UN JOUR, UN PARCOURS – Lucien BLERIOT de Tincourt-Boucly

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 2 août 1892, Lucien BLERIOT est un enfant de Boucly.

Les 700 habitants que compte la commune de Tincourt-Boucly à la fin du XIXe siècle sont répartis sur trois anciens villages ou hameaux, Hamel-le-Quesne, Tincourt et Boucly. Dans les siècles passés, un quatrième village était construit au sud du territoire de la commune, mais Belloy-en-Vermandois a disparu depuis bien longtemps. Hamel a facilement intégré Tincourt, mais le mariage entre Tincourt et Boucly fut plus difficile.

Même si les centres des deux villages de Tincourt et de Boucly, rassemblés pendant la Première République dans une même commune, ne sont éloignés que de quelques centaines de mètres, une frontière naturelle les sépare. Elle a pour nom La Cologne, petite rivière qui termine son cours en se jetant dans la Somme,  moins de dix kilomètres plus loin, dans la ville de Péronne.

S’il faut passer le pont pour aller d’un village à l’autre, il est également nécessaire de franchir une voie ferrée importante, celle reliant Saint-Just-en-Chaussée dans l’Oise à Douai dans le Nord. La ligne de chemin de fer  a largement contribué au développement économique de l’Est du département puisqu’elle relie les communes de Montdidier, Roye, Péronne, Roisel, tout en assurant la liaison avec Paris et avec Lille. Une gare a été construite à Tincourt.

Lucien BLERIOT est le fils de Jules BLERIOT et de Catherine MELOTTE. La famille habite à Boucly, Rue d’Hamelet. Jules est ouvrier agricole, comme beaucoup d’habitants du hameau. Lucien est le troisième de leurs enfants. Berthe est l’aînée de la fratrie suivie par quatre garçons, Oscar né en 1891, Lucien en 1892, Julien en 1896, Omer en 1902. Charlotte la petite dernière de la fratrie, naît en 1907 alors que ses frères aînés sont déjà adolescents.

Les copains du même âge sont rares dans un hameau de la taille de celui de Boucly. Même si les enfants passent quotidiennement le pont pour aller à l’école ou quelquefois à la messe, c’est sur la rive gauche de la Cologne, à Boucly, que Lucien a ses meilleurs copains.

André DOURNEL et Henri LEBLANC habitent Rue d’Hamelet, comme Lucien. Gaston CAILLIER réside Rue d’Hancourt et Gilbert PAYEN rue de Brusle, à côté du château. Avec Lucien et Oscar, la petite bande est au complet. Six jeunes du hameau de Boucly nés entre 1891 et 1893.

Il y a bien aussi les petits-enfants de Monsieur Louis, le châtelain qui ont à peu près le même âge. Ils n’habitent pas à l’année à Boucly mais à Paris. Orphelins de père très jeunes, ils viennent régulièrement dans la Somme passer quelques jours chez leur grand-père. Il faut dire que le château de Boucly est un endroit particulièrement agréable à vivre avec son étang de quatre hectares placé au milieu d’un immense parc. Le domaine débute en limite de La Cologne, près du pont de Tincourt, pour s’étendre jusqu’à la Rue de Brusle à Boucly où est construit le château. La propriété appartient à Louis de THIEFFRIES DE LAYENS. Il y a trois branches dans la famille aristocratique des THIEFFRIES, les ROEULX, les LAYENS et les BEAUVOIS. Initialement acheté par les Roeulx au XVIIIe siècle, ce château a été transmis ensuite aux Layens. Le château de Boucly est donc maintenant celui de la famille de LAYENS, nom par lequel préfère se faire appeler le vieux châtelain. Si Louis de LAYENS a eu quatre enfants, il n’a eu qu’un garçon. Ce dernier a donné naissance à deux fils, Hubert né en 1890 et Edouard en 1893. Après la mort de leur père en 1895, alors qu’ils ne sont que de jeunes enfants, les deux héritiers sont maintenant les seuls, avec leur grand-père, à porter le nom de THIEFFRIES DE LAYENS. Cette responsabilité ne les empêche pas, lors de leurs séjours à Boucly, de jouer avec les enfants du village dont les parents travaillent parfois pour leur grand-père. 

A l’adolescence, même s’ils viennent encore visiter leur aïeul, la vie des frères de LAYENS s’éloigne de plus en plus de celle des jeunes de Boucly. Poursuivant des études supérieures, ils deviennent tous deux étudiants, alors que dans le village de la Somme les jeunes hommes deviennent souvent domestiques de culture ou garçons de cour comme Lucien BLERIOT, Henri LEBLANC et Gilbert PAYEN. Gaston CAILLIER est apprenti forgeron, quant à Oscar BLERIOT, il est employé comme domestique dans un atelier de tissage. Les parents d’André DOURNEL ont quitté Boucly. L’emploi devient en effet rare dans la commune. Dans chaque famille nombreuse il y a au moins un chômeur. Le travail est d’autant plus rare à Boucly que Monsieur Louis est mort en 1909, laissant le château sans habitant. Les domestiques ont perdu leur travail et Alphonse DEBRY, le concierge, assure avec son épouse et ses enfants la plupart des tâches nécessaires à l’entretien du domaine.  

Les jeunes hommes de Boucly savent qu’ils devront certainement quitter le village après leur service militaire pour aller chercher du travail à Roisel, à Péronne ou à Saint-Quentin. Gilbert PAYEN et Gaston CAILLIER ont devancé l’appel. Il se sont engagés dans l’Armée.

