UN JOUR, UN PARCOURS – Fernand GUAQUERE de Bernay-en-Ponthieu

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 2 août 1892, Jean-Baptiste Alphonse Ernest GUAQUERE est rapidement devenu Fernand GUAQUERE.

François GUAQUERE, le père, a déclaré la naissance de son fils à la mairie de Bernay-en-Ponthieu, en listant les prénoms officiels dont aucun n’a jamais été utilisé pour désigner l’enfant. Pourquoi Fernand ? Nul ne le sait. Par contre, ce prénom l’a suivi toute sa vie, y compris adulte.

Fernand GUAQUERE est le fils aîné de François GUAQUERE, bûcheron, originaire de Bernay et d’Ernestine ETIENNE, née dans la ville voisine de Rue. Viendront ensuite Albertine, René, Lucie et Amélie.

Le grand-père paternel de Fernand était bûcheron à Bernay et son grand-père maternel, le père d’Ernestine, était charron à Rue.

Fernand passe sa jeunesse à Bernay, dans ce petit village du Ponthieu, qui compte 400 habitants à la fin du XIXe siècle. La forêt de Crécy-en-Ponthieu longe le territoire de la commune.

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Parmi les copains de Fernand, il y a plusieurs cousins ou petits-cousins. On trouve Octave CARPENTIER, le fils de sa tante Elisa et Raymond LEMAIRE, orphelin recueilli par la tante Léontine. Tous les deux sont cousins germains de Fernand GUAQUERE.

L’activité principale à Bernay est l’agriculture. A l’adolescence, François, l’aîné de la fratrie, doit chercher du travail. Ses frères et soeurs en feront de même dans quelques années, mais pour l’instant, c’est son tour.   Le métier de son  père ne lui convient pas. Bien sûr, il aime la nature, mais il ne veut pas être bûcheron. Il veut s’occuper des animaux. Fernand veut devenir vacher ou berger.

La famille quitte Bernay pour aller s’installer à Machy, village voisin. Fernand devient vacher chez Ferdinand LIEGE où il travaille quelques années.

Puis il quitte Machy pour Nouvion-en-Ponthieu. Fernand trouve du travail à la Ferme des Moines. Le fermier, Donat PIOLE, y vit avec sa femme, ses enfants, ainsi qu’avec un domestique agricole venu de Lamotte-Buleux. Il est à la recherche d’un berger et le jeune homme lui convient. Le fermier l’embauche, offrant le gîte et le couvert. La belle vie commence pour Fernand. Une vie de communion avec la nature et avec ses bêtes, dans les près salés de la Baie de Somme…

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A 20 ans, comme les autres garçons de son âge, Fernand passe devant le Conseil de Révision, à l’hôtel de ville de Rue. Jugé apte au service armé, il est affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne.

Il est incorporé en même temps que son cousin, Raymond LEMAIRE, le 9 octobre 1913, mais pas dans le même régiment. Raymond part dans un régiment de Zouaves, le 2e Régiment de Marche Zouaves.

Fernand GUAQUERE part directement à Stenay, dans la Meuse. Le 120e RI a quitté Péronne. Quelques jours plus tard, il voit arriver Octave CARPENTIER, à la caserne Chanzy de Stenay. Octave CARPENTIER est incorporé, comme son cousin, au 120e RI. Les années d’éloignement du canton qu’ils n’avaient quasiment jamais quitté vont être plus faciles à supporter.

Le 2 août 1914, jour anniversaire de Fernand, des millions de Français sont dans les gares pour rejoindre leur lieu d’affectation, suite à la Mobilisation générale. Fernand GUAQUERE et Octave CARPENTIER, eux, ont déjà été préparés à l’imminence de combats à mener. Une première escarmouche se déroule le 10 août, à Mangiennes, dans la Meuse. Les Français repoussent les quelques dizaines d’Allemands qui avaient franchi la frontière. Cette victoire laisse présager une fin rapide de la guerre dans la tête des jeunes soldats. Mais quand vient l’heure de l’offensive française en Belgique, le 22 août, destinée à repousser définitivement l’envahisseur allemand, plus personne ne pense que la victoire va être simple.

L’Etat-major français est persuadé que les troupes allemandes sont à plus de 20 km de la frontière française. Quand les hommes du 120e s’engagent, le 22 août au matin, dans la plaine du Radan à Bellefontaine, aucun homme ne pense que les mitrailleuses sont si proches. Les jeunes Français au pantalon rouge, tombent, les uns après les autres.

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Les pertes s’élèvent à près de 1 000 pour le 120e RI, en quelques heures seulement.

Le cousin, Octave CARPENTIER, figure au nombre des victimes. Il ne reverra jamais plus les beaux paysages boisés du Ponthieu.

Après plusieurs heures d’hésitation, dans la nuit du 22 au 23, les généraux acceptent d’arrêter les combats en Belgique. La retraite est organisée, avec comme objectif de rassembler toutes les troupes françaises, dans la Marne, et marquer un coup d’arrêt définitif à l’invasion allemande.

Le 120e RI connaît encore de terribles pertes, début septembre, dans le secteur de Sermaize-les-Bains, dans la Marne. Mi-septembre, il prend alors position en forêt d’Argonne, dans cette guerre qui est maintenant devenue une guerre de tranchées.

C’est en Argonne, plus précisément au Bois de la Gruerie que, le 23 novembre 1914, Fernand GUAQUERE est tué. Il a 22 ans. François et Ernestine ont perdu leur fils aîné.

Six mois plus tard, en mai 1915, Raymond LEMAIRE, l’autre cousin, est tué en Belgique,au canal de l’Yser, en Flandre occidentale.

Les parents de Fernand GUAQUERE avaient quitté la commune de Bernay, avant la guerre, pour aller s’installer à Machy, village voisin de Bernay et de Régnière-Ecluse.

Trois années après l’Armistice, les premiers monuments aux morts ont été érigés. L’inscription des noms des Morts pour la France permettait à la population de rendre un hommage aux jeunes du village tombés en défendant leur patrie. Les noms d’Octave CARPENTIER et de Raymond LEMAIRE ont été inscrits sur le monument de Bernay-en-Ponthieu, leur village.

Celui de Fernand, n’a été inscrit, ni à Bernay, ni à Nouvion où, en tant que berger, il avait peut-être passé ses plus belles années. Le nom de GUAQUERE a été inscrit sur le monument de MACHY, village où habitaient encore ses parents après la guerre et où il a vécu quelques années. Alors que ses parents étaient encore vivants, pourquoi le prénom de « Jean Baptiste » a t’il été gravé devant le nom de GUAQUERE. Car le petit garçon qui jouait dans les rues de Bernay, le petit berger qui arpentait les pâturages de Nouvion, ne s’est jamais prénommé Jean Baptiste, mais bien… Fernand.

Une fille est née dans le foyer des GUAQUERE en 1919. Elle a été prénommée… Fernande.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Bernay-en-Ponthieu.

Retrouvez d’autres parcours à proximité de BERNAY-EN-PONTHIEU :

Clotaire PETIT de REGNIERE-ECLUSE

Alfred ABRAHAM de RUE

Maurice BRIENCHON de FOREST-L’ABBAYE

Modeste DUMINY de VIRONCHAUX

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