UN JOUR, UN PARCOURS – Joseph PELVILAIN d’Incheville et de Dargnies

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 14 mai 1891 à Longroy, Joseph Virgile PELVILAIN est un enfant de la Vallée de la Bresle, entre Somme et Seine-Inférieure.

Son père, prénommé également Joseph, est né à Bouvaincourt dans la Somme, sur la rive droite du fleuve côtier La Bresle. Sa mère, Apolonie NAMPONT est originaire de la commune d’Incheville en Seine-Inférieure, sur la rive gauche. Après leur mariage, Joseph père et Apolonie vivent quelques mois à Longroy (Seine-Inférieure) village mitoyen de Gamaches (Somme), puis s’installent durablement à Gousseauville, hameau d’Incheville situé dans la vallée, à quelques dizaines de mètres du fleuve.

Gousseauville est le berceau de la famille d’Appolonie NAMPONT. Il compte environ 130 habitants quand la famille PELVILAIN y emménage, juste à côté des parents d’Apolonie.

A Gousseauville, il y a deux rues : le Chemin N°49 qui relie Aumale à la Ville d’Eu et la Rue du Ha-Ha qui lui est presque parallèle. La population est essentiellement constituée d’ouvriers. Certains d’entre eux sont employés dans les fabriques. Dans la commune il y a l’usine de mécanique Maillard, la verrerie et l’huilerie notamment. D’autres passent le pont pour rejoindre la sucrerie de Beauchamps, sur l’autre rive. Enfin, les derniers travaillent comme journaliers agricoles dans les fermes de la vallée. Joseph PELVILAIN père est menuisier.

Les PELVILAIN et les NAMPONT résident dans la Rue du Ha-Ha. Joseph et Apolonie ont trois enfants, Joséphine née en 1890, Joseph en 1891 et Victoria en 1894. La famille héberge également le grand-père François PELVILAIN. Il est garde-champêtre.

Joseph NAMPONT, le frère d’Apolonie, qui vivait aussi depuis quelques années à Longroy, revient à Gousseauville, à côté de sa sœur et de ses parents. Il exerce le métier de garde-moulin. Les trois premiers enfants de Joseph NAMPONT et de Zelda DOLIQUE, son épouse, sont des garçons. A peine plus âgés que leur cousin Joseph, ils deviennent pour lui ses principaux compagnons de jeux dans la Rue du Ha-Ha. Marcel NAMPONT est né en 1894, Emile en 1895 et Raymond en 1897.

En 1907, alors que Joseph a 16 ans, la famille PELVILAIN quitte Gousseauville et la Seine-Inférieure pour s’installer sur la rive droite, à Dargnies.  Le village installé sur le plateau dominant la vallée n’est distant que de 5 kilomètres de Gousseauville. Dargnies est une commune en pleine expansion en ce début de XXe siècle. La population y a presque doublé en vingt ans seulement. Les fabriques de serrurerie et de métallurgie s’y sont implantées offrant du travail aux habitants de la commune et attirant de nouvelles familles. Avec toutes les nouvelles maisons qui sont construites, Joseph père n’a aucun souci pour exercer son métier de menuisier. Quant à Joseph fils, il devient serrurier chez Parmentier pendant que sa sœur Victoria travaille chez Saint-Germain, une autre importante fabrique de serrurerie de la commune. En 1908, un petit frère vient agrandir la famille. Il se prénomme Gilbert.

Même s’il compte quelques camarades d’usine avec lesquels il aime à se retrouver en dehors du travail, Joseph retourne régulièrement dans la vallée de la Bresle pour rejoindre tous ses copains de jeunesse et ses cousins germains, les NAMPONT de Gousseauville.

A vingt ans, Joseph est convoqué devant le Conseil de Révision de Gamaches. Jugé apte au service armé, il est affecté au 5e Régiment d’Infanterie Colonial qu’il rejoint le 10 octobre 1912. Le trajet est long et assez pénible. Joseph se sent bien seul. Aucun copain de la Somme ou de la Seine-Inférieure ne l’accompagne. Il découvre seul, la grande ville de Lyon où est caserné le 5e RIC. Il est le seul de la Somme a avoir été affecté dans ce régiment caserné à Lyon. Le service militaire va lui permettre de faire de nouvelles rencontres.

