UN JOUR, UN PARCOURS – Clotaire FOURNIER de Maisnières-en-Vimeu

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 14 avril 1893, Clotaire FOURNIER est le fils de Florent FOURNIER et de Victoria GUENARD.

Florent est originaire de Brexent-Enocq dans le Pas-de-Calais, entre Montreuil et Le Touquet. Il est venu chercher du travail comme serrurier sur le plateau du Vimeu, dans le secteur de Feuquières. Non loin de là se trouve la charmante vallée de la Vimeuse, petite rivière rejoignant la Bresle à Gamaches. C’est dans cette vallée, dans le chef-lieu de la commune de Maisnières, que Florent a rencontré la femme de sa vie. Elle se prénomme Victoria.

Victoria est la fille d’un charpentier. Sa famille réside Chemin « de Maisnières à Oisemont ». Les charpentiers sont nombreux dans cette vallée boisée. En 1882, Florent épouse Victoria et le couple s’installe à Maisnières, à proximité de Charles GUENARD, le père de Victoria. Une année plus tard naît Clovis le premier de leurs enfants.

La vie n’est malheureusement pas un long fleuve tranquille, même dans la riante vallée de la Vimeuse. La mortalité infantile frappe durement la famille FOURNIER. Prudence, la première fille, meurt dans sa deuxième année et Raoul, né l’année suivante, ne survit que quelques jours après la naissance. Chaque grossesse qui vient alors ensuite s’accompagne de l’angoisse du malheur à venir. Il n’en est rien. Marie, Maurice, Clotaire et Emile, survivront et viendront agrandir la belle famille de Florent et Victoria.

La commune de Maisnières, composée du chef-lieu et de cinq hameaux importants, s’étend dans tout le lit de la vallée jusqu’à l’entrée de Gamaches. Les hameaux se nomment Courtieux, Handréchy, Harcelaines, Visse et Monchelet.

Les copains du même âge ne sont pas très nombreux dans une commune qui compte à peine plus de 500 habitants. Fernand TERNOIS et Germain LANGLET, le fils de l’instituteur, habitent comme Clotaire FOURNIER dans le chef-lieu, près de la mairie-école et de l’église. Certains copains comme Olivier HAUDRECHY, fils de cultivateur à Courtieux ou Roland HY, qui vit avec sa mère et son beau-père à Harcelaines,  parcourent plusieurs kilomètres pour venir suivre les cours de Monsieur LANGLET ou écouter les sermons de l’abbé VASSEUR.

Après la fin de scolarité, les garçons du village trouvent facilement du travail dans ce secteur de la Somme. Les fermes sont nombreuses. La laiterie de Monchelet a besoin de main d’oeuvre. Les artisans et les commerces aussi. Les fabriques de serrurerie et de textile se développent autant sur le plateau du Vimeu que dans la vallée de la Bresle. Clotaire devient ouvrier-fondeur, alors que ses frères aînés sont charpentier pour Clovis et cuisinier pour Maurice. Emile, le plus jeune des fils FOURNIER, devient apprenti boulanger.

A 20 ans, Clotaire passe devant le Conseil de Révision à l’hôtel de ville de Gamaches. Il est jugé apte au service armé et doit rejoindre le 128e Régiment d’Infanterie à Abbeville pour y effectuer son service militaire tout comme son copain Roland HY. Cette affectation leur convient bien car elle leur permet de retrouver Fernand TERNOIS et Olivier HAUDRECHY pensionnaires de la caserne Courbet d’Abbeville depuis une année déjà.  Germain LANGLET est encore trop jeune pour partir, mais peut-être, avec un peu de chance, les rejoindra-t-il pour le service militaire ?

Le 27 novembre 1913, Clotaire FOURNIER et Roland HY prennent le train de la voie économique Gamaches-Longpré en gare de Maisnières.

Début mai 1914, Clotaire reçoit une mauvaise nouvelle. Il doit quitter ses copains. Une réorganisation de l’armée nécessite des transferts d’effectifs entre plusieurs régiments de la région militaire d’Amiens et ça tombe sur lui. Clotaire FOURNIER est affecté au 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais. Même si de nombreux jeunes hommes de la Somme sont présents dans ce régiment, ce n’est pas comme avec le 128e. Clotaire est séparé de ses copains de Maisnières.

