UN JOUR, UN PARCOURS – Louis LARDIER de Fins

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 14 octobre 1892, Louis LARDIER est le fils de Jules LARDIER, issu d’une famille du village de Fins et de Catherine CHOPIN originaire de la commune voisine d’Equancourt.

Louis est le dernier enfant de la fratrie. A sa naissance, Julien, le frère aîné est déjà âgé de douze ans quand le petit Louis vient au monde. Nelly, son unique soeur, a dix ans et Léonce, le deuxième des garçons, trois ans.

Les parents tiennent un petit débit de boissons Chaussée Brunehaut à Fins. Catherine s’occupe du commerce à plein temps pendant que Jules, son mari, exerce différents métiers à l’extérieur. S’il n’est pas toujours simple de trouver du travail dans ce secteur situé à l’extrême Nord-Est du département de la Somme, quand vient la saison de la récolte des betteraves tous les hommes du village sont occupés. L’industrie principale de Fins est la fabrication de sucre brut.

Plan schématique de la sucrerie de Fins-Sorel en 1903 (AD Somme)

Enfant, Louis est très proche de son cousin Désiré. Une seule année les sépare. Désiré est le fils d’Alexandre LARDIER. Il vit avec son père, sa mère Hortense et sa sœur aînée Julie. Désiré devient orphelin de mère alors qu’il n’est encore qu’un enfant. La vie continue mais tout est beaucoup plus difficile pour Alexandre et ses deux enfants.

Louis et Désiré LARDIER, les deux cousins, sont scolarisés dans le village.  Leur maître d’école est Hector SOREL. Comme presque tous les enfants de la commune, ils assistent aux messes dominicales et écoutent, pas toujours avec beaucoup d’attention, les sermons de l’abbé GODARD. Parmi leurs copains, on trouve Alcide TELLE et Albert MAFILLE de la Rue d’En-Haut, Parfait ARNOUD de la Chaussée Brunehaut et Louis DROUVROY de la Rue du Moulin.

Les pères de ces enfants travaillent, eux aussi, à la sucrerie de Fins pendant la saison des betteraves. Une culture qui vide bien souvent la petite salle de classe de Monsieur SOREL. Car si la fabrique de sucre requiert pendant quelques semaines la présence des hommes, l’entretien des champs de betteraves et la récolte nécessite la présence des enfants et d’une partie des femmes du village. Tous les habitants se retrouvent à biner et à désherber les grandes parcelles cultivées. L’arrachage des betteraves et leur transport vers la fabrique rassemblent également des dizaines de personnes de l’aube au crépuscule.  Le sucre est ensuite expédié vers Paris, Lille, Bapaume ou Cambrai par le train. Même si elle est installée sur le territoire de la commune de Sorel-le-Grand, la gare est vraiment très proche du village de Fins.

C’est dans cette gare que les trois copains Louis LARDIER, Alcide TELLE et Parfait ARNOUD attendent le train qui doit les conduire vers le service militaire en ce début du mois d’octobre 1913. Louis LARDIER est affecté au 120e Régiment d’Infanterie à Péronne, Alcide TELLE dans la Compagnie cycliste du 18e Bataillon de Chasseurs à Pied à Compiègne et Parfait ARNOUD au 72e Régiment d’Infanterie à Amiens. Leur copain Albert MAFILLE s’est engagé en mars 1913. Il a rejoint le 19e Régiment de Chasseurs d’Abbeville. Quant aux deux autres garçons de la bande, Désiré LARDIER, le cousin de Louis et Louis DROUVROY, ils sont déjà sous les drapeaux depuis un an.

Les trois copains qui prennent le train à Sorel au début du mois d’octobre 1913 savent qu’ils vont devoir vivre loin de leur petit village pendant au moins deux années. Deux longues années, à moins que la loi des 3 ans votée à l’été ne leur impose une troisième année…

Louis LARDIER ne rejoint pas le chef-lieu d’arrondissement de l’Est du département de la Somme. Le 120e RI vient de quitter ses locaux de Péronne pour aller s’installer dans la caserne Chanzy à Stenay dans la Meuse. La guerre semble imminente et la protection des frontières avec l’Allemagne doit être renforcée. Avec un trajet aussi long entre la Meuse et la Somme, les permissions deviennent beaucoup plus courtes. Louis espère surtout pouvoir bénéficier d’une permission pour participer à la saison des betteraves. Il n’en a encore manqué aucune depuis qu’il est en âge d’arracher les racines du sol.

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Le 120e RI est aux avant-postes. Louis a la très bonne surprise de voir arriver son frère Léonce. Rappelé à l’activité par le décret de mobilisation générale du 1er août, Léonce a été affecté au 120e, régiment où il avait effectué son service militaire deux ans plus tôt.

