UN JOUR, UN PARCOURS – Lucien MAISON de Lanchères et de Pendé

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 15 mars 1891, Lucien MAISON est le fils de Dosithée MAISON et d’Adelina GROUX.

La vie n’a pas été tendre avec Dosithée et Adelina. Tous les deux ont perdu leur père alors qu’ils n’étaient encore que des enfants. Dosithée, orphelin à huit ans, est resté avec sa mère pour exploiter la petite ferme familiale dans le hameau d’Herlicourt. Lucie, orpheline à 14 ans, aide sa mère à tenir la petite épicerie située sur la route à grande circulation traversant le village. Dosithée et Adelina habitent l’un et l’autre au bord de ce chemin à grande circulation qui relie Dieppe à Boulogne-sur-Mer. Une route qui traverse le territoire du village de Lanchères sur plus de quatre kilomètres.

Dosithée et Adelina se connaissent depuis toujours et tout naturellement, quand l’éventualité d’une naissance se présente, ils décident de s’unir pour toujours devant monsieur le maire de Lanchères. François BEAUVAL, le premier magistrat de la commune, les marie le 18 novembre 1890.

Le 15 mars de l’année suivante naît Lucien. Mais hélas l’enfant ne connaîtra jamais sa mère Adelina, décédée des suites de l’accouchement. Lucien MAISON sera donc pour toute sa vie orphelin et enfant unique. Lucien est alors élevé par Elisabeth sa grand-mère paternelle et par son père.

A Lanchères, on compte environ 1 000 habitants à la fin du XIXe siècle. Si Lanchères est le chef-lieu, il y a plusieurs hameaux importants dans la commune comme ceux de Poutrincourt, de Laleu, d’Herlicourt, du Marais ou de Wathiéhurt. Le territoire de la commune est d’ailleurs particulièrement étendu, gagné en partie sur des terres marécageuses qu’on sait pouvoir être reprises un jour par la mer. Le village est proche de Cayeux-sur-Mer. Il y a  une halte sur la voie de chemin de fer reliant Cayeux à Saint-Valery, halte située non loin de la ferme de Dosithée MAISON. Cette gare, principalement utilisée pour transporter les betteraves à sucre vers la râperie de la commune, sert également pour le transport des passagers vers Saint-Valery et Noyelles-sur-Mer.

L’agriculture est l’activité principale mais elle est loin d’être la seule dans le secteur. Le métier de serrurier à domicile est peu à peu remplacé par celui d’ouvrier d’usine. Les fabriques sont nombreuses dans le Vimeu. Lanchères, c’est aussi beaucoup de commerces et d’ateliers d’artisans installés au bord de la grande route. On trouve des maréchaux-ferrants et des charrons, des épiceries, des auberges, des magasins de nouveautés et tout naturellement de nombreux débits de boissons.

Après quelques années de veuvage, Dosithée MAISON se remarie avec Malvina CHATILLON et s’installe avec elle à Sallenelle, hameau de la commune de Pendé situé à quelques centaines de mètres seulement d’Herlicourt. Tout en exploitant une petite ferme, ils tiennent une épicerie-débit de boissons au bord de la grande route. Malvina a un fils d’un premier mariage. Il se nomme Pierre MORCANT et est né, comme Lucien, en 1891. Peu de temps après leur union, Dosithée et Malvina ont un enfant ensemble qu’ils prénomment Jules. La famille recomposée trouve peu à peu son équilibre à Sallenelle, dans la petite ferme-débit de boissons.

Lucien MAISON continue à voir ses copains d’enfance, ceux avec qui il a partagé les bancs dans la classe de Monsieur BOULONGNE.

Il y a Fidélis CAILLEUX, fils de serrurier, qui habite à Poutrincourt et Raoul GRAINE, enfant de cultivateurs à Wathiéhurt. D’autres copains ont quitté la commune. La famille de Joseph COULOMBEL est partie s’installer à Friaucourt, entre Ault et Béthencourt-sur-Mer, pour y trouver du travail dans les grandes usines de serrurerie toutes proches. Joseph MARCHAND, orphelin de père, a suivi sa mère pour s’installer chez celui qui allait devenir son beau-père à Sailly-Flibeaucourt. 