Quand la guerre est déclarée, les deux régiments doivent quitter les casernes picardes pour rejoindre l’Est de la France. Le 51e comme le 128e RI quittent la région le 5 août vers Dun-sur-Meuse.

Les deux régiments intégrés à la 3e Division d’infanterie combattent à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, aussi bien à la frontière belge le 22 août, que dans la Marne début septembre. Puis les deux régiments participent au début de la guerre de position dans les tranchées de la forêt d’Argonne à l’automne 1914.

Le 21 décembre, Clotaire est gravement blessé et évacué vers l’hôpital où il reste en soins plus de six mois. Il ne revient au front qu’en janvier 1916. Trois mois plus tard, dans la Meuse, il est à nouveau blessé. Un éclat d’obus lui a touché le bras gauche. Nouveau séjour à l’hôpital et retour au front après plusieurs mois de convalescence. En juillet 1918, Clotaire FOURNIER est porté disparu, près de Mailly-Raineval dans la Somme. Les combats sont définitivement terminés pour lui. Clotaire n’est pas mort. Il a été capturé par les Allemands et emmené en Allemagne au camp de Gressen.

Clotaire FOURNIER est rapatrié en décembre 1918, après la signature de l’Armistice. Après quatre semaines de permission, il rejoint le 128e RI et quelques semaines plus tard, il est mis à la disposition des chemins de fer du Nord. Démobilisé, il deviendra ensuite cheminot pendant toute sa vie. Cantonnier à Amiens, puis aide-ouvrier conducteur de draisienne à Serqueux, en Seine-Inférieure.

Que sont devenus les copains du service militaire ?

Olivier HAUDRECHY a été fait prisonnier le 31 août 1914 à Fontenois dans les Ardennes. Blessé à la fesse droite, il a été capturé par l’ennemi et emmené  en Allemagne. Prisonnier Outre-Rhin pendant toute la guerre il n’a été rapatrié que le 24 décembre 1918. Il a toujours gardé des séquelles de sa blessure.

Roland HY a été tué pendant la Bataille de la Marne. Il est tombé le 13 septembre 1914 à Maurupt-le-Montois.

Quant à Fernand TERNOIS, il a été tué le 30 octobre 1914 dans le Bois de la Gruerie, en Argonne.

Quelle a été la guerre des frères FOURNIER ?

Clovis FOURNIER, l’aîné, a été gravement blessé au bras gauche en 1915 dans le secteur de Verdun. Jugé inapte au combat, il a été détaché pendant quelques mois comme charpentier à l’usine Villard et fils, de Marseille, avant de terminer la guerre dans un régiment de hussards.

Maurice FOURNIER a vécu la guerre au plus près des combats, tout en ne combattant pas. Infirmier et brancardier, il a vécu l’horreur au quotidien. Même si les balles l’ont évité, la maladie l’a atteint. Toute la vie il a vécu avec une faiblesse pulmonaire directement liée aux épouvantables conditions de vie rencontrées pendant plus de quatre années.

Emile FOURNIER, le plus jeune des frères, a été mobilisé en avril 1915. Il a, lui aussi, rempli la mission de brancardier. En mai 1917, sa conduite courageuse lui vaut une citation à l’ordre du régiment. Le 27 mai 1918 il est déclaré disparu. Prisonnier en Allemagne, il est rapatrié le 15 décembre 1918.

Si leurs quatre fils ont été fortement éprouvés pendant le conflit, ils ont tous survécu. Florent et Victoria ont vu tous leurs fils revenir et ils vivent cette situation comme un miracle. La guerre a tué tellement d’enfants.

Le jeune Germain LANGLET, le fils unique de l’instituteur de Maisnières, a été tué le 1er juin 1917 à Laffaux, dans l’Aisne. Il avait 22 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET et Jean-Claude MAISON ont réalisé la collecte de données pour la commune de Maisnières-en-Vimeu.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près de  MAISNIERES-EN-VIMEU

Joseph MENIVAL de GAMACHES

Joseph DESANGLOIS de VISMES-AU-VAL

Emile TETU de TOURS-EN-VIMEU

Auguste VUE de BEAUCHAMPS

Alfred JOLIS de BOUILLANCOURT-EN-SERY

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