UN JOUR, UN PARCOURS – Emile POSTEL de Mons-Boubert

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 3 janvier 1893, Emile POSTEL est le fils d’Alfred POSTEL et de Catherine GEST, membres de deux familles implantées dans le village de Mons-Boubert depuis plusieurs générations.

Alfred est ouvrier agricole et travaille dans différentes fermes installées dans la commune ou sur le territoire des villages voisins de Franleu, d’Arrest, de Boismont ou de Quesnoy-le-Montant.

Mons-Boubert est une commune du canton de Saint-Valery-sur-Somme qui compte plus de 1 000 habitants quand vient au monde le petit Emile, à la fin du XIXe siècle. La population se répartit entre les deux sections, Mons et Boubert. Deux tiers des habitants résident à Mons et un tiers à Boubert.  Alfred et Catherine POSTEL habitent Place de l’Avene à Boubert.

Place de Boubert, nommée également Place de l’Avène (référence probable au mot picard Avinne – en français: Avoine)

Les riches terres cultivables du Vimeu maritime permettent à une partie très importante de la population de vivre de l’agriculture. Les fermes sont nombreuses dans la commune de Mons-Boubert et les exploitants les plus importants montrent régulièrement leur hostilité à l’implantation de fabriques dans la commune. La main d’œuvre doit rester disponible pour l’agriculture. Cultivateurs et ouvriers agricoles constituent les métiers les plus répandus. Ils sont complétés par ceux nécessaires à la culture ou à l’élevage comme les charrons, les bourreliers, les maréchaux-ferrants, les bergers, les marchands de moutons ou de porcs, les meuniers. Pour entretenir ou construire les granges et les habitations, il y a des bûcherons, des charpentiers, des menuisiers, des couvreurs en chaume, des maçons. A Mons-Boubert, au début du XXe siècle, il y a aussi deux taupiers, des chiffonniers, des tailleurs d’habits, des épiciers, un charcutier, deux boulangers, des cantonniers, un garde-champêtre, quatre instituteurs publics et des adjoints pour assurer l’enseignement dans les 4 classes du village et bien sûr, plusieurs débitants de boissons et cabaretiers. C’est l’abbé Demonchy qui est chargé de sauver les âmes de tous ces paroissiens.

Emile, comme tous ses copains de Boubert et de Mons, assiste aux messes dominicales. Il y a deux portes pour accéder à l’église Saint-Martin, une pour les habitants de Mons et une pour les habitants de Boubert.

Emile n’a qu’un seul frère, Alfred qui est né quatre ans plus tôt, en 1889. 

Emile devient très jeune domestique de ferme, travaillant, comme son père et son frère, pour plusieurs fermiers de la commune et des environs.

A seize ans, Emile voit son frère aîné partir au service militaire. Alfred doit suivre ses deux années d’instruction militaire obligatoire au 128e Régiment d’Infanterie.

Alors qu’Alfred est revenu à la vie civile depuis plusieurs mois, Emile est convoqué devant le Conseil de Révision à Saint-Valery-sur-Somme. Il a 20 ans et est jugé apte au service armé. Il rejoint, le 27 novembre 1913, le 72e Régiment d’Infanterie à Amiens. Il prend le train en gare de Quesnoy-le-Montant en direction d’Abbeville puis d’Amiens. Il est accompagné de Paul DANCOURT, l’instituteur stagiaire de Mons-Boubert. Les deux jeunes hommes voyagent ensemble jusqu’à Amiens. Si le voyage d’Emile POSTEL prend fin en Gare du Nord, celui de Paul DANCOURT est beaucoup plus long. Il rejoint le 120e Régiment d’Infanterie de Péronne caserné depuis plusieurs semaines à Stenay dans la Meuse.

C’est au 120e RI qu’Emile POSTEL espérait être affecté. En effet, nombreux sont les jeunes du village qui ont déjà rejoint ce régiment. Il y a Raymond DELEENS dont le père est charpentier, Octave FRETE, fils de cultivateur et les GEST. Albert, Alfred, Eugène, Joseph et Edmond GEST, cinq cousins plus ou moins éloignés qui ont la chance d’être ensemble pour trois années. En 1913, la durée du service militaire est passée de deux à trois années.

Au 72e RI d’Amiens, les Mons-Boubertois sont rares. Emile n’y retrouve que Georges ROUSSEL, ouvrier agricole comme lui.

La tension internationale est tellement vive que le régiment, comme toutes les unités de l’Armée Active, est déjà prêt au départ plusieurs semaines avant même l’annonce de la déclaration officielle de guerre. Le 5 août 1914, les hommes du 72e RI quittent la caserne Friant d’Amiens pour rejoindre l’Est de la France, dans la Meuse.

Si le 72e RI est relativement épargné par les premiers combats du mois d’août 1914, il subit des pertes importantes pendant la Retraite de l’Armée française en traversant le département de la Meuse, puis celui des Ardennes. Ces pertes ne sont pas comparables avec celles subies début septembre pendant la Bataille de la Marne. Le 72e RI est décimé dans le secteur de Maurupt-le-Montois entre le 6 et le 10 septembre. Plusieurs centaines d’hommes sont hors combat. Après avoir vu tous les corps de copains de caserne inanimés ou abimés, Emile POSTEL se considère déjà comme un rescapé. Il a la chance de ne pas être blessé.

