ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Julien ASSELINE d’Andainville

Né le 21 novembre 1893, Julien ASSELINE est le troisième garçon de la fratrie.

Ses parents se prénomment Georges ASSELINE et Ernestine NOURTIER. Georges est né à Compainville, à côté de Forges-les-Eaux. Il a passé toute son enfance à Beaufresne, petit village de Seine-Inférieure situé à une vingtaine de kilomètres d’Andainville. Jeune adulte, il est venu chercher du travail sur l’autre rive de la Bresle. Il est devenu garçon-meunier chez LAINÉ à Inval.

Quand Georges et Ernestine se marient en février 1892, Lucien, leur premier enfant, est âgé d’un peu plus d’un an. Camille naît ensuite le 7 juillet 1892 et Julien le 21 novembre 1893.

La famille réside dans la rue d’Aumâtre à Andainville, petite commune de 420 habitants du canton d’Oisemont.

Le village est situé sur le plateau dominant au Sud la vallée du Liger. Les arbres sont nombreux dans le secteur, donnant la matière première aux nombreux sabotiers et tourneurs sur bois présents à Andainville. L’activité principale est toutefois l’agriculture.

La famille ASSELINE s’agrandit rapidement. En dix années, la fratrie compte sept frères et sœurs. Après Lucien,Camille et Julien, les trois aînés, viennent Georgette, Emile, Elmire et Fernande la cadette, née en 1900. Le salaire du père ne suffit pas à nourrir toutes les bouches et les trois aînés doivent, à peine âgés de dix ans, commencer à se rendre utiles dans les fermes du village, moyennant une petite rétribution, souvent en nature. Cette situation est assez courante dans les campagnes et même adolescent, quand il n’y a pas de travail sur place, on n’hésite pas à quitter son village, même s’il faut quitter la maison.

Plusieurs jeunes hommes, quasiment du même âge que Camille et Julien, sont logés chez leur employeur à Andainville. Léonard HENOCQ de Frettecuisse, est domestique dans la ferme d’Alfred LECLERCQ, près de la maison des ASSELINE. Julien DIETTE du Quesne est hébergé chez Victor TERNISIEN, rue des Préaux. Léon CRESSENT de Rambures travaille chez l’épicier du village, rue de la Ville, où il bénéficie du gîte et du couvert.

Ces jeunes s’intègrent facilement dans la population. Ils restent quelques mois ou quelques années, et partent ailleurs pour trouver une meilleure situation.

Lucien, l’aîné de la fratrie, réside chez sa grand-mère maternelle, Celima SAVOIE, rue d’Ostende à Andainville. Comme leur père avait quitté son village de Seine-Inférieure pour trouver du travail, Camille et Julien s’éloignent d’Andainville pour trouver un emploi « logé, nourri ». Si Camille part à la ville pour y être employé de banque, Julien choisit de rester à la campagne.

Julien ASSELINE habite et travaille dans la ferme de Louis QUEVAUVILLERS, rue d’Amiens. Louis vit avec sa femme, Antoinette et sa fille Marguerite. Julien est domestique de ferme. Alice THIEBAUT est servante dans la ferme. Marguerite, Julien et Alice ont presque le même âge.

Camps-en-Amiénois est un petit village agricole de 300 habitants, situé près de Molliens-Vidame. On y trouve une forge de maréchal-ferrant fabriquant surtout des instruments aratoires et un atelier de charronnage et de ferronnerie d’où sortent de nombreuses voitures suspendues, carrioles et autres chariots. Dans les maisons, 4 ou 5 métiers seulement fabriquent encore la toile dite d’emballage, alors que le tissage faisait vivre au moins une trentaine de familles par le passé.

La ligne de chemin de fer à voie étroite de la gare Saint-Roch d’Amiens à Beaucamps-le-Vieux dessert la commune. Grâce à un service organisé, les habitants peuvent déposer leur courrier postal aux trains de 11 h du matin et 6h du soir.

Contrairement à Andainville, le village de Camps n’est pas isolé. La Route nationale N°1 de Paris à Calais et la route départementale qui relie Sénarpont à Amiens  se coupent au milieu de  Camps donnant ainsi naissance à 4 voies très larges et bien entretenues au cœur du village.

Julien est toujours dans la ferme de Louis QUEVAUVILLERS quand lui parvient la convocation pour le Conseil de Révision à Moliens-Dreuil. Son frère Camille, recensé quelques mois plus tôt, est affecté au 72e Régiment d’Infanterie à Amiens. Après avoir été jugé apte, quand Julien apprend qu’il va rejoindre Camille au 72e pour y effectuer son service militaire, quitter Camps et Andainville lui paraît beaucoup moins difficile. Leur frère aîné vient de terminer ses deux années de service actif. Il a quitté depuis peu la caserne Friant où ses deux frères viennent d’être affectés.

Julien arrive à Amiens le 26 novembre 1913 pour y débuter l’instruction militaire qui doit normalement durer trois années.

Neuf mois plus tard, la guerre est déclarée !

