UN JOUR, UN PARCOURS – Honoré HAMIOT de Brutelles et Woignarue

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 16 mai 1892, Honoré HAMIOT est le fils de Narcisse HAMIOT et de Marie DEFACQUE.

Narcisse est originaire de Cambron près d’Abbeville et Marie de Brutelles, commune en partie installée dans le Hâble d’Ault, vaste polder gagné sur la mer au XVIIe siècle par la mise en place de renclôtures puis, le siècle suivant, par la construction d’une digue de galets retirant tout caractère maritime aux terres de bas-champs devenant peu à peu cultivables.

Carte du XVIIIe siècle de Jean-Nicolas Bellin – la digue de galets n’était pas encore fermée près de Cayeux (Bibliothèque Nationale de France)

C’est à Brutelette, lieu-dit situé entre Brutelles et Hautebut, hameau de Woignarue, dans les bas-champs entre Cayeux et Ault, que la famille HAMIOT s’installe en 1895.

Le lieu-dit au bord de la route reliant Saint-Valery au Tréport ne comporte qu’une seule ferme.

Honoré, le chef de famille avait quitté son emploi d’homme d’équipe à la gare d’Abbeville pour venir s’installer dans le village de son épouse, à Brutelles, quelques années plus tôt. Si le premier enfant du couple, Eugène, est né à Abbeville en 1882, c’est à Brutelles que sont nés les suivants : Yvonne en 1885, Irénée en 1888, Anicie en 1891 et Honoré en 1892. C’est à Brutelette, lieu-dit pourtant très proche de Brutelles mais rattaché administrativement à la commune de Woignarue comme le hameau voisin d’Hautebut, qu’est né le dernier enfant de la fratrie HAMIOT prénommé Paul, en 1895.

Même si la petite ferme est éloignée de toute agglomération, la famille ne vit pas en autarcie. Les enfants vont à l’école et à la messe dans le village de Woignarue, et les parents empruntent régulièrement avec leur charrette, la route de grande circulation, pour aller écouler les produits de la ferme et de la basse-cour sur les marchés de Saint-Valery ou de la Ville d’Eu.

Le travail ne manque pas dans la ferme et aucun des enfants devenus adolescents ne part chercher un emploi ailleurs. La ferme des HAMIOT se développe.

En 1907, Eugène, l’aîné de la fratrie, épouse Argentine BELBOUCHE, la fille d’un fermier de Brutelles. Il quitte la ferme familiale pour aller s’installer quelques centaines de mètres plus loin dans celle de ses beaux-parents située sur la Route de Saint-Valery. Il prend rapidement la tête de l’exploitation.

Alors que ses deux frères aînés ont déjà terminé leur période de service militaire, c’est au tour d’Honoré HAMIOT de vivre l’épreuve du Conseil de Révision. A peine âgé de 20 ans, il se présente à l’hôtel de ville du bourg d’Ault pour connaître le sort que l’Armée lui réserve. Jugé apte au service armé, il est affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne. Il prend le train à Lanchères, le 10 octobre 1913 pour rejoindre son unité. Le 120e venant de quitter ses locaux de la caserne Foy à Péronne, c’est à Stenay dans la Meuse qu’Honoré est convoqué. L’Armée française s’est réorganisée et a augmenté la présence des effectifs positionnés près des frontières de l’Est de la France.

Honoré HAMIOT

La guerre est imminente. La déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie, le 28 juillet 1914, entraîne les autres pays des deux alliances qui s’étaient constituées dans un conflit a minima européen. En France, le 1er août, le gouvernement décrète le début de la mobilisation générale au lendemain. Honoré est déjà dans l’Est de la France. Ses deux frères aînés, Eugène et Irénée sont rappelés. Irénée rejoint le 2 août le 128e Régiment d’Infanterie à Abbeville. Eugène le rejoint neuf jours plus tard, quittant sa famille et son épouse, Argentine, enceinte de leur quatrième enfant.

Paul HAMIOT, le dernier fils de la fratrie est encore trop jeune pour être mobilisé. Il sera appelé le 18 décembre 1914.

La ferme de Brutellette va vivre au ralenti pendant toute la Grande Guerre. Les quatre fils sont à la guerre.

Le 22 août 1914, Honoré HAMIOT connaît l’épreuve du feu. Le 120e RI est en Belgique pour tenter d’en déloger les troupes allemandes. Le régiment est décimé. Près de deux cents jeunes hommes de la Somme perdent la vie dans le petit village de Bellontaine. Honoré HAMIOT ne reverra plus jamais le Hâble d’Ault. Il a été tué.

Quelques jours plus tard, Irénée HAMIOT, son frère, meurt dans les terribles combats que mène le 128e RI près de Maurupt-le-Montois dans la Marne.

