UN JOUR, UN PARCOURS – Modeste DUMINY de Vironchaux

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 11 avril 1892, Modeste DUMINY a passé toute son enfance dans le village de Vironchaux.

Modeste est le fils d’Eugène DUMINY et de Modestine MASSON.

Après leur mariage à Argoules, village de naissance de Modestine, les époux s’installent à Vironchaux, dans la Rue du Cornet. Eugène est cordonnier.

Au fil des années, Modestine ayant donné naissance à onze enfants dont dix ont survécu à la mortalité infantile, la maison devient trop petite. La famille reste à Vironchaux mais se déplace vers une habitation plus grande dans la rue qui mène au hameau de Mézoutre. Eugène y est toujours cordonnier.

Quand la famille DUMINY habite à Vironchaux, le village compte environ 600 habitants. Situé dans le canton de Rue, le village se situe entre Vron et Crécy-en-Ponthieu, à moins de deux kilomètres de la Vallée de l’Authie. L’activité y est principalement agricole.

C’est vers l’agriculture que les enfants DUMINY se tournent dès qu’il faut trouver un emploi. Le métier de cordonnier du père ne permet pas de nourrir toute la famille. Loin de là !

Les DUMINY vivent très pauvrement. La malnutrition nuit au bon développement des organismes et obtenir un travail qui permettra de se nourrir correctement devient rapidement une priorité. Si l’école remplit les têtes, elle ne remplit pas les estomacs. Les enfants DUMINY suivent les cours de Monsieur GAVOIS, l’instituteur public du village, avec peu d’assiduité. S’occuper du bétail ou travailler dans les champs est beaucoup plus important pour eux, surtout si le fermier offre le couvert. Constant et Modeste arrivent péniblement à déchiffrer, les six autres garçons de la fratrie ne savent ni lire ni écrire. Sur les onze enfants, il y a huit garçons. Huit  DUMINY de Vironchaux, tous nés dans le village. Un village qu’ils ne quittent que pour se rendre dans les fermes des alentours ou pour aller vendre les produits de la basse-cour ou du potager aux marchés de Rue ou d’Abbeville.

Les garçons DUMINY se prénomment Eugène, Constant, Clotaire, Alfred, Jules, Modeste, Abraham et Oscar. Eugène l’aîné, est le premier à quitter la maison. Il s’installe avec Hélène son épouse, Rue du Fort-Mardi. Une fille prénommée Juliette naît en 1903. Constant, le second de la fratrie, quitte Vironchaux et s’installe à Canchy, village voisin.

Dans la maison de la Rue de Mézoutre, il reste encore huit enfants et même si les plus grands rapportent un peu d’argent, la situation reste très compliquée.

En 1907, la famille déménage pour s’installer dans la ville très proche de Crécy-en-Ponthieu. Modeste est âgé de 15 ans. Pour tous ces enfants qui n’ont connu que Vironchaux depuis leur naissance, le départ est difficile.

Pour les garçons, le constat est implacable. Il est impossible de rester à Vironchaux car les petites fermes du village ne peuvent tous les embaucher. Etre journalier, de temps en temps, en fonction des saisons et des besoins, n’est pas une solution d’avenir. C’est pourquoi Eugène prend cette décision d’installer sa famille dans la Rue de la Maladrerie à Crécy. Il continuera d’y exercer son métier de cordonnier et ses fils se feront embaucher dans les grandes exploitations agricoles ou les fabriques de la commune.

C’est par Emile CHIREUX, un copain d’enfance de Clotaire DUMINY à Vironchaux, que la fratrie apprend que Paul THERET recherche des ouvriers agricoles. Cette ferme, une des plus grandes du secteur, est dirigée par un jeune homme de trente ans à peine, originaire comme son épouse, du Pas-de-Calais. Paul THERET emploie une vingtaine de personnes dont près de la moitié est logée dans la ferme. Le personnel est constitué de jeunes hommes venus quelquefois de loin pour être embauchés.

Clotaire DUMINY, recommandé par son copain Emile CHIREUX, se fait embaucher. Abraham et Modeste DUMINY ses frères cadets, le rejoignent dans la ferme de Paul THERET. C’est enfin la fin de la galère pour la famille DUMINY puisque les trois autres frères, Alfred, Jules, Oscar et les sœurs, Eugénie et Julia encore présentes à la maison ont également trouvé un emploi comme domestiques ou comme ouvriers d’usine dans la commune de Crécy.

Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille pour les DUMINY. La famille quitte Crécy en 1912 pour rejoindre la capitale du Ponthieu. Eugène et Modestine s’installent dans le Faubourg de la Portelette, au sud du centre-ville d’Abbeville, avec plusieurs de leurs enfants. Les fabriques y sont nombreuses et l’emploi facile à trouver. Dans la grande ville, l’intégration sera peut-être plus simple et la vie plus paisible ?