Le 3e frère LARDIER, Julien, est également mobilisé. Il rejoint le dépôt du 128e Régiment d’Infanterie à Landerneau le 11 août où il va rester plusieurs mois avant de partir au front dans l’Est de la France.

Le 22 août 1914, quand l’offensive générale est lancée sur le sol de la Belgique pour repousser les Allemands, les hommes du 120e se retrouvent au cœur des meurtriers combats de Bellefontaine. Le régiment y perd plus de 1 000 hommes dont au moins 430 tués. Les frères LARDIER survivent aux combats du 22 août, puis à ceux du début septembre pendant la Bataille de la Marne. Ils connaissent l’horreur des tranchées dans le Bois de la Gruerie, en Argonne, mais en sortent également indemnes. Léonce est même cité à l’ordre du régiment pour son courage pendant l’automne 1914 et obtient la Croix de Guerre.

Le 28 février 1915, près de Mesnil-les-Hurlus, Léonce est gravement blessé par balle au bras droit. Le coude est touché. Léonce LARDIER ne peut plus bouger sa main droite. Il est évacué vers un hôpital de l’arrière du front pour y être soigné.

Le lendemain, 1er mars, Louis tombe gravement malade. Les organismes des survivants sont épuisés. Le froid, l’humidité et la peur ont fait presque autant de dégâts que les balles et les obus. Il faut plus de trois mois d’hospitalisation et de convalescence pour le remettre sur pied. Il est alors affecté au 74e Régiment d’Infanterie et retourne au front.

Léonce est toujours hospitalisé. Il ne retrouve pas l’usage de sa main droite. La commission de réforme d’Auxerre examine son cas le 23 août 1915. Il est déclaré inapte et est renvoyé dans ses foyers. Le village de Fins, comme tout le secteur de l’Est du département de la Somme, est occupé par les Allemands. Une partie de la famille LARDIER est réfugiée à Saint-Ouen, près de Flixecourt. Léonce se retire Avenue Villemain à Paris. Il ne retournera jamais combattre et ne retrouvera jamais l’usage de sa main droite.

Louis LARDIER est blessé le 22 mai 1916 au combat de Douaumont. Le bras gauche a été atteint par des éclats d’obus. Comme son frère aîné, Louis ne peut plus utiliser une de ses mains. Soigné à l’hôpital de Vallon dans l’Yonne, puis à celui de Fontainebleau, Louis passe devant la commission de réforme d’Auxerre en novembre 1916. Il est réformé temporairement. En 1917, les médecins ne constatant aucun progrès, sa réforme temporaire est maintenue. Le 9 février 1918, un médecin militaire le déclare apte. Il est affecté dans l’Artillerie. Il rejoint le 63e Régiment d’Artillerie le 4 mars 1918. Louis LARDIER est démobilisé le 9 août 1919. Il rejoint son frère Léonce à Paris.

Julien LARDIER, l’aîné des trois frères, a combattu pendant toute la guerre. Il est blessé pour la première fois en septembre 1914. Mais comme pour ses deux frères, la blessure est grave. Des séquelles physiques l’accompagneront le restant de sa vie. C’est à Clamecy que des éclats d’obus lui ont touché le bas du dos. Julien ne pourra plus jamais se pencher sans ressentir une vive douleur et jusqu’à la fin de sa vie il boitera.

Les trois frères LARDIER reviennent s’installer à Fins après la guerre, tous les trois estropiés de guerre. A Fins, la guerre n’a pas détruit que les maisons. Alcide TELLE, Parfait ARNOUD et Louis DROUVROY ont été tués. Le seul copain rescapé est Albert MAFILLE, celui qui s’était engagé dans l’Armée pour trois ans et resté éloigné des siens pendant plus de six ans. Mais il est revenu en vie. Le miraculé Albert !

Pour Louis LARDIER, la disparition la plus lourde à supporter est celle de son cousin Désiré. Tué le 7 décembre 1914 dans le Bois de la Gruerie, Désiré LARDIER n’avait que 23 ans.

Après la guerre, l’état de santé de Léonce se dégrade rapidement. « L’excellent et courageux » Léonce LARDIER succombe le 2 mars 1924. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif du village, reconnu mort « des suites de guerre ».

Louis LARDIER quitte Fins et s’installe à Caudry dans le Nord pour y construire sa vie. Il y meurt le 24 juillet 1934 à l’âge de 41 ans.

Julien est le seul LARDIER à être resté à Fins. Il a tenu, avec son épouse Sylvina, un débit de boissons Chaussée Brunehaut, Sylvina tenant la boutique et Julien travaillant à la sucrerie pendant la saison des betteraves. Ils ont eu quatre enfants, Lucienne, Suzanne, Jean et Robert. L’estropié de guerre Julien LARDIER est mort à Fins le 26 juillet 1957 à l’âge de 77 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Didier BOURRY a réalisé la collecte de données pour la commune de Fins.

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Ferdinand PARSY d’EQUANCOURT

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