UN JOUR, UN PARCOURS – Emile TÉTU de Tours-en-Vimeu

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 18 août 1891, Emile TÉTU est le fils de Jean-Baptiste TETU et de Rosa GRÉBONVAL.

Jean-Baptiste et Rosa sont fermiers dans la Rue d’Ercourt à Tours-en-Vimeu.

Honoré, Jeanne, Albert, Angèle, Emile, Alida, Jérémie, Alice et Lucie sont les prénoms choisis par Jean-Baptiste et Rosa pour leurs enfants. Avec neuf enfants dont quatre garçons, la ferme peut se développer. Les écarts d’âge sont importants puisque Honoré a déjà plus de 20 ans quand naît Lucie, la petite dernière, mais il y a toujours des bras pour aider Jean-Baptiste aux travaux des champs.

Dans la Rue d’Ercourt, à côté de la ferme des TÉTU on trouve celle des LECAT et celle des NEVEUX. Chez les LECAT, Louis né en 1894 est le seul enfant. Quant aux NEVEUX, ils ont une fille prénommée Antoinette et un garçon, Charles né également en 1894. Louis LECAT et Charles NEVEUX enfants se retrouvent souvent dans la cour de la petite ferme des TÉTU pour y jouer avec Emile, Alida et Jérémie. Emile est né en 1891, Alida en 1893 et Jérémie en 1896.

Puis, peu à peu en grandissant et avec la fin de la scolarité, chacun prend sa place dans la ferme des parents. Même si les exploitations sont modestes, la voie semble toute tracée pour les jeunes hommes de la Rue d’Ercourt.

Lucie est le dernier enfant de la fratrie TÉTU. Jean-Baptiste, le père, décède en 1902, une année après sa naissance. A 42 ans et avec cinq enfants en bas âge à élever, Rosa est veuve. Honoré et Albert, les aînés des neuf enfants, devenus de jeunes adultes, restent pour aider leur mère. Après quelques années, Honoré quitte la ferme et c’est Albert, avec l’aide de ses frères Emile et Jérémie qui dirige l’exploitation agricole.

Incorporé au 16e Bataillon de Chasseurs à pied pour y effectuer son service militaire, Albert part pour deux années. Ses deux frères le remplacent à la ferme. Albert revient en octobre 1909.

Trois ans plus tard, c’est au tour de son frère Emile d’aller remplir son devoir.

Emile est convoqué devant le Conseil de Révision à Moyenneville, commune chef-lieu du canton. Jugé apte, il est incorporé au 1er Régiment de Zouaves. Le 9 octobre 1912 Emile part pour la Tunisie.

Début août 1914, alors qu’il a presque terminé sa deuxième année de service militaire, Emile TÉTU revient en métropole. La guerre est déclarée. Toutes les forces de l’Armée d’Active doivent rejoindre au plus tôt les frontières de l’Est. Traversant la Méditerranée et parcourant près de mille kilomètres en train, le 1er Régiment de Zouaves arrive sur place, à la mi-août. Il livre alors, quelques jours plus tard, dans la région de Charleroi en Belgique, ses premiers combats.

Après la Course vers la mer d’une partie de l’armée allemande et la stabilisation du front fin septembre 1914, les Zouaves sont positionnés en Flandre occidentale, à l’Ouest d’Ypres. Emile est gravement blessé le 25 avril 1915 à Nieuport. Après plusieurs mois d’hospitalisation, il retourne au front.

En 1916, pendant la Bataille de la Somme, Emile TÉTU se distingue lors de l’attaque du bois de Chaulnes et de la contre-attaque qui suit du 21 octobre à 15h au 22 octobre midi. « Il a contribué à assurer entre le bataillon et le lieutenant-colonel commandant le régiment, le service de coureurs qui n’a jamais été interrompu, même aux moments où le bombardement a été le plus vif ».

En juin 1918, Emile TÉTU est dans l’Oise. Depuis près de quatre ans, à l’exception de la période d’hospitalisation suite à la blessure reçue à Nieuport, il n’a jamais quitté l’univers du front et des champs de bataille. C’est toujours avec son régiment, le 1er Régiment de Zouaves, qu’il participe les 12 et 13 juin à la contre-offensive Mangin. Le régiment placé en réserve, suit à faible distance des vagues d’assaut en direction de Marqueglise. S’ils ne combattent pas, les hommes subissent les tirs d’artillerie ennemie.

Emile TÉTU est tué le 13 juin 1918 à Neufvy, près de Gournay-sur-Aronde. Il avait 26 ans.

Albert TÉTU son frère aîné, a été tué dès les premiers jours de la guerre. Mobilisé le 1er août 1914, il est immédiatement envoyé au combat sans préparation militaire préalable. Son service militaire terminé en 1909 et une période de réserve de trois semaines réalisée en septembre 1911 ont suffi à l’estimer opérationnel. Albert TÉTU est mort le 24 août 1914 à La Buissière près de Charleroi, en Belgique. Il avait 28 ans.

