UN JOUR, UN PARCOURS – Alfred ABRAHAM de Rue

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 5 novembre 1892, Alfred ABRAHAM est un enfant de Lannoy.

Située au cœur du territoire du Marquenterre, la commune de Rue compte plusieurs hameaux. A la fin du XIXe siècle, quand naît Alfred, ces hameaux étant assez éloignés du chef-lieu de la commune, les habitants revendiquent leur appartenance plutôt à la section qu’au chef-lieu. Ainsi les ABRAHAM, les CAILLE, les MOUILLON, les FLOUREST, les MOLIN, les BACQUET, les GRAVELINE et les CAZIER se considèrent comme des habitants de Lannoy, plutôt que comme des Ruens. C’est au sein de ces familles bien implantées dans le hameau du Sud de la commune de Rue qu’Alfred ABRAHAM compte ses meilleurs copains. Lannoy compte environ 300 habitants au début du XXe siècle.

Alfred ABRAHAM est le fils de Charles et de Clémence. Les grands-parents paternels, comme les grands-parents maternels sont originaires de Lannoy. Les familles sont modestes et la vie n’est pas toujours facile, mais heureusement, à la campagne, la solidarité permet toujours de survivre.

Les pères des copains d’Alfred sont majoritairement des journaliers agricoles qui travaillent dans les fermes de la commune, à l’exception du père d’Alfred MOLIN qui a sa propre ferme, tout comme celui d’Albert CAZIER fermier au lieu-dit Le Canal à Lannoy. Le père des frères CAILLE est serrurier chez Stremler et Loiseau dans le village voisin de Sailly-Flibeaucourt, et celui d’Achille DOVERGNE, son voisin, est maçon.

Mais les pères meurent jeunes aussi. Alfred a un peu plus de 10 ans quand il perd son père. Il est loin d’être le seul orphelin à Lannoy. Les veuves doivent souvent se débrouiller seules pour nourrir leur famille comme c’est le cas des mères d’André FLOUREST et d’Alfred MOLIN. Léon BACQUET, orphelin lui aussi, vit chez son beau-père. Quant à Alfred ABRAHAM, la solidarité familiale a joué son rôle. Les parents de Clémence ont hébergé leur fille avec ses deux fils, Alfred et Arthur. Le grand-père Jean-Baptiste est cantonnier et la grand-mère est ménagère.

Les oncles et cousins d’Alfred sont scieurs de long ou charpentiers. C’est vers ces métiers qu’il oriente sa vie professionnelle dès que l’école n’est plus obligatoire. Alfred ABRAHAM devient menuisier-charpentier.

A 20 ans, Alfred ABRAHAM reçoit sa convocation pour le Conseil de Révision à l’Hôtel de ville. Sont convoqués également Achille DOVERGNE, le voisin d’Alfred, ainsi qu’Albert CAZIER et Lucien CAILLE, l’aîné des deux frères.

Alfred est déçu de la décision du Conseil de Révision. Ses trois copains sont affectés au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne, alors que lui doit partir dans l’Aisne, à La Fère, au 17e Régiment d’Artillerie. Les militaires ont certainement trouvé qu’un menuisier pouvait devenir un bon artilleur…

D’ici leur départ au service militaire prévu début octobre 1913, les quatre garçons continuent leur travail. Alfred ABRAHAM est donc menuisier, Achille DOVERGNE est maçon comme son père, Albert CAZIER est cultivateur comme son père et Lucien CAILLE, dont le père ne travaille plus chez Stremler et Loiseau, est manouvrier…comme l’est devenu son père.

Le 8 octobre les jeunes hommes prennent le train en gare de Rue, en direction d’Abbeville puis vers l’Est du département de la Somme, et vers l’Aisne pour Alfred.

L’arrivée à La Fère est un peu moins difficile pour Alfred ABRAHAM car il y retrouve Pierre LANGIGNON, de Rue, qui effectue son service militaire depuis douze mois. Avoir un copain de la commune pour lui servir de guide est vraiment une chance. Bon d’accord, Pierre n’habite pas Lannoy, mais quand on est aussi loin de chez soi, les rivalités territoriales internes à la commune de Rue n’ont plus vraiment d’importance.

En avril 1914, une partie du régiment revient caserner à Abbeville, à 25 km de Rue. Alfred, qui vient d’être promu caporal, y poursuit son instruction militaire et technique.