Les combats se poursuivent en Argonne. Georges ROUSSEL, l’autre Mons-Boubertois du 72e RI y tombe malade et est évacué pour être hospitalisé à Arles, bien loin du bourbier que devient la forêt d’Argonne.

Début décembre 1914, Emile POSTEL est également évacué pour maladie. Un des maux les plus courants dans les tranchées humides et froides de l’automne 1914, celui de « l’embarras gastrique ». Après quinze jours d’hospitalisation et deux mois passés au dépôt du régiment, Emile revient au front le 18 mars 1915. Son régiment combat dans le secteur des Eparges, près de Verdun. Après seulement un mois de combat, il est à nouveau évacué, blessé par un éclat d’obus à la tête, à la main et au bras. Nouveau séjour à l’hôpital et nouvelle période de convalescence à l’arrière.

Le 28 septembre 1915, Emile revient au front. Le 72e RI occupe de nouveau un secteur en Argonne. Les combats sont particulièrement violents près de Varennes pour la conquête du ravin des « Courtes Chausses », de la crête de la « Fille Morte » et du plateau du « Fer à Cheval ».  Emile POSTEL voit la mort de près. Recouvert par une épaisse couche de terre après l’éclatement d’un obus à proximité, il ne doit son salut qu’à l’intervention de plusieurs copains de tranchées. Il s’en sort avec des blessures relativement légères aux pieds.

Soigné à l’arrière, il retrouve le front moins de deux mois plus tard. En 1916, l’horreur continue pour tous les rescapés, et pour les hommes du 72e RI qui combat dans la Somme à l’été et à l’automne. Pour Georges ROUSSEL, le Mons-Boubertois copain de service militaire, la guerre prend fin à Bouchavesnes. Blessé, il est capturé par les Allemands et transporté dans un camp de prisonniers duquel il ne sera libéré qu’à la fin de l’année 1918.

Au printemps et à l’été 1917, le 72e participe à l’offensive du Chemin des Dames, dans le Sud de l’Aisne. Le 30 juin, à Cerny-en-Laonnois, Emile POSTEL est fait prisonnier. Interné à Munster, il ne sera rapatrié, lui aussi, qu’en décembre 1918. Transitant par Dunkerque où il arrive le 19 décembre, il est ensuite envoyé, comme Antoine ROUSSEL et tous les nombreux prisonniers français, vers le Dépôt de Transition des Isolés où il est procédé aux opérations administratives et sanitaires, avant l’obtention d’une permission de 30 jours.

Emile POSTEL, démobilisé le 4 août 1919, est revenu à Mons-Boubert. En mars 1920, il a épousé Clarisse, une fille d’Acheux-en-Vimeu. Emile est devenu employé aux Chemins de Fer du Nord en gare du Tréport-Mers. Emile et Clarisse sont partis s’installer Rue Charles Lebeuf à Mers, dans le quartier du Dépôt du Chemin de fer, où sont nés René en 1921, Emile en 1922 et Pierre en 1925.

Emile POSTEL et Georges ROUSSEL, les gars du 72e RI, ont survécu, tout comme Paul DANCOURT, l’instituteur adjoint de l’école de Mons-Boubert. Alfred POSTEL, le frère aîné d’Emile, n’a pas eu cette chance. Il est mort au début de la guerre à Fontenois dans les Ardennes, le 31 août 1914. Il avait 25 ans.

Les autres copains de Mons-Boubert, qu’Emile enviait parce qu’ils étaient affectés ensemble au 120e RI ont été douloureusement frappés.  

Raymond DELEENS, Octave FRETE et trois des cinq cousins GEST, Alfred, Edmond et Louis ont été tués. Les deux survivants n’ont dû leur salut qu’à la tuberculose pour Joseph GEST réformé en octobre 1914, et à la captivité dans les camps de prisonniers allemands pour Albert GEST, capturé dès le 22 août 1914 à Bellefontaine.

Le monument aux morts du village inauguré à l’été 1921 porte les traces d’une jeunesse sacrifiée. Celles des jeunes hommes qui avaient à peine plus de 20 ans en 1914.

Georges ROUSSEL est mort le 25 mai 1962 à Abbeville et Emile POSTEL le 11 décembre 1965 à Acheux-en-Vimeu.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Merci à France DEVISMES pour les renseignements sur le village

Inauguration du Monument au Morts de Mons-Boubert – 1921
Les pompiers de Mons-Boubert pendant l’inauguration du monument aux morts

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  France DEVISMES et Jean-Claude MAISON ont réalisé la collecte de données pour la commune de Mons-Boubert.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près de  MONS-BOUBERT :

Edouard BRUSQUE de SAINT-VALERY-SUR-SOMME

Lucien MAISON de PENDE et LANCHERES

Charles MENTION d’ARREST

Florent-Rosa DAIRAINES de MIANNAY

Hubert RICHARD de FRANLEU

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