UN JOUR, UN PARCOURS – Henri JOLY, de Rubempré

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 24 juin 1892, Henri JOLY avait pour surnom Rustique. Henri voit le jour à Rubempré au début de l’été 1892. Il est le fils unique d’Henri JOLY et de Marie VILBERT.

Les JOLY et les VILBERT sont deux familles qui représentent près du quart des 800 habitants que compte la commune, à la fin du XIXe siècle. Pour différencier les membres des familles qui portent le même nom, on leur donne alors des surnoms. Chez les JOLY, il y a des « tchus pétes », des « poulet », des « Rustique », des « babaque », des « tuture ». Chez les VILBERT, on trouve des « Pierre-Grégoire », des « carcans », des « monnious », des « lou-maran », des « patel ».

Henri JOLY est un « Rustique », du prénom de son grand-père.

Rustique, le grand-père, était cantonnier. Henri, le père est manouvrier. Marie est ménagère. Dans ce village agricole du canton de Villers-Bocage, si on ne possède pas sa propre ferme, on travaille pour les autres. Ou alors, on est commerçant. Henri et Marie décident d’ouvrir leur boutique de « nouveautés ». Marie s’occupe du commerce et Henri apporte son aide, tout en continuant à travailler à droite et à gauche, pour les fermiers de la commune.

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Le jeune Henri passe donc sa jeunesse entre les tissus et les rubans de sa mère, et le travail des champs, entre moissons et betteraves à sucre, avec son père. Mais Henri a une passion. C’est la musique. Ce grand gaillard d’1,78m fait partie de l’Harmonie locale. Il joue du cornet à pistons.

A 20 ans, Henri se présente devant le Conseil de Révision, à Villers-Bocage. Il est incorporé au 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais, qu’il rejoint le 1er octobre 1913. Malade, il est réformé temporairement le 3 juillet 1914, pour néphrite chronique, et rentre à Rubempré. Il ne sait pas encore qu’il vient d’échapper au début de la guerre. Un mois plus tard, quand  la mobilisation générale est décrétée, Henri ne fait pas partie des mobilisés. Son exemption est toujours prise en compte. Beaucoup pensent que la guerre va durer trois semaines, alors, il paraît logique que l’Armée ne mobilise pas les réformés temporaires.

A plusieurs reprises, les Commissions de Réforme confirment l’impossibilité pour Henri d’aller combattre. Le 3 juin 1915, il est enfin reconnu apte. L’année 1914 a été particulièrement meurtrière pour l’armée française. On sait maintenant que, devenu une guerre de position et d’attente, une guerre de tranchées, le conflit va être long et nécessiter des effectifs supplémentaires. Henri retrouve le 51e Régiment d’Infanterie, tout d’abord pour y suivre une instruction, puis part au front dans la Marne, en novembre 1915, et près de Verdun, en décembre.

A l’été 1916, le régiment participe à la Bataille de la Somme. Henri est blessé au tympan gauche par un éclat d’obus, le 27 juillet, dans le secteur de Dompierre/Chuignolles. Il est évacué sur l’hôpital complémentaire de Paris-Plage et, après plusieurs semaines de soin, rejoint sa compagnie.

Henri est courageux. Nommé agent de liaison, il s’illustre, notamment en juillet 1917, en Argonne, pour avoir « assuré la liaison entre le chef du bataillon et son commandant de compagnie, de jour et de nuit, sur un terrain bouleversé par les bombardements, les feux d’artillerie et les mitrailleuses »

Lors de la dernière grande offensive de l’Armée française et de ses alliés, en août 1918, pour chasser définitivement l’occupant allemand du territoire national, Henri est gravement blessé, près de Braches, au Sud de Moreuil, dans la Somme.  Un éclat d’obus lui abime la jambe gauche. Le pied et le mollet sont très sérieusement touchés.

Hospitalisé à Marmoutier, près de Tours, dans l’ancienne abbaye transformée en hôpital, il finit ensuite sa convalescence à l’hôpital complémentaire d’Albi, jusqu’en mars 1919. Il est alors démobilisé définitivement et peut retourner à Rubempré.

Il se marie avec Yvonne, une fille du village voisin de Pierregot. Henri devient alors cultivateur et s’installe, à côté de ses parents, dans la Rue Neuve. Deux enfants naîtront de l’union entre Henri et Yvette, un garçon, prénommé André, et une fille, Andréa.

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Une pension de 25% est attribuée par l’Armée à Henri pour « raideur du coup de pied et des orteils avec atrophie du mollet gauche et otite chronique bilatérale ». Henri boitera tout le restant de son existence en exerçant son métier de cultivateur.

A Rubempré, lors de la cérémonie du 11 novembre 1968, en présence de la Fanfare du village avec laquelle Henri jouait encore du clairon, Maurice Choquet, commandant  d’Artillerie en retraite, habitant du village, lui remet l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur.

Henri JOLY, dit « Rustique », est décédé le 28 octobre 1978, à l’âge de 86 ans.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Lionel JOLY a réalisé la collecte de données pour la commune de Rubempré.

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L’Harmonie de Rubempré – Henri JOLY est au 2e rang – 4e en partant de la droite – son cornet à pistons dans la main (photo: collection personnelle Lionel Joly)

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