Après avoir été jugé apte au service armé par le Conseil de Révision de Roisel, Lucien BLERIOT est affecté le 10 octobre 1913 au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens pour y effectuer ses trois années de service militaire. Il n’y retrouve aucun des copains de Boucly. Henri LEBLANC est à Abbeville au 19e Régiment de Chasseurs à Cheval, André DOURNEL est à Beauvais au 51e RI et Oscar BLERIOT, le frère aîné de Lucien est à Belfort au 151e RI. Quant aux deux engagés, l’un est à Saint-Quentin au 87e RI et l’autre à Versailles au 1er Régiment de Génie. Les jeunes de Boucly sont bien loin les uns des autres.

Après la déclaration de guerre, le 3 août 1914, tous leurs régiments sont envoyés près des frontières de l’Est de la France. Lucien BLERIOT participe aux premiers combats du 72e RI, du sud de la Belgique, puis au sud du département des Ardennes et dans la Marne. A partir de la mi-septembre, Lucien participe pendant des mois à la terrible guerre de position dans les tranchées de l’Argonne avant d’être envoyé au printemps 1915 dans la Meuse près de Verdun, puis dans la Somme à l’été 1916 et de retourner encore près de Verdun en 1917.

Après avoir connu l’enfer des combats pendant plus de trois ans, Lucien BLERIOT peut se croire miraculé de n’avoir pas été blessé. Fin septembre 1917, Lucien est déclaré disparu. Sans que personne ne sache vraiment ce qu’il est devenu, ce que son corps est devenu, il sera officiellement considéré comme mort pour la France le 24 septembre « présumé tué pulvérisé par éclats d’obus » au Bois Le Chaume.

Bois Le Chaume 1917- Meuse (AD51 39Fi96)

Henri LEBLANC est mort le 30 octobre 1918 à l’hôpital de Saint-Etienne des suites de maladie, grippe et « pneumonie double« , imputable au service.

André DOURNEL a perdu l’usage d’une jambe suite de « transfixion du bassin par balle ».

Gaston CAILLIER a eu des douleurs au bras droit pendant toute sa courte vie suite à la blessure par balle du 4 novembre 1918. Il est mort en 1935 à Péronne.

Oscar BLERIOT, le frère de Lucien, a survécu. Evacué du front à plusieurs reprises pour maladie, lui aussi a été blessé. Des années après la fin de la guerre, les douleurs dans le dos « suite des blessures de guerre » étaient toujours bien présentes.

Gilbert PAYEN est le seul des copains de Boucly à être resté dans l’Armée après la guerre. Engagé dès 1911, il a rapidement été promu sous-officier. En septembre 1914, le grade de sous-lieutenant lui a été accordé. Les blessures ont été nombreuses, les honneurs aussi. Après avoir été gravement blessé le 8 novembre 1914 en Argonne par des éclats d’obus dans la cheville gauche, il est passé, sur sa demande, dans l’aérostation. En juin 1918, alors qu’il remplissait une mission d’observateur en ballon captif, il a été attaqué par un avion ennemi. Atteint d’une balle incendiaire dans la hanche, il a eu « l’énergie de sauver les documents de bord et de sauter en parachute ». Ses exploits lui vaudront d’être nommé Chevalier de la Légion d’Honneur. Gilbert PAYEN, malgré le handicap lié à sa blessure, a continué à servir dans l’Armée qu’il a quittée avec la Seconde Guerre mondiale, avec le grade de capitaine.

Pendant la guerre, la commune de Tincourt-Boucly a été occupée par les Allemands. Le village a servi comme plusieurs autres du canton de Roisel à regrouper les prisonniers civils, réfugiés de communes de la Somme jusqu’au printemps 1917. Même si les destructions ont été nombreuses, cette présence d’une population prisonnière sur place jusqu’au départ provisoire des troupes allemandes a peut-être permis à la commune de ne pas être totalement rasée contrairement à la plupart des villages de l’Est du département. Avant de quitter les lieux, l’ennemi a toutefois choisi de s’attaquer à quelques symboles comme la mairie et l’église du village et bien sûr, le château. Le magnifique château de Boucly a intégralement disparu.

Plaque dans le cimetière de Tincourt – texte écrit en français et en allemand « En souvenir des braves soldats morts pour leur patrie – La providence nous protège – Tincourt 1916« 

Mais le drame des LAYENS ne se résume pas à la destruction du château familial. Les deux seuls garçons de la famille ont été tués pendant la Grande Guerre. Hubert de LAYENS est mort des suites de ses blessures à l’hôpital de Sainte-Menehould dans la Marne en octobre 1914.  Edouard de LAYENS, alors qu’il avait été réformé pour le service militaire, s’est engagé le 8 août 1914 et a été affecté au 2e groupe d’aviation. Il est décédé d’un accident d’avion le 29 décembre 1915. Après avoir effectué au moins vingt combats aériens avec succès, il a reçu la mission de tester un nouvel avion, le Ponnier M1. Il s’est écrasé au sol quelques instants après le décollage. Le Ponnier M1, jugé trop dangereux, n’a jamais été utilisé par l’Armée française pour le combat.

Edouard de LAYENS

Cet avion a emporté le dernier des THIEFFRIES DE LAYENS. 

Les noms de Lucien BLERIOT et d’Henri LEBLANC sont inscrits sur le monument aux morts de Tincourt-Boucly, avec ceux d’Edouard et d’Hubert LAYENS.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Six corps de soldats Morts pour la France ont été inhumés sous le monument aux morts de Tincourt-Boucly. Parmi eux figurent Henri LEBLANC et les deux frères de THIEFFRIES de LAYENS

Illustration en en-tête d’article : Ponnier M1 (collection Guy Van de Merckt http://www.baha.be)

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Didier BOURRY a réalisé la collecte de données pour la commune de Tincourt-Boucly.

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Eugène LAVALARD de MARQUAIX

Marcel DEMARET de ROISEL

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