UN JOUR, UN PARCOURS – Marcel DEMARET de Roisel

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 19 janvier 1892, Marcel DEMARET est le fils de Gustave et de Catherine.

Gustave est originaire d’Hesbecourt. C’est dans ce village voisin de Roisel qu’il exerce le métier de maréchal-ferrant, métier qu’il a appris avec son propre père. Par amour il a quitté son petit village pour s’installer avec Catherine, son épouse, dans la grande ville de Roisel.

Roisel est le chef-lieu du canton situé le plus à l’Est du département de la Somme, à moins de vingt kilomètres de Saint-Quentin, la ville la plus importante de l’Aisne.

L’activité des communes du canton est avant tout agricole. A Roisel, il y a trois entreprises de phosphates et une grande usine de tissage. Avant, le tissage était essentiellement manuel. Il se pratiquait à domicile. Mais aujourd’hui cette activité ne donne plus des salaires suffisants. Beaucoup d’anciens tisseurs sont partis vers Saint-Quentin, vers Amiens, dans les usines du Santerre ou dans celles de la Vallée de la Nièvre. L’implantation récente d’une nouvelle usine a pu arrêter l’exode des ouvriers.

Catherine, la mère de Marcel, est tisseuse, comme l’étaient ses parents.

La famille DEMARET habite Rue de la Gare à Roisel. Le chemin de fer est important dans ce secteur éloigné des plus grandes agglomérations du département de la Somme. La gare de Roisel est située sur la ligne qui relie Cambrai à Saint-Just-en-Chaussée, et elle propose aussi un arrêt sur la ligne économique entre Vélu-Bertincourt et Saint-Quentin.

Gustave et Catherine ont deux filles et un garçon. Marie Alice est l’aînée, suivie de Valentine née en 1889 et de Marcel en 1892. A l’état-civil de la commune, c’est le prénom de Charles qui a été déclaré par son père, en présence du cafetier et du fermier qui lui servaient de témoins. Pourtant, toute sa vie Charles DEMARET sera appelé Marcel.

Enfant, Marcel aide son père dans son activité de maréchal-ferrant et à l’adolescence, pendant que ses sœurs sont tisseuses, Marcel se fait embaucher dans une des usines de phosphates, chez Marteaux.

La commune de Roisel compte un peu plus de 1 700 habitants. Les copains ne manquent pas dans la commune. Quand Marcel passe devant le Conseil de Révision, en 1913, et que son affectation au 120e Régiment d’Infanterie lui est signifiée, Marcel sait qu’il va  retrouver quelques Roiseliens comme Jules CARON, Alfred CARPENTIER ou Henri ISRAEL, partis en octobre 1912, avec une quinzaine de jeunes de la commune pour le service militaire.

Le 120e RI est caserné à Péronne, le chef-lieu d’arrondissement. Ses copains ont déjà eu l’occasion de lui raconter leur vie dans la caserne Foy. C’est donc plutôt rassuré que Marcel prend le train le 9 octobre 1913, accompagné d’Alfred DELAVACQUE, affecté comme lui au 120e. Alfred habite avec ses parents Rue Crinon. Il est comptable.

A peine arrivés à Péronne, ils partent dans la Meuse. Le régiment quitte ses quartiers pour aller renforcer la défense des frontières. La nouvelle destination pour Marcel DEMARET et Alfred DELAVACQUE, mais aussi pour Jules CARON, Alfred CARPENTIER et Henri ISRAEL, est celle de la caserne Chanzy de Stenay. A Roisel, Jules CARON était cordier, Alfred CARPENTIER  employé du chemin de fer et Henri ISRAEL maçon. Ils sont tous encore célibataires, à l’exception de Jules qui s’est marié avant de partir au service militaire.

Après plusieurs mois d’instruction militaire, l’état-major estime que les hommes du 120e sont prêts au combat quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914. Ils seront placés en première ligne quand la grande offensive sera décidée.

Le 22 août, les cinq copains sont engagés dans la Bataille des Frontières. C’est sur le territoire du village de Bellefontaine, dans le Sud de la province du Luxembourg belge, que les trois bataillons du 120e subissent l’épreuve du feu. Gustave DUPUIS, de Marquaix, village voisin de Roisel a été tué, comme plus de 500 jeunes hommes du régiment. Les cinq copains de Roisel sont indemnes, ou presque. Alfred CARPENTIER est seulement blessé au cuir chevelu.

Quelques jours plus tard, pendant la Bataille de la Marne, Henri ISRAEL et Jules CARON sont blessés près de Sermaize-les-Bains. Si Henri revient au front quelques semaines plus tard, pour Jules, grièvement blessé, la guerre est finie.

L’automne 1914 est synonyme d’enfer pour le 120e, et l’enfer porte un nom, il s’appelle « Bois de la Gruerie ». Chaque combat pour gagner quelques mètres, dans un bois où la boue et les cratères ont remplacé les arbres, est inévitablement meurtrier. Marcel DEMARET est blessé à la jambe par éclats d’obus le 8 octobre. Quelques jours plus tard, Henri ISRAEL, à peine revenu de convalescence, est à nouveau blessé. Un éclat de grenade lui perce l’œil gauche. Alfred DELAVACQUE est déclaré disparu. Quand les obus remuent la terre, dans un tel enchevêtrement de tranchées, les hommes « disparaissent » sans qu’on sache réellement ce qu’ils sont devenus. Fin octobre 1914, après un peu plus de deux mois de combat, Alfred CARPENTIER est le seul qui est encore en état de se battre. C’est en décembre qu’arrive son tour. Il est gravement blessé à la jambe droite. Evacué vers l’arrière, il échappe de peu à l’amputation mais ne retrouvera jamais l’usage de sa jambe.

Après une année d’hospitalisation et de rééducation Marcel DEMARET est jugé apte pour poursuivre le combat. C’est dans la Marne qu’il arrive le 7 octobre 1915. Vingt jours plus tard, Marcel est tué.

Pour les autres copains estropiés, la guerre est finie. Henri ISRAEL a perdu un œil, Jules CARON un bras et Alfred CARPENTIER une jambe.

Finalement, seul Alfred DELAVACQUE est encore « entier » quand la guerre se termine. Il n’est plus « disparu ». En octobre 1914, il a été capturé par les Allemands. Emmené en Allemagne, il a passé plus de quatre années dans différents camps de prisonniers, dont Darmstadt et Cottbus. Rapatrié en janvier 1919, c’est dans une ville détruite qu’il a effectué son retour. Roisel, occupée pendant presque toute la guerre par les Allemands, a été rasée à leur départ.

Les quatre copains survivants, cabossés physiquement et moralement, ont quand même pu poursuivre une vie « normale » après la guerre. Mariés, pères de famille, le bonheur s’est installé dans leur vie, à Roisel comme pour Jules et Henri, ou ailleurs.

Jules CARON est mort en 1948, Henri ISRAEL en 1953, Alfred CARPENTIER en 1971. C’est Alfred DELAVACQUE, le « disparu » du Bois de la Gruerie, qui est mort le dernier, en 1976. A l’âge de 83 ans.

Quand leur copain Marcel DEMARET est mort, dans une tranchée de la Marne, le 27 octobre 1915, il avait 23 ans. Son nom figure sur le monument aux morts de Roisel.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Didier BOURRY a réalisé la collecte de données pour la commune de Roisel.

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