ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Charles ROMAIN de Villers-Faucon

Né le 13 août 1892, Charles ROMAIN est le fils d’Ulysse ROMAIN et de Lucie MENNECIER.

Ulysse et Lucie sont tous deux originaires du canton de Roisel, à l’extrême Est du département de la Somme. Ulysse est né à Villers-Faucon et Lucie, son épouse, à Heudicourt.

Mariés le 11 juin 1888, Ulysse et Lucie se sont installés à Villers-Faucon, Impasse de Saint-Quentin. Ulysse est tisseur.

Charles est leur premier enfant, suivi trois ans plus tard par un autre garçon prénommé Lucien.

Villers-Faucon est un bourg assez important du canton de Roisel. Il compte près de 1 400 habitants au début du XXe siècle. L’activité agricole y est prépondérante mais on compte également plusieurs fabriques. La plus grande d’entre elles est la fabrique de sucre située dans le hameau de Leuilly. La gare située sur la ligne de chemin de fer de Vélu à Bertincourt permet de relier la commune aux réseaux ferrés vers Saint-Quentin et vers Amiens.

Charles et Lucien, les deux seuls membres de la fratrie, sont de bons élèves. Après leur scolarité dans l’école publique de Villers-Faucon, les deux garçons s’orientent vers le commerce. Charles devient apprenti comptable et Lucien, garçon épicier.

A l’âge de 20 ans, Charles ROMAIN est convoqué devant le Conseil de Révision de Roisel. Il est jugé apte au service armé. Le 9 octobre 1913, il se rend à la gare de Villers-Faucon pour rejoindre son lieu de casernement. Charles ROMAIN peut estimer qu’il n’a pas eu de chance. Contrairement à la plupart des copains de son âge, il n’est affecté ni au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne, ni au 87e RI de Saint-Quentin. Ils ne sont que trois, à Villers-Faucon, à devoir rejoindre le 72e RI d’Amiens. Sur le quai de la gare, Charles ROMAIN retrouve Théophile THUET et Georget PERNOIS. Ils se connaissent très bien, ayant partagé de nombreux moments depuis leur plus tendre enfance.

Finalement, la chance sourit un peu aux trois Villérois puisque, suite à la réorganisation des unités de la Région militaire d’Amiens, si la partie la plus importante du régiment reste casernée à Amiens, plusieurs compagnies du 72e RI sont installées à Péronne. La caserne Foy vient d’être libérée par le 120e RI. Le régiment de Péronne a quitté la Somme pour rejoindre le département de la Meuse. La cité de Péronne n’est distante de Villers-Faucon que de 15 kilomètres.

Les jeunes de la Classe 1912 du canton de Roisel qui débutent leur service militaire au 72e RI, en ce 9 octobre 1913, sont très peu nombreux. Une petite quinzaine, tout au plus. Charles ROMAIN connaît plusieurs d’entre eux, originaires des communes les plus proches de chez lui : Louis LANGLET et André FOUCQUE de Roisel, Charles DUME de Templeux-le-Guérard, Gaston LEVERT de Templeux-la-Fosse, Joseph BLERIOT de Tincourt-Boucly. Les jeunes hommes se sont déjà rencontrés à plusieurs reprises à l’occasion de foires agricoles et de fêtes organisées dans les villages les plus proches.

Pendant les premiers mois de service militaire, des liens de camaraderie se tissent au sein de la caserne avec d’autres jeunes venant aussi bien du Vimeu, du Ponthieu, de l’Amiénois que du Santerre. Mais c’est toujours une joie de pouvoir parler du pays avec les gars du canton !

Le 3 août 1914, la guerre est déclarée par l’Allemagne. Les jeunes hommes de la Classe 1912 qui viennent de passer 10 mois ensemble savent qu’ils vont partir combattre dans peu de temps. Ensemble.

Le 5 août, le 72e RI quitte ses locaux d’Amiens et de Péronne pour rejoindre le secteur de Stenay dans le Nord de la Meuse. Les premiers combats ont lieu le 22 août au Nord de Montmédy, de l’autre côté de la frontière belge. Les hommes du 72e, positionnés en retrait des champs de bataille autour de Virton, sont relativement épargnés par les meurtriers combats de cette Bataille des Frontières. Pendant la Retraite, ils ont à déplorer des pertes plus importantes notamment dans le combat de Cesse pour empêcher les Allemands de franchir la Meuse, puis dans le Sud des Ardennes vers Bar-les-Buzancy.

Le 5 septembre 1914, les rescapés du 72e RI sont positionnés dans le Sud de la Marne, entre Vitry-le-François et Bar-le-Duc. La mission qui leur est confiée est de protéger les ponts sur les rivières Saulx et Ornain ainsi que ceux sur le canal de la Marne. L’ordre du Haut-Commandement est sans ambiguïté : « résister jusqu’à la mort »…

Les combats de Pargny-sur-Saulx et Maurupt-le-Montois auxquels participent les hommes du 72e RI sont particulièrement meurtriers. En 5 jours de combat, du 6 au 10 septembre, le 72e RI est décimé.