A 20 ans, Lucien est convoqué devant le Conseil de Révision à Saint-Valery. Il s’y rend en même temps que son « demi-frère » Pierre MORCANT et plusieurs de ses copains de Lanchères.

Lucien et Pierre sont jugés aptes et affectés tous les deux au 120e Régiment d’Infanterie à Péronne, dans l’Est de la Somme. Fidélis CAILLEUX, serrurier de métier, est affecté dans le Génie, et Raoul GRAINE, certainement pour ses connaissances sur l’élevage des chevaux, est affecté au 3e Régiment de Hussards.

Le 9 octobre 1912, ils prennent le train dans la petite gare de Lanchères pour rejoindre, à Noyelles-sur-Mer, la ligne ferroviaire qui relie Boulogne-sur-Mer à Paris. L’aventure humaine du service militaire peut débuter…

L’état de santé de Pierre MORCANT n’est pas satisfaisant. Il ne peut qu’avec difficulté utiliser sa jambe droite. A peine arrivé à Péronne, il est convoqué devant la commission spéciale de réforme qui le juge inapte au service armé et le classe au service auxiliaire. Le 8 mai 1913, Pierre est définitivement réformé et se retire à Sallenelle où il se marie quelques semaines plus tard avec Marie-Josèphe.

Malgré ce départ, Lucien MAISON ne se retrouve pas vraiment seul. Nombreux sont les jeunes hommes du canton de Saint-Valery-sur-Somme à effectuer leur service militaire au 120e. Si le régiment quitte la Somme pour le département de la Meuse, en octobre 1913, il reste un fort accent picard dans les compagnies de fantassins du 120e RI, et le picard du Vimeu y est largement représenté. C’est à Stenay, dans la caserne Chanzy, que Lucien vit ses derniers mois de paix. Le 3 août 1914 la guerre est déclarée.

Le 22 août 1914, le 120e RI est décimé. Au soir des combats qui n’ont duré que quelques heures, les pertes du régiment sont estimées à plus de 1 000 hommes dans le petit village belge de Bellefontaine. Presque toutes les communes autour de Lanchères comptent des victimes : Arthur BLONDIN et Jules BOUBERT de Pendé,  Arthur HUMEL d’Arrest, Louis DUQUENNE de Saint-Valery, Honoré HAMIOT de Brutelles, Edmond GEST de Mons-Boubert, Gaston BLED et Louis FOURDRAIN de Boismont… Après cette épreuve du feu, les rescapés sont traumatisés. Ils sont pourtant loin d’être au bout de l’horreur. Après la Bataille de la Marne, début septembre, où les hommes du 120e combattent près de Sermaize-les-Bains, puis le début de la guerre de position, à l’automne 1914, où ils se débattent dans le bourbier des tranchées des forêts d’Argonne, on ne parle plus beaucoup picard dans le régiment. Les deux tiers de ceux qui effectuaient leur service militaire au 120e ont été mis hors combat en moins de trois mois. Avec chaque jour qui débute, les survivants du début de la guerre se demandent si ce jour est leur dernier.

Pour Lucien MAISON, il n’est même pas possible de savoir quel a été exactement le dernier jour. L’Armée l’a déclaré décédé entre le 1er et le 6 novembre 1914. La seule certitude est qu’il a définitivement fermé les yeux dans l’enfer du Bois de la Gruerie.

Que sont devenus les copains de Lanchères ?

Fidélis CAILLEUX, le serrurier incorporé au 3e Régiment de Génie a été gravement blessé. Alors qu’il avait été « admirable d’entrain pendant l’assaut et pendant la destruction des défenses ennemies », le 15 août 1915 au Sud-Ouest de Mulhouse, il a été blessé à la face. Le projectile a provoqué une plaie partant du côté gauche du nez et aboutissant à la joue droite et une fracture du maxillaire supérieur et inférieur droit. Sept dents ont été arrachées. Dans l’hôpital de Besançon où il a été soigné, il a rencontré Marie-Thérèse. Ils se sont mariés en décembre 1918. Fidélis, gueule cassée de la Grande Guerre, n’est jamais revenu à Lanchères. Il est mort à Besançon en 1959.