Eugène, le frère aîné, est évacué début janvier 1915 pour pieds gelés. Dans un hiver particulièrement rigoureux, il n’y a pas que les balles et les obus qui tuent ou font souffrir dans les tranchées de la forêt d’Argonne ! Rentré au dépôt après une période de convalescence, Eugène doit rejoindre le front en renfort. Le 8 mai 1915, il voyage dans le train dont l’arrivée à Nevers est prévue à 7h46. Eugène ne verra jamais Nevers. Le train subit un grave accident. Il figure au nombre des victimes. Mort d’un accident ferroviaire en service commandé, Eugène sera reconnu « Mort pour la France », comme le seront également ses deux frères cadets.

Le jeune Paul HAMIOT, le plus jeune de la fratrie, après quelques mois d’instruction militaire au 8e Régiment d’Infanterie rejoint le front au printemps 1915 à proximité de Verdun. Peu de temps après son arrivée, il est capturé par les Allemands au Bois d’Ailly et envoyé en Allemagne comme prisonnier de guerre. Paul n’est rapatrié que le 19 décembre 1918. Paul est le seul garçon survivant de la fratrie Hamiot. Ses trois frères sont morts. Narcisse et Marie ne voient revenir que le petit Paul. Leurs trois autres garçons ne vieilliront jamais.

Démobilisé en avril 1919, Paul rejoint la ferme de ses parents à Brutelette dont il prend la direction avec leur aide. Paul épouse Blanche Devillers d’Hautebut avec laquelle il a trois enfants, Pierre, André et Guy. Trois garçons heureusement trop jeunes pour être mobilisés en 1939.

La famille quitte la ferme de Brutellette pour une autre, beaucoup moins isolée, située dans le hameau d’Hautebut. Le vieux Narcisse y vivra jusqu’à la fin de sa vie, entouré par l’amour des membres de la famille du seul fils qui lui reste.

A quelques kilomètres de là, à Brutelles, Argentine Veuve Eugène HAMIOT continue d’exploiter la ferme, aidée par ses quatre enfants, Georges, Georgette, Raoul et Paulette, la petite dernière, qui n’a pas eu la chance de connaître son père.

Les noms des trois frères HAMIOT sont inscrits sur le monument aux morts de Brutelles, Irénée et Honoré y étant nés et Eugène y habitant quand la guerre a été déclaré. Le nom d’Eugène est également inscrit sur le monument d’Abbeville, la ville la plus importante de l’Ouest du département, sa commune de naissance. Enfin, sur le monument de Woignarue, dont dépend le lieu-dit de Brutelette, ont été gravés les noms d’Irénée et d’Honoré.

Monument aux morts de Brutelles portant le nom des trois frères HAMIOT. A noter qu’Honoré est inscrit sous le prénom de Narcisse, son premier prénom de l’état-civil. Les frères portaient d’ailleurs, tous les trois, le prénom de leur père, Narcisse, comme premier prénom.

La famille HAMIOT était une famille de fermiers. Une famille de gens simples qui voulaient simplement vivre et cultiver la terre des bas-champs, entre Brutelles et Woignarue. Une famille qui a payé un bien lourd tribut à la guerre et dont l’histoire reste à jamais associée à celle de la Grande Guerre.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Monument aux morts de Woignarue – contrairement à Brutelles, c’est bien le prénom usuel d’Honoré qui a été inscrit
Narcisse Honoré HAMIOT repose au cimetière de Bellefontaine en Belgique
Paul HAMIOT à Hautebut (photo mise à disposition par Laëtitia HAMIOT)

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean-Claude MAISON a réalisé la collecte de données pour les communes de Woignarue et de Brutelles.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près de WOIGNARUE et BRUTELLES :

Lucien MAISON de LANCHERES

Jules BOUBERT de PENDE

Jules VANNIER de CAYEUX-SUR-MER

Alfred PADE d’AULT-ONIVAL

Et tous les autres articles  « UN JOUR, UN PARCOURS » publiés sur notre site

Publié par

4 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Honoré HAMIOT de Brutelles et Woignarue »

  1. Je viens de lire votre article avec une grande émotion Paul Hamiot était mon arrière grand-père. Même si je ne l’ai pas connu votre article à une valeur inestimable. J’ai appris une partie de l’histoire de famille que je ne connaissais pas et vous en suis très reconnaissante. Je serai ravie de pouvoir entrer en contact avec les personnes qui ont écrit l’article et en apprendre plus sur les sources qui leurs ont permis de transcrire cette histoire. Je peux de mon côté vous transmettre une photo de Paul. Cordialement

    J'aime

    1. Bonjour et merci pour votre message qui nous touche. A travers l’histoire de ces jeunes qui avaient 20 ans en 1914, c’est une page d’histoire de notre territoire qui est écrite. Nous prendrons prochainement contact avec vous. Si vous disposez de photos concernant la fratrie HAMIOT, n’hésitez pas à nous les transmettre en version numérique. Nous les insérerons dans l’article. Bien cordialement somme-bellefontaine@orange.fr

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s