Le 72e RI quitte Amiens, le 5 août 1914, pour se rendre dans l’Est de la France. Camille et Julien sont rejoints par leur frère aîné Lucien, mobilisé lui aussi au 72e RI d’Amiens.

Les trois frères participent aux premiers combats de la Bataille des Frontières, le 22 août, près de Meix-devant-Virton, en Belgique. Par chance, le régiment positionné en soutien dans le 2e Corps d’Armée, subit très peu de pertes, essentiellement causées par des tirs lointains de l’artillerie ennemie. La vraie épreuve du feu, c’est le 6 septembre que vont la vivre les jeunes hommes du 72e RI. Ils participent à la Bataille de la Marne dans le secteur de Maurupt-le-Montois.

Julien ASSELINE est blessé à la poitrine par balle. Il est évacué vers l’arrière pour y être soigné. Camille est tué dès le premier jour des combats sur le territoire de la petite commune de Bignicourt.

Quelques jours plus tard, Lucien ASSELINE, le rescapé des trois frères, débute la guerre de tranchées en Argonne, dans le Bois de la Gruerie. Le 23 septembre 1914, il est blessé par éclats d’obus au bras et à la hanche gauche. Il est transféré vers l’hôpital temporaire de Vichy.

La convalescence est très longue pour Julien ASSELINE. La blessure à la poitrine a laissé des traces. Il revient au front en avril 1915. Après les combats dans la Meuse, Julien arrive dans la Somme à l’été 1916. En lien avec les armées britanniques, les Français doivent tenter de repousser le front allemand. En octobre, 1916 dans le secteur de Bouchavesnes, Julien est à nouveau blessé par balle. Son genou gauche est touché. En juillet 1918, c’est encore dans la Somme, à Sauvillers, à l’occasion de la dernière grande offensive française, que Julien est blessé à de multiples endroits du visage, puis en août, en traversant les Ardennes à la poursuite des troupes allemandes, il subit les effets du gaz utilisé par l’ennemi. La guerre est finie pour lui, mais pas les conséquences.

Son frère aîné, Lucien, a lui aussi échappé à la mort. Pourtant, lui aussi est une victime. Evacué à plusieurs reprises pour dysenterie, pour gale, pour hémorroïdes et à la suite de sa blessure au pied droit par éclats d’obus, l’état de santé de Lucien n’est pas bon. Lucien est démobilisé en mars 1919. Il peut rejoindre Jeanne BEAUDICHON, qu’il avait épousée le 25 juillet 1914. Cinq années ont passé et les deux époux n’ont quasiment jamais vécu ensemble. Le jeune couple vivra dans la région parisienne, à Bezons, où Lucien exercera le métier de caoutchoutier.

Démobilisé en août 1919, Julien ASSELINE se marie avec Delphine HUGUENOT et part, avec elle, habiter comme son frère près de Paris. Julien ASSELINE est régulièrement convoqué devant des commissions médicales militaires. Son état de santé se détériore en permanence. Les séquelles respiratoires sont multipliées en raison de la plaie pénétrante subie à la poitrine dans la Marne. Julien sera finalement réformé et pensionné à 100% pour tuberculose pulmonaire et mauvais état général. Julien et Delphine résideront à Asnières, à Houilles puis à Saint-Germain-en-Laye. Julien exercera la profession d’employé de banque pendant toute sa vie.

Que sont devenus les trois jeunes hommes venus des villages voisins trouver un emploi à Andainville quand Julien était adolescent. Des jeunes de son âge qu’il avait côtoyés et avec lesquels il avait passé tant de bons moments. Léon CRESSENT, l’employé de l’épicerie LEFEBVRE, a été tué le 2 septembre 1914, près de Fontaine-les-Corps-Nuds, dans l’Oise.  Léonard HENOCQ, le jeune domestique de ferme originaire de Frettecuisse, est mort à l’hôpital de Quimper en avril 1915 des suites de la maladie contractée en service. Julien DIETTE, de la ferme de la Rue des Préaux, a été gravement blessé à la jambe gauche par éclats d’obus, en juillet 1918.

La mort et la souffrance ont touché tous les villages, toutes les familles, à Andainville ou à Camps-en-Amiénois comme ailleurs.

Julien et Lucien ASSELINE ont construit leur vie d’adulte en Région parisienne, loin du territoire de leur jeunesse et des monuments aux morts où sont inscrits les noms de ceux qu’ils ont aimés.

Pensionné à 50% en raison des séquelles de la guerre, Julien ASSELINE a reçu la légion d’honneur en 1951. Il est mort le 12 juin 1960 à l’âge de 68 ans. Son frère Lucien s’est éteint le 18 octobre 1953 à l’âge de 63 ans. Leur frère Camille, dont le nom est inscrit sur le monument aux morts d’Andainville dans la Somme, lui, n’a jamais pu vieillir. Il a 22 ans pour toujours.

Danièle REMY, Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Le village de Dreuil-lès-Molliens a été rattaché à celui de Molliens-Vidame en 1972. La nouvelle commune constituée des deux villages porte depuis le nom de Molliens-Dreuil.

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