ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Henri HOLLINGUE d’Ault

Né le 22 mai 1891, Henri HOLLINGUE est le fils de François HOLLINGUE et de Clémence DESJARDIN. Clémence se prénomme pour l’état-civil Marianne Augustine, mais à Ault tout le monde l’appelle Clémence.

François est boulanger dans la Rue des Fonts Bénits, une rue du centre bourg parallèle à la Grande Rue. Dès son plus jeune âge, Henri vit dans la boulangerie familiale. Avec sa cousine, Blanche, qui loge chez François et Clémence, le jeune Henri aide comme il peut ses parents dans le petit commerce. Il lui arrive régulièrement d’aller effectuer quelques livraisons. L’été, le bourg d’Ault devient une ville très fréquentée. Les familles bourgeoises de Paris, d’Amiens et de Lille en ont fait une de leurs destinations de villégiature favorites.

A la basse-saison, le petit chef-lieu de canton compte environ 1 800 habitants. L’activité principale reste la serrurerie. L’été, le commerce devient florissant. Les plus jeunes se font facilement embaucher dans les hôtels, cafés et restaurants. Les plus anciens ramassent des moules et coquillages et pêchent du poisson pour les estivants. La commune a vu se construire de nombreuses villas. Pour en assurer la construction et l’entretien, les métiers du bâtiment sont très représentés.

Quand ils ne sont pas commerçants, les pères des copains sont souvent maçons, couvreurs, peintres ou serruriers. Et beaucoup d’autres sont journaliers, travaillant là où le travail se présente, sur la terre comme sur la mer.

Le père de Joseph HURTEL est couvreur. Celui d’Emile D’HIERRE est serrurier.

Joseph et Emile sont des copains. Comme Henri, ils sont nés en 1891. Ce ne sont pas des amis mais ils se connaissent très bien. L’école, le catéchisme, les matchs de football, ils ont vécu tellement de moments ensemble.

Comme tous les jeunes de la Classe 1911, ils passent en même temps devant le Conseil de Révision à la mairie d’Ault. Jugés aptes, Henri HOLLINGUE, Joseph HURTEL et Emile D’HIERRE reçoivent tous les trois leur affectation pour le régiment caserné à Abbeville, la plus grande ville de l’Ouest du département de la Somme. Ils doivent rejoindre le 10 octobre 1912 la caserne Courbet d’Abbeville où est installé le 3e Bataillon du 128e Régiment d’Infanterie.

Les 3 jeunes Aultois partagent alors la vie de caserne. La vie de soldat est rythmée par le décompte des jours. Décompte avant la prochaine permission, décompte avant le tour de corvées, décompte avant la libération finale. Cette vie est également remplie de projets et de rêves. Que feront-ils après le service militaire ? Vont-ils exercer le même métier que leurs pères ? Vont-ils se marier ? Combien d’enfants auront-ils ? A 20 ans, la vie est devant soi, comme on dit…

Le 2 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. La fin du service militaire était pourtant proche pour Henri, Joseph et Emile. Il leur reste seulement 60 jours à vivre dans la caserne. Deux petits mois avant de se lancer dans leur vie civile d’adulte ! A Ault…

Les 3 bataillons du 128e RI quittent Abbeville et Amiens le 5 août. Ils rejoignent par le train, après neuf heures de trajet, la gare de Dun-sur-Meuse dans le Nord du département de la Meuse.

Les jeunes appelés du 128e RI connaissent l’épreuve du feu le 22 août en Belgique dans les combats destinés à chasser les Allemands des hauteurs de Virton, près de la frontière française. Les Allemands résistent et leur artillerie est particulièrement dévastatrice. Plusieurs jeunes du Bataillon y sont tués ou blessés. Le soir du 22 août, Henri HOLLINGUE, Joseph HURTEL et Emile D’HIERRE sont toujours en vie. Mais quel traumatisme ! Il leur est difficile de croire, comme l’écrivent certains journalistes, que la guerre sera courte. Et même si elle l’est, les morts seront nombreux. En une seule journée, les pertes françaises se comptent déjà par dizaines de milliers.

Le 25 août, le général Joffre ordonne le repli des troupes vers le Sud. L’objectif est de réorganiser les unités qui ont subi de fortes pertes et de rassembler tous les hommes aptes au combat dans un endroit favorable au combat contre les soldats du Kaiser Guillaume II. Pour les régiments de la région d’Amiens, le secteur choisi sera celui entre Saint-Dizier et Vitry-le-François dans le Sud de la Marne.

