blessés. Arnould LEROY, touché par balle dans la région lombaire, a vécu un deuxième enfer empli de douleurs et de frustrations. Adolphe CORNAILLE, blessé à de multiples reprises, ne pouvait plus marcher normalement, la cuisse droite déchiquetée par des éclats d’obus à l’été 1917.

Parmi les nombreux morts du village de la Grande Guerre, figurent onze jeunes hommes qui avaient rejoint le 120e Régiment d’Infanterie. Un régiment où la plupart des jeunes appelés du secteur effectuaient leur service militaire. Un régiment qui était un régiment de copains rassemblant, à Péronne, la jeunesse en devenir des villages de l’Est du département.

Les noms de Léon LAVALLEE, d’André SAUVAL et de Gustave FLAMANT sont inscrits sur le monument aux morts de Le Ronssoy.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Remarque : si le nom de la commune est aujourd’hui Le Ronssoy, on trouve également celui de Ronssoy, sans article, pour nommer la commune  dans de nombreux documents consultés aux Archives de la Somme.

Les illustrations sont visibles sur le site de la commune de Le Ronssoy (www.mairieleronssoy.com).

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Le Ronssoy.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près de  LE RONSSOY :

Albert TARJET de TEMPLEUX-LE-GUERARD

Georges FLAMANT de DRIENCOURT

Marcel DEMARET de ROISEL

Lucien BLERIOT de TINCOURT-BOUCLY

Eugène LAVALARD de MARQUAIX

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