Quand la guerre est déclarée, début août, le 17e RA part vers l’Est de la France. Alfred est devenu sergent. Si les artilleurs français ne sont pas directement au contact des troupes allemandes comme peuvent l’être les fantassins, ils constituent une cible privilégiée pour les batteries ennemies. Ils sont peu touchés le 22 août, jour où le général Joffre lance sa grande offensive dans le Sud de la Belgique. Les pertes du régiment sont plus nombreuses dans un combat d’artillerie comme celui de la plaine de Cesse, près de Stenay, pendant la retraite de l’Armée française fin août.

La Marne, l’Argonne, la Meuse deviennent les champs de bataille où agissent les artilleurs du 17e RA, semant la mort dans les tranchées, sans être toujours certains de ne toucher que les ennemis…

Alfred ABRAHAM est évacué pour maladie début novembre 1915. Hospitalisé à l’arrière, il revient au front plus de 3 mois après. En avril 1916, il est à nouveau hospitalisé. Les conditions de vie sont tellement insupportables que les maladies font presque autant de victimes que les obus. Alfred s’en sort une nouvelle fois et revient combattre fin juin. A la fin de l’année 1916, il est cité à l’ordre du régiment pour avoir « contribué par son énergie à reconstituer les attelages d’une pièce dont un certain nombre de chevaux venaient d’être tués ». Passé ensuite au 83e Régiment d’Artillerie, Alfred survit à la guerre sans trop de dommages physiques. Démobilisé en août 1919, il revient à Rue.

Même s’il a côtoyé la mort pendant près de 5 ans pensant même n’y être plus sensible, il prend conscience des dégâts provoqués par la guerre parmi ses copains de Lannoy.

Les 3 copains du 120e RI, partis en octobre 1913, comme lui, pour débuter leur service militaire, sont morts. Lucien CAILLE et Achille DOVERGNE ont été tués à l’automne 1914 au Bois de la Gruerie, en Argonne. Albert CAZIER est mort quelques mois plus tard à l’hôpital de Montpellier pour bacillose pleuro péritonéale contractée pendant les difficiles combats de tranchées boueuses d’Argonne.

Alfred ABRAHAM est le seul des copains orphelins de Lannoy à être revenu vivant. Alfred MOLIN, de la classe 1913, est mort dans l’Oise, fin mars 1918. André FLOUREST et Léon BACQUET ont été tués au combat. Emile MOUILLON, un autre copain du hameau, est mort à Verdun alors qu’il avait à peine 20 ans. Alphonse GRAVELINE qui avait été exempté de service militaire pour faiblesse est mort à Mesnil-les-Hurlus, moins de 6 mois après sa mobilisation. Maurice CAILLE, le frère cadet de Lucien, a succombé à ses blessures dans un hôpital des Sables-d’Olonne.

La liste est longue. Ils auraient dû avoir entre 24 et 28 ans en cette année 1919. Le hameau de Lannoy porte le deuil de sa jeunesse.

Toute la commune de Rue est en deuil. Les morts se comptent par dizaines. Parmi eux, il y a Pierre LANGIGNON, le copain qui l’a accueilli à La Fère au début de son service militaire. Le début du service militaire paraît si loin pour Alfred…

Les noms de tous ses copains de jeunesse, ainsi que celui de plusieurs de leurs frères aînés ou de leurs cousins, sont inscrits sur le monument aux morts de Rue : Léon BACQUET, Lucien et Maurice CAILLE, Albert CAZIER, Achille DOVERGNE, André FLOUREST, Alphonse GRAVELINE, Pierre LANGIGNON, Alfred MOLIN, Emile MOUILLON…

Alfred ABRAHAM s’est marié en septembre 1919 avec Pascaline, une fille du village voisin de Bernay. Il a repris son activité de menuisier. Le couple a vécu plusieurs années dans le département limitrophe du Pas-de-Calais où sont nés Renée et Léon, avant de revenir à Bernay – où est née Lucienne – puis à Rue en 1925. Enfin, pas vraiment à Rue, puisqu’ils se sont installés à Lannoy, au lieu-dit du Petit-Lannoy, plus exactement. Alfred y a exercé la profession de scieur de long.

Alfred ABRAHAM est mort le 25 septembre 1953 à Rue.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Marie-Hélène CABOT a réalisé la collecte de données pour la commune de Rue.

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Paul CAGNY de QUEND

Oscar BOCQUILLON de VIRONCHAUX

Felix DUCLAIRE de PONTHOILE

Clotaire PETIT de REGNIERE-ECLUSE

Fernand GAQUERE de BERNAY-EN-PONTHIEU

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