UN JOUR, UN PARCOURS – Jules VANNIER de Cayeux-sur-Mer

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 24 septembre 1892, Jules VANNIER est le fils d’Emile VANNIER et d’Emilia FOURNIER.

Après y avoir passé leur jeunesse et s’y être mariés, Emile et Emilia ont quitté leur village d’Ochancourt près de Saint-Valery-sur-Somme, pour s’installer à Cayeux-sur-Mer.

Comme son père et ses frères, Emile a choisi la profession de couvreur. Emilia elle, est issue d’une famille de fermiers de la Rue de Paris à Ochancourt.

Emile et Emilia résident Rue Prélet à Cayeux, une petite rue qui fait la liaison entre la Grande Rue et la Rue Ancel de Caïeu. Le seigneur de Cayeux, prénommé Ancel, était membre d’une des plus puissantes familles de l’Ouest du département de la Somme au Moyen-Age. Vivant au XIIe siècle, Ancel est le fondateur de l’Abbaye de Séry, dans la proche Vallée de la Bresle, à Bouttencourt. La maison d’Emile et Emilia fait l’angle entre la Rue Prélet et la Grande Rue.

Emile monte son entreprise de couverture et embauche plusieurs ouvriers. L’activité du bâtiment connaît un essor extraordinaire à Cayeux comme sur toute la Côte picarde au début du XXe siècle. Alors que la population autochtone, craignant les tempêtes, avait construit les habitations loin du front de mer, les riches visiteurs qui découvrent les bienfaits des bains de mer souhaitent des fenêtres et des balcons avec vue sur la mer. Au plus près de la plage de galets et de sable à Cayeux ou à Brighton, hameau particulièrement prisé par la bourgeoisie . Les grands architectes rivalisent d’originalité pour proposer des œuvres uniques. Dans ce contexte d’exigence, la main d’œuvre qualifiée est recherchée. Le savoir-faire des couvreurs est précieux.

Jules VANNIER devient couvreur et travaille avec son père. Tout naturellement.

Il est l’aîné d’une fratrie qui compte trois enfants. Sa sœur, Madeleine, est née en 1894 et son frère Henri en 1899. Dès le plus jeune âge, Madeleine et Henri apportent aussi leur concours à la réussite de l’entreprise familiale. L’entreprise de couverture se développe et les VANNIER diversifient leur activité, ouvrant un café-pension de famille. Ils lui donnent le nom de « Café de l’Union – VANNIER-FOURNIER ». Un établissement dont le nom rappelle l’union entre Emile VANNIER et Emilia FOURNIER.

Alors que la deuxième décennie du XXe siècle débute, tout se présente pour le mieux pour la famille VANNIER, comme peut le confirmer la belle maison bourgeoise de la Rue Prélet. Jules VANNIER commence à se préparer à l’idée d’effectuer son service militaire. Aucune inquiétude pour l’avenir. Il retrouvera son activité de couvreur et reprendra peut-être même un jour la succession de son père. La vogue des bains de mer et des jeux sur la plage n’est pas prête de s’arrêter et les maisons vont continuer à sortir de terre le long du front de mer.

Alors qu’il n’a pas encore 20 ans, Jules perd sa mère. La pauvre Emilia meurt à l’âge de 42 ans.

Le Conseil de révision réuni à Saint-Valery-sur-Somme juge Jules VANNIER apte au service armé, et l’affecte au 128e Régiment d’Infanterie à Abbeville. Le jeune homme quitte Cayeux, par le train, le 10 octobre 1913 pour rejoindre la caserne Courbet d’Abbeville. Ernest ALPHONSE-TOMAS, Georges DUFRESNE, Gaston LECAT, Joseph PARMENTIER l’accompagnent sur le quai de la gare vers la même destination. Tous les cinq sont incorporés au 128e RI à Abbeville. Maçon, cocher, domestique, pêcheur, ou couvreur, ils sont maintenant sous les drapeaux pendant trois ans et seront avant tout soldats. Dans la caserne, ils retrouvent des centaines de jeunes hommes originaires comme eux de communes de la Côte et du Vimeu.

Le 5 août 1914, les hommes du 128e RI quittent Abbeville pour se rendre par le train dans l’Est de la France. La guerre a été déclarée par l’Allemagne.

Après les premiers combats près de Virton, au Sud du Luxembourg belge, les 22 et 23 août, le 128e RI se replie, comme toutes les unités de l’Armée française, pour rejoindre le prochain théâtre des opérations : la Marne. Le général Joffre a décidé d’y rassembler toutes les forces françaises mobilisées et opérationnelles pour contrer l’avance des Allemands vers Paris.

Sur le trajet entre la frontière belge et le département de la Marne, les 2e et 3e bataillons du 128e RI connaissent une terrible épreuve. Le 31 août au matin, dans le hameau de Fontenois dans les Ardennes, les Français subissent sans vraiment pouvoir répliquer, les tirs de l’artillerie ennemie placée sur les hauteurs du village. En quelques heures, c’est l’hécatombe dans le camp français. En début d’après-midi, alors que les tirs allemands s’espacent, c’est la débandade. Tous ceux qui le peuvent se sauvent et quittent le hameau par le Sud. Médecins, infirmiers et brancardiers restent sur place. Une ambulance a été improvisée dans une habitation du hameau pour y accueillir les blessés, dispenser les premiers soins et pratiquer des interventions chirurgicales de fortune.

