UN JOUR, UN PARCOURS – Kléber DUBERT de Famechon

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 7 octobre 1892, Kléber DUBERT est le 6e des 7 garçons de Céline Pecquet et Francisque DUBERT.

Céline est originaire d’une famille de charpentiers de Frémontiers, à l’Ouest de Conty, dans le Sud de la Somme. Le père de Francisque DUBERT était domestique de ferme à Guizancourt, village situé à 7 km à peine de Frémontiers. Francisque et Céline se sont mariés à Frémontiers, en 1872, puis se sont installés à Famechon, commune située entre Frémontiers et Guizancourt, entre les Pecquet et les DUBERT.

Francisque est couvreur. Le couple réside sur La Place, à Famechon quand naît leur premier enfant, Eugène. La fratrie s’agrandit pour atteindre, en 1897, à la naissance du dernier enfant, Edmond, le chiffre de 9. Sept garçons et deux filles. Mais quand naît Edmond, les plus grands, Eugène, Joseph et Paul travaillent déjà depuis longtemps. Ils sont couvreurs comme leur père, à qui ils viennent apporter leur aide.

Les deux filles se prénomment Camille et Bernadette, et les 7 garçons, Eugène, Joseph, Paul, Aimé, Martial, Kléber et Edmond.

En 1897, le frère aîné, Eugène, qui réside Chemin de Poix, déjà marié, devient père d’une petite Eugénie, qui aura donc le même âge que son oncle, Edmond.

C’est dans cette grande famille, au cœur d’un petit village de moins de 200 habitants, que Kléber vit ses premières années.

Si le village est petit, il est loin d’être isolé. Deux routes importantes le traversent. Celle qui va de Poix à Moreuil, et la route qui relie Moyencourt à Grandvilliers, dans l’Oise. La ligne de chemin de fer Amiens-Rouen passe également dans la commune, et le village a même la chance de disposer d’une gare.

L’activité principale est tout naturellement l’agriculture. Les céréales et les plantes fourragères occupent la plupart des terres cultivables. Une grande laiterie installée dans le village recueille, chaque matin, le lait des environs.

Les enfants DUBERT ne deviennent pas cultivateurs, mais, comme leur père, couvreurs. Moyencourt, Blangy, Bergicourt, Frémontiers, mais aussi Poix ou le secteur de Grandvilliers, dans le Nord de l’Oise, les DUBERT sont habitués à se déplacer en famille, assez loin de Famechon, pour monter sur les toits.

Alors qu’il n’a que 9 ans, Kléber DUBERT perd un de ses frères aînés. Paul meurt de maladie juste avant de partir au service militaire, à l’âge de 21 ans.

Après avoir quitté l’école, Kléber n’est pas couvreur. Il est employé dans l’usine hydraulique pour la  cuivrerie de Marcel Dehesdins, à Famechon. Dans le village, on l’appelle La Fabrique.

Kléber passe à vingt ans devant le Conseil de Révision, à l’Hôtel de ville de Poix. Le grand jeune homme blond d’1m80 est affecté au 12e Régiment d’Artillerie. Pour les ouvriers spécialisés comme Kléber, c’est souvent l’arme qui leur est choisie.

Le 8 octobre 1913, Kléber prend le train à Famechon en direction de Paris, puis de l’Est de la France. Le 12e RA est caserné dans les Vosges. Après la déclaration de guerre, le 12e RA vient apporter son soutien à l’infanterie sur de nombreux terrains de combats: les Vosges, la Marne, l’Artois, les Flandres, puis Verdun et la Somme, en 1916. Les hommes du 12e RA, même s’ils ne sont pas dans les tranchées de première ligne, voient la mort de très près.

C’est dans les Vosges, en avril 1917, que Kléber est blessé pour la première fois, au côté droit, par éclats d’obus. Après un séjour à l’hôpital de Bruyères, il revient au front deux mois plus tard. Le 16 avril 1918, Kléber est cité à l’ordre du régiment : « très bon servant, très dévoué, très courageux, ayant droit par suite de la mort au champ d’honneur de deux de ses frères, à un poste moins exposé, l’a toujours refusé »…

Alors que la guerre n’est pas encore terminée, Kléber a déjà perdu deux frères.

Eugène, le grand frère, mobilisé le 2 août 1914 à l’âge de 40 ans, a été tué dès le 11 novembre 1914 dans le bourbier de la Bataille de l’Yser, à Lombaertzyde.

Aimé, né en 1888, est, quant à lui, tué à l’ennemi, le 7 avril 1915, à Maizeray, dans la Meuse.

Kléber est encore blessé au printemps 1918, mais les éclats d’obus n’ont fait, une nouvelle fois, que des dégâts peu importants. Kléber DUBERT va survivre à la guerre. Démobilisé le 19 mai 1919, il est reclassé comme homme d’équipe aux Chemins de fer du Nord, à Petit-Quevilly, en Seine-Inférieure, où le rejoindra son jeune frère, Edmond. Kléber poursuivra sa vie loin de Famechon, entre Normandie et Région Parisienne.

La guerre a tué encore, plusieurs semaines après l’Armistice. Martial DUBERT, un des fils couvreurs de Francisque, a été hospitalisé, dans les derniers jours de la guerre, à l’hôpital N°124 d’Amiens. Il y est mort le 28 avril 1919 de tuberculose pulmonaire, maladie contractée au service, et déclaré, comme ses deux frères, Eugène et Aimé, morts pour la France.

Après avoir perdu un de ses fils, et son mari, quelques années plus tôt, la pauvre Céline vient de perdre 3 de ses fils à la guerre. Comment la vie va-t-elle pouvoir continuer ?

Céline devient nourrice pour l’Assistance Publique et les petites pupilles qu’elle élève, comme Léonie et Pauline, juste après la guerre, la motive à continuer à se battre pour vivre. Mais que l’après-guerre est compliqué.

Peu de temps avant d’être mobilisé, en août 1914, Eugène, le fils aîné des DUBERT, avait déménagé avec Jeanne, son épouse, et ses deux filles, Jeanne et Antoinette, à Bergicourt, commune voisine de Famechon, pour s’installer dans la Rue Carruette.

Quand il a fallu inscrire les noms des Morts pour la France sur les monuments aux morts, les municipalités de Famechon et de Bergicourt ont réalisé leur travail d’une façon très « administrative ». Respectant, à la lettre, les recommandations de l’Etat, c’est la commune inscrite sur le Livre d’Or des Pensions qui a été choisie. La pension compensatoire versée pour les décès d’Aimé et de Martial a été envoyée à Famechon, et celle pour le décès d’Eugène a été envoyée à sa veuve, à Bergicourt.

Aujourd’hui, comme une déchirure supplémentaire dans la fratrie des DUBERT, détruite par la guerre, on trouve les noms d’Aimé et Martial sur le monument de Famechon, et celui d’Eugène, qui a pourtant vécu la presque totalité de sa vie dans le même village que ses frères, sur le monument de Bergicourt.

Une cicatrice familiale encore visible aujourd’hui. Plus d’un siècle plus tard.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Famechon.

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