Théophile THUET et Georget PERNOIS, les copains de Villers-Faucon, sont tués. Charles DUME, de Templeux-le-Guérard, blessé, est évacué vers l’arrière. Il a été touché dans le bas du dos, dans le flanc droit et dans la cuisse droite par des éclats d’obus.

Ils étaient 8 à débuter le service militaire ensemble, onze mois plus tôt. Il en manque déjà 3. Charles ROMAIN et ses copains rescapés, Louis LANGLET, André FOUCQUE, Joseph BLERIOT, Gaston LEVERT sont profondément traumatisés par ce qu’ils ont vécu. A Maurupt et à Pargny, les morts se comptent par centaines. Pour la plupart, il s’agissait de copains de la caserne. Des centaines de morts ayant un visage et un nom. Le traumatisme est amplifié par la détresse des civils qui n’ont pas été évacués et par les destructions massives des villages. A la mi-septembre 1914, tout n’est plus que ruine dans ce secteur de la Marne.

La guerre n’est pas finie. Quatre jours après la fin des combats, le 72e RI s’est déplacé vers le Nord-Est, en Argonne sur une ligne où les Allemands ont décidé de stopper leur retraite. La guerre de position va commencer. Une guerre de tranchées, de sang, de larmes, de boue, de froid. Pendant plus de quatre mois, de la mi-septembre à la fin janvier 1915, les hommes souffrent. Les conditions de vie sont inhumaines.

Gaston LEVERT, de Templeux-la-Fosse, est évacué vers le dépôt du régiment dès le début octobre 1914. La Commission de réforme de Morlaix le juge inapte à poursuivre la guerre et le réforme immédiatement pour « troubles mentaux ».

Quelques jours plus tard, le 15 octobre, Louis LANGLET est évacué pour pieds gelés et fièvre typhoïde.

Le 27 octobre, Charles ROMAIN est évacué également. Alors qu’il venait d’être promu caporal-fourrier, la maladie le frappe. Après de longs séjours dans les hôpitaux autour de Saint-Etienne, il est envoyé dans un centre de convalescence pendant deux mois. En avril 1915, il est affecté au dépôt du 72e RI à Morlaix. Après plusieurs passages devant les commissions médicales, Charles est jugé inapte à servir aux armées. Charles ROMAIN ne retournera pas sur les champs de bataille mais un autre combat se poursuit. Celui contre la maladie. « Dyspepsie gastro-intestinale, amaigrissement, mauvais état général, douleurs épigastriques, constipation ». Plus de dix ans après la signature de l’Armistice, quand une nouvelle commission médicale examine son cas, elle met en évidence que la santé du pauvre Charles ROMAIN ne s’est pas améliorée…

André FOUCQUE a également été transféré au dépôt du régiment. Le traumatisme des premiers mois de guerre était trop violent. André est réformé définitivement par la Commission Spéciale de Quimper pour « épilepsie constatée ».

Louis LANGLET, hospitalisé à l’hôpital militaire de Marseille depuis le 15 octobre 1914 succombe des conséquences de la fièvre typhoïde le 18 mars 1915.

Après quelques mois de guerre, l’équipe des copains du canton de Roisel est réduite presque à néant.

Joseph BLERIOT est le seul à survivre au début de la guerre sans dommage physique. C’est au 245e RI que Joseph poursuit le combat à partir de juillet 1916. Il est tué le 24 septembre 1917 au Bois de Chaume près de Verdun.

Après sa grave blessure du début septembre 1914, Charles DUME a passé plusieurs mois de convalescence au dépôt du régiment à Morlaix. En juin 1915, c’est dans le 1er Régiment de Génie qu’il est envoyé en renfort. Charles ne sera plus blessé et il connaîtra la fin de la guerre. Les séquelles restent toutefois bien présentes provoquant jusqu’à la fin de sa vie une « gêne respiratoire suite de blessures de guerre par éclats d’obus à l’hémithorax droit ».

Le 9 octobre 1913, ils étaient huit du canton de Roisel à franchir la porte de la caserne pour effectuer leur service militaire au 72e Régiment d’Infanterie. Huit jeunes hommes qui avaient à peine plus de 20 ans. Quatre d’entre eux ont été tués et les quatre autres porteront jusqu’au bout de leur vie le lourd fardeau des maladies, des douleurs, des suites de blessures de guerre, tout en devant composer avec cette terrible culpabilité d’avoir survécu.

Georget PERNOIS et Théophile THUET avaient 22 ans. Louis LANGLET avait 23 ans et Joseph BLERIOT en avait 25.

Pendant les deux premiers mois de la guerre, le 72e Régiment d’Infanterie a perdu environ 2 000 des 3 000 hommes qui composaient le régiment début août 1914. 3 000 copains qui effectuaient leur service militaire ensemble quand la guerre a été déclarée.

Le frère cadet de Charles ROMAIN, Lucien, né en 1895, a été mobilisé en décembre 1914. Tout en ayant participé à de nombreux combats, y compris sur le sol italien, Lucien n’a pas été blessé pendant la Grande Guerre. Rappelé à l’activité en mars 1940, à l’occasion de la Seconde Guerre mondiale, Lucien a été fait prisonnier par les Allemands. Interné au Stalag 172, il n’a été libéré qu’en décembre 1940.  Il a pu ensuite poursuivre sa vie à Villers-Faucon.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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