Jules VANNIER est gravement blessé. Une balle a touché le genou droit et des éclats d’obus la cuisse gauche. Transporté  du champ de bataille à l’ambulance par les courageux brancardiers qui remplissent leur mission sous les tirs ennemis, Jules ne peut quitter Fontenois. Si l’armée française envoie des troupes en renfort, il pourra partir vers un hôpital français de l’arrière. En revanche, si personne ne vient au secours des Français pris au piège, l’avenir est pour le moins incertain.

Le 1er septembre au matin, les premiers Allemands entrent dans Fontenois. Après avoir expliqué la situation au médecin major, ils demandent aux hommes valides de se débarrasser de toutes leurs armes et de se mettre en marche, vers le Nord, encadrés par des soldats allemands. Les soignants, à l’exception de deux infirmiers tirés au sort, sont considérés également comme prisonniers de guerre et doivent suivre le convoi. Les grands blessés comme Jules sont transportés quelques heures plus tard. Les Allemands ont décidé de les emmener également afin de les soigner en Allemagne et les maintenir en captivité.

Jules doit être amputé. Après avoir été prisonnier à Torkelbau et Konstanz, il est rapatrié d’Allemagne en juillet 1915 par un convoi de grands blessés puis est transféré immédiatement à l’hôpital militaire de Saint-Mandé, et à celui de Saint-Maurice, près de Paris, pour une longue rééducation. Les conditions de transfert et de captivité ont laissé des séquelles. Si l’amputation au niveau de la cuisse gauche l’a peut être sauvé de la mort, une mauvaise cicatrisation et un névrome du moignon empêche d’envisager toute forme d’appareillage. Tout le système nerveux est atteint, provoquant sciatique et raideur des épaules. Jules est réformé définitivement le 11 mars 1916. Les douleurs sont vives et permanentes.

Après plusieurs mois de convalescence, Jules VANNIER rentre à Cayeux-sur-Mer. La commune, comme toutes celles du secteur, est devenue une ville de garnison britannique.

Au début de l’année 1919, alors que les Britanniques quittent leurs casernements pour repartir outre-Manche, les prisonniers de guerre français sont peu à peu rapatriés d’Allemagne. Deux copains reviennent à Cayeux. Georges DUFRESNE, capturé en Argonne, en novembre 1914, a passé toute la guerre en captivité à Giessen. Joseph PARMENTIER, blessé à plusieurs reprises, a été fait prisonnier dans les combats du Chemin des Dames. Il a terminé la guerre dans le camp de Munster, en Allemagne. Après quatre semaines de permission, ils rejoignent leur unité avant d’être démobilisés définitivement à l’été 1919.

Les deux autres copains qui attendaient le train aussi à la gare de Cayeux, le 10 octobre 1913, ne reviendront pas. Ernest ALPHONSE-TOMAS a été tué le 23 juin 1915 à la Tranchée de Calonne, près de Verdun. Quant à Gaston LECAT, s’il a échappé à la mort, le 31 août 1914 à Fontenois, il n’a pas survécu à la Bataille de la Marne. Il a été tué à Maurupt le 13 septembre 1914.

Le handicap de Jules VANNIER condamne définitivement son espoir de reprendre l’entreprise familiale. Un couvreur qui n’a qu’une jambe, ce n’est pas possible ! Habile de ses mains, il devient artisan ferblantier. Après avoir épousé Marguerite en octobre 1919, il quitte la région pour le département du Nord. Jules et Marguerite s’installent à Roubaix.

En 1932, répondant à tous les critères exigés par l’Etat français pour rendre recevable sa candidature d’invalide de guerre, il est promu chevalier de la Légion d’honneur.

Maison d’habitation de la famille et siège de l’entreprise « Emile VANNIER – couverture, plomberie »

Il retourne régulièrement dans la Somme. Son père, Emile, veuf à deux reprises, remarié avec Jeanne TAVERNIER, puis Alise THERY, est couvreur pendant plusieurs années encore. Il est couvreur mais aussi plombier. Jules va souvent visiter son oncle Fernand, couvreur à Feuquières-en-Vimeu. C’est chez lui qu’il est hébergé, en juin 1940, quand l’exode débute dans la région. Après avoir vécu plus de cinq années comme réfugié à Agen, Jules VANNIER revient à Roubaix après la guerre.

Le 31 août 1961, c’est-à-dire 47 ans jour pour jour, après sa blessure de guerre, il est promu au grade d’officier de la Légion d’honneur. 

Jules VANNIER est mort le 23 août 1968, dans sa 76e année.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

La maison où avait habité la famille VANNIER, à l’angle de la Rue Prélet et de la Grande Rue (aujourd’hui Rue du Maréchal Foch) – vue prise au début des années 2010 avant travaux de restauration
Affiche publicitaire mentionnant « Café de l’Union – Vannier-Fournier » visible en entrant à Cayeux par la rue principale (maison située à l’angle de la Rue Prélet et d’actuelle Rue du Maréchal Foch, face à l’ancienne maison des VANNIER)

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Cayeux-sur-Mer.

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3 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Jules VANNIER de Cayeux-sur-Mer »

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