Quand le tocsin résonne à la collégiale Saint-Vulfran, le 1er août 1914, et que le garde-champêtre passe dans la rue pour déclamer le texte précisant les conditions du rappel des hommes pour la Mobilisation générale, Eugène et Modestine comprennent rapidement que leurs huit fils sont concernés par la guerre. Et si les deux cadets, Abraham et Oscar n’ont que 19 et 18 ans, leur tour risque aussi d’arriver.

Le 2 août, trois des garçons DUMINY prennent le train pour rejoindre leur régiment : Eugène né en 1878, Clotaire en 1886 et Alfred en 1888.

Pour les autres frères, le départ n’est pas pour maintenant. Constant né en 1883 reste à Canchy, où il réside maintenant. Jules, né en 1890  et Modeste en 1892 demeurent chez leurs parents, Rue Henri Picquet. Tous trois sont exemptés de service militaire pour faiblesse générale. L’armée n’a pas besoin d’eux pour l’instant. Constant est finalement mobilisé le 10 novembre 1914. Modeste est convoqué quelques jours plus tard pour être examiné par une commission de médecins militaires. Jugé également apte, il rejoint le 128e Régiment d’Infanterie le 30 novembre 1914. Jules, le troisième frère, ne partira jamais, toutes les commissions médicales l’examinant entre 1914 et 1917 estimant son état de santé suffisamment dégradé pour l’empêcher de partir à la guerre.

Après quelques semaines d’instruction militaire, Modeste DUMINY rejoint le 89e Régiment d’Infanterie le 18 mars 1915 avec lequel il découvre l’horreur du front et des tranchées. Le 15 avril 1916, il est tué à l’ennemi à la Ferme de Buzemont.

C’est également dans la Meuse, près de Verdun, que son frère Constant est mort quelques mois plus tôt dans la trop fameuse Tranchée de Calonne, près de Verdun.

Quel sort a réservé la guerre aux trois frères qui avaient été mobilisés le 1er août 1914 ?

Eugène le frère aîné, a été blessé par éclats d’obus à plusieurs reprises. Réformé en juin 1915 pour bronchite bacillaire, il a malgré tout rejoint la Section d’Infirmiers de Boulogne-sur-Mer qu’il ne quittera qu’en février 1919.

Clotaire n’a pas combattu longtemps. Incorporé au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied, il a été évacué pour maladie et réformé définitivement le 28 octobre 1914 pour « bronchite des sommets de nature spécifique ».

Quant à Alfred, il a passé une bonne partie de la guerre dans les hôpitaux. Non pas à cause des deux phalanges de l’index gauche perdues le 29 octobre 1914 au Bois de la Gruerie, mais en raison de la teigne favique dont son cuir chevelu est atteint. Réformé en mars 1915 à Brest, jugé apte au service armé en septembre, à nouveau réformé en novembre 1915, il a été jugé à nouveau apte à combattre en septembre 1916. Cependant, dans l’enfer des tranchées, la maladie d’Alfred n’a jamais pu être soignée. Il devra attendre mars 1917 pour être enfin réformé définitivement par la commission de Réforme de Nantes et hospitalisé au Centre de dermatologie de Saint-Riquier.

Enfin, pour les deux plus jeunes frères Abraham et Oscar leur guerre s’est surtout passée devant les médecins militaires. Exemptés, jugés finalement aptes avant d’être à nouveau exemptés, c’est surtout le combat contre la maladie qui les a mobilisés. Abraham avait la tuberculose et Oscar, le dernier fils de la fratrie DUMINY, extrêmement maigre, était beaucoup trop faible pour rejoindre l’Armée.

Jules et Abraham DUMINY, après leurs mariages, ont vécu chez leurs parents, avec leurs épouses, pendant quelques années dans la maison familiale de la Rue Henri Picquet à Abbeville. Puis chacun a suivi sa voie, toujours tracée par la recherche du travail, déménageant au gré des nouvelles perspectives d’emploi. Journaliers, manouvriers, domestiques, tel était le sort réservé aux enfants DUMINY de Vironchaux pour toute leur vie.

Les noms des deux frères DUMINY tués pendant la guerre ne sont pas inscrits sur le monument aux morts de Vironchaux, le village de leur naissance et de leur enfance. Celui de Constant figure sur le monument de Canchy, commune où il habitait avant d’être mobilisé.

En 1923, quand l’imposant monument aux morts abbevillois réalisé par le sculpteur amiénois Louis Leclabart a été inauguré, Eugène et Modestine DUMINY résidaient à Abbeville. C’est donc sur ce monument qu’a été gravé le nom de leur fils Modeste. Le nom d’un jeune homme âgé d’à peine 24 ans inscrit sur le monument d’une commune qui n’était pas vraiment la sienne. 

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Vironchaux.

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Clotaire PETIT de REGNIERE-ECLUSE

Fernand GAQUERE de BERNAY-EN-PONTHIEU

Maurice BRIENCHON de FOREST-L’ABBAYE

Cyrille FAUCHEZ de CRECY-EN-PONTHIEU

Alfred ABRAHAM de RUE

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