Raoul GRAINE, l’éleveur de chevaux incorporé au 3e Régiment de Hussards a également été blessé à la face. Il avait déjà été évacué à plusieurs reprises pour maladie ou blessure, et avait été renvoyé au front à chaque fois. Le 11 juin 1917 à Mélicocq, dans l’Oise, un éclat d’obus lui a définitivement déformé le visage. Il fut cité à l’ordre du régiment pour avoir eu « une conduite exemplaire avec un dévouement inlassable et un parfait mépris du danger. A assuré les liaisons les plus délicates sous un feu violent donnant à tous un bel exemple de courage et d’entrain »… Les séquelles de la fracture des deux mâchoires et de la perte de treize dents « en haut et en bas » l’ont accompagné toute sa vie. Insuffisance masticatrice, déformation de l’orifice buccal, troubles dyspeptiques, la guerre ne l’a jamais laissé en paix. Raoul GRAINE s’est marié à Lanchères. Il n’a pas quitté la région et s’est éteint à Cayeux-sur-Mer, la commune voisine, en juillet 1959.

Joseph COULOMBEL, le copain d’enfance parti vivre à Friaucourt est tombé malade pendant la guerre. Hospitalisé à l’hôpital militaire de Nantes, il a finalement été réformé par la Commission de Lorient en février 1916. Il a alors rejoint sa famille. Il est mort à Friaucourt le 12 octobre 1916 de tuberculose pulmonaire.

Joseph MARCHAND, le copain d’enfance parti habiter chez son beau-père à Sailly-Flibeaucourt, près de Nouvion-en-Ponthieu, n’a pas survécu non plus à la guerre. Incorporé au 128e Régiment d’Infanterie à Abbeville, il a été blessé à plusieurs reprises. Après deux graves blessures subies à Maurupt-le-Montois, dans la Marne et aux Eparges, près de Verdun, Joseph MARCHAND a été jugé inapte à l’infanterie et affecté au 42e Régiment d’Artillerie en avril 1916. En octobre de la même année, il part sur le front turc d’où il est évacué, quelques semaines plus tard, gravement malade. C’est à l’hôpital maritime de Sainte-Anne, à Toulon, qu’il ferme définitivement les yeux, le 30 janvier 1917.

Pierre MORCANT, le demi-frère de Lucien MAISON, n’a pas été mobilisé. Réformé définitivement avant la guerre, Pierre n’a pas été rappelé par l’Armée. Il a tenu un débit de boissons à Sallenelle avec son épouse. Quand une fille est née en 1915, elle a été prénommée Lucienne, et le garçon né en 1917 a tout naturellement reçu le prénom de Lucien, cet oncle mort à la fin de l’année 1914 dans l’enfer du Bois de la Gruerie. Pierre MORCANT, le rescapé, est mort alors qu’il avait à peine 30 ans.

Tous les noms des victimes ne figurent pas sur les monuments. Celui de Joseph MARCHAND est inscrit à Sailly-Flibeaucourt, et celui de Joseph COULOMBEL à Friaucourt.  Pour Lucien MAISON qui a passé sa courte vie dans les hameaux d’Herlicourt et de Sallenelle, entre Lanchères et Pendé, il n’y avait aucune raison de choisir. Chacune des  deux municipalités a fait inscrire son nom sur son monument aux morts. Quant aux deux « Gueules cassées », Fidélis CAILLEUX et Raoul GRAINE, victimes pourtant dans leur chair de la Grande guerre, leur nom n’est gravé nulle part.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean-Claude MAISON a réalisé la collecte de données pour les communes de Lanchères et de Pendé.

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Jules BOUBERT de PENDE

Jules VANNIER de CAYEUX-SUR-MER

Edouard BRUSQUE de SAINT-VALERY-SUR-SOMME

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Florent-Rosa DAIRAINES de MIANNAY

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