Du 26 août au 4 septembre, la stratégie de l’état-major français est de retarder l’ennemi lancé à sa poursuite dans la Meuse, dans les Ardennes et dans l’Aisne pour permettre au gros des troupes de disposer du temps nécessaire pour s’organiser efficacement une fois arrivé au lieu de destination. Le 29 août, le 128e RI, positionné en arrière-garde de cette retraite, reçoit l’ordre de s’arrêter et d’attendre les Allemands. Le 31 août, deux bataillons – le 2e et le 3e – gagnent dès l’aube le hameau de Fontenois en vue de lancer une attaque vers le village de Saint-Pierremont où viennent d’arriver les Allemands. Si l’offensive est bien lancée, elle se solde par un massacre. Les 5 batteries d’artillerie allemande, idéalement positionnées, ne laissent aucune chance aux fantassins français qui s’élancent sur la colline entre Fontenois et Saint-Pierremont.

Emile D’HIERRE est gravement blessé. Transporté après le combat vers le poste de secours régimentaire installé dans une grange du hameau de Fontenois, il succombe à ses blessures.

Certaines compagnies comme celle d’Emile, la 12e, ont été complètement décimées. Au moins 130 copains des 2e et 3e bataillons ont été tués et plus de 300 sont blessés. En moins de 5 heures …

Pour les rescapés qui peuvent fuir le hameau de Fontenois en début d’après-midi, le traumatisme est profond. Pour Henri et Joseph, la mort a frappé leur copain.

Même s’ils savaient que la guerre bousculait toutes les prévisions, les copains de la Classe 1911 continuaient à compter les jours. Quand Emile D’HIERRE a disparu, ils étaient à moins de trente jours de la date de la fin programmée du service militaire.

Le 4 septembre, le 128e RI prend position près de Pargny-sur-Saulx. Les combats y débutent deux jours plus tard. La mort frappe encore lourdement les hommes du 128e RI de la Somme. Le 10 septembre, Joseph HURTEL est tué sur le territoire de la commune de Maurupt-le-Montois.

Henri HOLLINGUE se sait chanceux d’être encore en vie, mais il sait aussi qu’un long chemin de croix l’attend. A moins que la mort ne vienne l’arracher à l’amour de ses parents et de sa cousine Blanche.

Henri connaît le début de la guerre de position. Le 128e y défend ses tranchées dans la Bois de la Gruerie, en Forêt d’Argonne. Au printemps 1915, Henri est transféré au 402e Régiment d’Infanterie. Ce nouveau régiment constitué avec des hommes d’unités du 2e Corps d’Armée d’Amiens et du 11e CA de Nantes a besoin de sous-officiers confirmés. Promu caporal pendant son service militaire, Henri HOLLINGUE a été nommé sergent à l’issue de la Bataille de la Marne. Depuis peu de temps dans son nouveau régiment, Henri est promu sergent-major.

Le 29 septembre 1915, à Sainte-Marie à Py, Henri, blessé par balle au coude gauche, est capturé par les Allemands. Captif en Allemagne pendant près de deux années, Henri HOLLINGUE est rapatrié en juillet 1917 dans un convoi de grands blessés. Il rejoint l’Hôpital N°29 de Toulouse où il séjourne pendant de longs mois.

Henri HOLLINGUE ne retrouvera jamais l’usage de son bras gauche. Avant la signature de l’Armistice, Henri est envoyé vers le dépôt du régiment. Il ne retourne pas au front.

Après la guerre, Henri quitte la commune d’Ault et épouse Marguerite CLOPE, une jeune fille originaire de Cambrai.

La vie civile apporte aussi son lot d’épreuves. Après le décès de Marguerite, Henri HOLLINGUE poursuit sa vie à Abbeville. Après la Seconde Guerre mondiale, il y épouse Marie Louise ERIPRET.

En passant à proximité du Boulevard Vauban ou de la Route d’Amiens, Henri devait souvent repenser aux deux années de service militaire vécues dans la Caserne Courbet. Deux années vécues aux côtés des copains Aultois Emile D’HIERRE et de Joseph HURTEL. Deux copains tombés en Ardennes et dans la Marne qui ont 23 ans pour toujours.

Henri HOLLINGUE est décédé à Abbeville le 2 janvier 1968 à l’âge de 76 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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