Trois jours après la déclaration de guerre de l’Allemagne, le 5e RIC quitte sa garnison de Lyon pour rejoindre l’Est de la France. Les 3 000 hommes du régiment arrivent à Epinal le 7 août.

Le 19 août, le 5e RIC reçoit l’ordre d’attaquer les hauteurs boisées à l’Est de Walscheid. Le 3e bataillon dans lequel Joseph PELVILAIN est affecté occupe une position face à de nombreuses tranchées ennemies établies dans les villages de Haarsberg et Hommert où le VIe Corps d’Armée allemand tient un nœud de circulation important. Le lendemain au matin, une des premières balles atteint en plein cœur le commandant du bataillon. A plusieurs reprises, l’un et l’autre camp gagne les positions adverses avant de se faire refouler. Les combats se mènent à la baïonnette pendant que les balles de mitrailleuses continuent de pleuvoir sur les hommes. L’épreuve du feu est terrible pour les jeunes hommes du 5e RIC. Les Français doivent finalement reculer en fin de journée. Les pertes sont importantes. Près de 600 hommes sont mis hors de combat. Les morts se comptent par dizaines.

Joseph PELVILAIN n’est pas mort. Gravement blessé, il est emmené au poste de secours régimentaire. Le 22 août, Joseph meurt des suites de ses blessures de guerre. Il avait 23 ans.

Ses trois cousins germains, trop jeunes pour être mobilisés le 2 août 1914, sont appelés par la suite.

Marcel NAMPONT arrive au 150e Régiment d’Infanterie le 4 septembre 1914. Après plusieurs mois d’instruction militaire, il part au front. Il est tué le 10 avril 1915 dans le Bois de la Gruerie, en Argonne.

Emile NAMPONT est appelé à la mobilisation le 18 décembre 1914. Sapeur dans le 1er Régiment de Génie, il est tué à l’ennemi le 2 mai 1916 à la Côte 285, en Argonne également.

Quant à Raymond NAMPONT, le plus jeune des trois, il ne part qu’en août 1916. Incorporé au 153e Régiment d’Infanterie, il connaît les campagnes de 1917 au Chemin des Dames et celle des Monts-de-Flandre au printemps 1918, avant de participer à l’offensive finale pour chasser les troupes allemandes hors du territoire français. Raymond n’a pas été blessé. Démobilisé en septembre 1919, il revient à vivre à Gousseauville dans la Rue du Ha-Ha et se fait embaucher à la Sucrerie Beghin de Beauchamps.

Le nom de Joseph PELVILAIN est inscrit sur le monument aux morts de Dargnies et ceux de ses cousins, Marcel et Emile NAMPONT sont gravés sur celui d’Incheville.

Mais l’horreur n’a pas pris fin avec l’Armistice du 11 novembre 1918. Moins de vingt ans plus tard, avec l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, une nouvelle guerre mondiale voit le jour. Les larmes des familles endeuillées de la Vallée de la Bresle vont à nouveau couler.

Gilbert PELVILAIN, le frère cadet de Joseph, est tué pendant la Seconde Guerre, laissant sa femme Ernestine BECQUET élever seule Gilbert et Serge, ses deux jeunes fils. Ernestine ne se remariera jamais.

Raymond NAMPONT, le cousin rescapé de la Grande Guerre, est arrêté le 21 janvier 1944 par la Gestapo pour faits de Résistance. Après de nombreuses séances de tortures et dans des conditions de détention inhumaines, il meurt en Allemagne le 22 mars 1945. Il faut attendre 50 ans pour qu’un arrêté – celui du 4 avril 1995 –fasse apposer sur son acte de décès la mention « Mort en déportation le 22 mars 1945 à Ekllrich ».

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Marie-Hélène CABOT a réalisé la collecte de données pour la commune de Dargnies.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près de  DARGNIES :

Auguste VUE de BEAUCHAMPS

Léon MEAUX de MENESLIES

Gaston POIX d’YZENGREMER

Joseph MENIVAL de GAMACHES

François BECQUET de MERS-LES-BAINS

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