Le dernier du trio des frères qui s’occupait de la ferme des TÉTU, Rue d’Ercourt à Tours-en-Vimeu avant la guerre, c’est Jérémie. Trop jeune pour être mobilisé le 1er août 1914, il est incorporé au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied le 9 avril 1915. Au retour de convalescence, suite à la blessure subie au bras gauche par éclats d’obus dans les combats de Rancourt le 27 septembre 1916, il est affecté au 58e BCP. En mars 1917, il rejoint l’Armée d’Orient et part combattre dans le Sud des Balkans. Jérémie TÉTU est tué, le 23 avril 1918, au Mamelon rocheux, près du village de Sals en Albanie. Il avait 21 ans.

Les trois frères TÉTU sont morts.

Charles NEVEUX, le voisin, ne reviendra pas non plus. Il a été tué en juin 1918 par éclat de torpille. Antoinette n’a plus de frère.

Louis LECAT est le seul rescapé. Il rentre au village en avril 1919. Louis a connu l’enfer. Déjà évacué à plusieurs reprises pour maladies ou blessures, il a été victime d’un coup de feu à la tête le 17 juillet 1918 alors que son régiment, le 18e Bataillon de Chasseurs à Pied, combattait dans le secteur de Dormans, dans la Marne. La blessure est très grave. Louis est trépané. Fortement diminué, Louis retrouve ses parents à Tours-en-Vimeu. Leur fils est vivant. C’est bien là l’essentiel !

Dans la ferme des TÉTU, c’est la consternation. Après celle de son mari, la perte de ses trois garçons plonge Rosa dans la détresse. Elle arrive toutefois, avec l’aide de ses deux dernières filles Alice et Lucie, à poursuivre l’exploitation de la ferme.

Dans la ferme des NEVEUX, Antoinette aide ses parents. Puis elle se marie avec Bernard DEVISMES de Saigneville et l’emmène vivre dans la ferme familiale. Bernard, qui a fait toute la guerre au 51e Régiment d’Infanterie, est revenu avec le grade de sous-lieutenant … et une balle dans la cuisse droite. Antoinette et Bernard reprennent l’exploitation. Bernard qui était serrurier avant la guerre devient agriculteur. L’exploitation des NEVEUX peut survivre.

Dans la ferme des LECAT, il n’y aura pas d’épouse et pas d’enfant. Louis reste seul avec ses parents. La vie s’organise à trois. Le handicap est bien présent mais l’amour filial en atténue la douleur.

La souscription publique « en vue de l’érection d’un monument commémoratif en l’honneur des enfants de la commune Morts pour la Patrie » a rencontré un vif succès. Plus de 12 000 francs ont été récoltés. Rosa TÉTU et ses deux filles, Alice et Lucie, ont donné 60 francs, les LECAT 50 francs et les NEVEUX 200 francs, des sommes très importantes pour ces familles modestes. Les jeunes victimes de la Grande Guerre méritent bien un tel hommage.

Extrait de la souscription publique pour l’érection du monument à Tours (AD80)

Malheureusement, une querelle vient ternir l’inauguration du monument.

Le conseil municipal souhaite que ce monument soit installé au centre du cimetière communal. Les parents des « soldats du pays morts pour la France » ne sont pas d’accord et veulent que le monument soit bien visible de tous, placé au coin du cimetière sur la route d’Abbeville à Gamaches. Une pétition est envoyée au ministre de l’Intérieur le 11 juillet 1921. Rosa TÉTU en est une des premières signataires. Le sous-préfet, puis le préfet de la Somme émettent un avis négatif à la réclamation des parents.

Première page de la pétition contestant la décision d’implantation du monument dans le cimetière – on y trouve les signatures de « Vve Tétu Rosa; Lecat Louis mutilé; Neveux Charles » (11 juillet 1921 – AD80)

L’inauguration du monument a lieu le dimanche 31 juillet 1921. Il est érigé, malgré l’avis quasi unanime de la population, au centre du cimetière et n’est donc pas visible de la rue. Le matin, la cérémonie organisée par la municipalité est « des plus modeste » comme on peut le lire dans Bresle et Vimeuse. Le cortège composé des membres du conseil municipal et des instituteurs et institutrices comporte dix-sept personnes au total. Tous les Anciens Combattants et les familles des victimes ont refusé de participer à la cérémonie. Une autre manifestation est organisée à cinq heures de l’après-midi. Un gigantesque cortège se constitue, avec à sa tête, les anciens combattants de 1870, suivis par les pupilles de la nation, les mutilés de guerre, puis les veuves et parents touchés par la guerre, les anciens combattants – dont plusieurs n’ont pas encore 25 ans – et une partie importante de la population. Le cortège s’arrête une première fois devant le monument. D’émouvants discours sont prononcés et le monument est recouvert de fleurs. Le cortège parcourt ensuite toutes les rues du village, marquant un temps d’arrêt devant la maison de chaque disparu, avant de revenir se disloquer à l’endroit où aurait dû être érigé le monument.

Bresle et Vimeuse – 6 août 1921 (AD80)

Alice et Lucie TÉTU sont restées avec leur mère pendant trois ou quatre ans, puis sont parties construire leur vie ailleurs. La ferme de la Rue d’Ercourt s’est vidée. Rosa veuve et mère de trois fils tués à la guerre y a vécu seule encore quelques années. Puis la page s’est tournée.

Comme elle l’avait souhaité, le monument aux morts sur lequel figure les noms de ses trois fils est aujourd’hui bien visible de tous.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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