UN JOUR, UN PARCOURS – Emilien BLANGY de La Faloise

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 26 avril 1891, Emilien BLANGY a passé une grande partie de sa vie à La Faloise, petite commune de la Somme située au Sud d’Amiens.

Tertullien, son père, est âgé de 22 ans  et Amélia de 19 ans seulement quand leur décision de se marier est prise. Amélia GUILLUY, mineure, obtient le consentement de ses parents, épiciers à La Faloise. L’union est célébrée le 27 avril 1886.

En 1887 naît Albert ; en 1888 Tertullien ; en 1890 Georgette et en 1891 Emilien. Ce dernier voit le jour à Folleville, village voisin, où la famille réside pendant très peu de temps.

Tertullien, le père de famille, a réussi à se faire embaucher par la Compagnie du Chemin de fer du Nord comme cantonnier. La grande ligne qui va de Paris à Longueau, près d’Amiens, pour ensuite se diriger vers Lille ou vers Calais, passe sur le territoire de la commune de La Faloise. Le village et sa gare constituent même le point d’entrée de la ligne de chemin de fer dans le département de la Somme en venant de Paris. La commune est limitrophe au département de l’Oise. Le tronçon entre la Gare du Nord à Paris et le nœud ferroviaire de Longueau est très emprunté, aussi bien par les passagers que pour le transport de fret. L’entretien des voies est donc indispensable. Tertullien ne chôme pas !

En 1892 naît Georges puis en 1893 Germaine ; 1894 Marius ; 1896 Robert ; 1898 Hector ; 1899 André et Jeanne en 1902. Onze enfants en 15 ans. Avec autant de jeunes enfants à la maison, la pauvre Amélia non plus ne chôme pas ! Et comme si la famille n’était pas encore assez grande, un petit dernier prénommé Léon arrive cinq ans plus tard.

Le salaire de Tertullien ne permet pas de nourrir toutes les bouches. Aller à l’école de Monsieur BOUCHER, l’instituteur public, ne devient donc pas une priorité pour les enfants. La priorité est de trouver rapidement des petits travaux dans les fermes de La Faloise, de Folleville ou d’autres villages du secteur, entre Somme et Oise pour, à défaut de rapporter de l’argent à la maison, au moins d’être nourri par l’employeur d’un jour.

A peine âgé de douze ans, ne sachant ni lire ni écrire, Emilien quitte la maison pour aller vivre chez Alfred LEROY, Rue d’Enfer. Mieux qu’un statut de journalier, il est domestique de culture à l’année, nourri et logé dans la ferme de son patron.

Georges, son cadet, suit le même chemin. Il bénéficie du gîte et du couvert dans la ferme BRUNEL à Hallivillers.  

Albert, l’aîné de la fratrie travaille comme garçon laitier. Quant à Tertullien, le second garçon, la maladie l’a emporté alors qu’il n’avait pas encore 14 ans.

Quand Tertullien, le père, disparaît en 1906, la pauvre Amélia reste seule pour élever les plus jeunes des enfants.

La guerre éclate, le 3 aout 1914. Amélia ne sait pas quel sort va être réservé à ses enfants. Mais cette guerre, même si on la prévoit courte, n’annonce rien de bon ! Sept de ses fils sont âgés de 15 à 27 ans. Seul le petit Léon, qui n’a pas encore 8 ans, semble à l’abri d’une éventuelle mobilisation.

Emilien et Georges sont déjà sous les drapeaux. Ils effectuent leur service militaire, Emilien au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne et Georges au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied d’Amiens. Mais depuis plusieurs mois, les 2 régiments ont été déplacés vers la Meuse, près des frontières de l’Est. Emilien et Georges sont bien loin de la Somme quand la Mobilisation générale est décrétée. Ils ne pourront pas embrasser leur mère. Ils sont déjà sur place, là où les combats se dérouleront bientôt.

Albert, l’aîné, est rappelé et part le 4 août. Il est affecté au 150e Régiment d’Infanterie.

Les autres frères, même s’ils n’ont pas encore 20 ans, sont également mobilisés plus tard, Marius en septembre 1914, Robert en avril 1915, Hector en 1917 et André en avril 1918, alors qu’il vient juste d’avoir 19 ans.

Emilien BLANGY survit aux violents combats de Bellefontaine, le 22 août 1914. Plus de 1 000 hommes du 120e RI sont hors combat. De nombreux copains du canton ont été tués ou blessés. Mais Emilien ne survit pas à la Bataille de la Marne, quelques jours plus tard. Le 7 septembre, il est déclaré disparu, à Sermaize-les-Bains.

Après la Bataille de la Marne, le régiment de son frère Georges, le 8e BCP, quitte alors le sol français pour celui de la Belgique, en Flandre occidentale et y livre des combats particulièrement meurtriers. Hospitalisé à Hondshoote dans le Nord pour y être soigné, Georges BLANGY meurt de ses blessures.

Marius BLANGY, affecté comme son frère Georges au 8e BCP, est fait prisonnier par les Allemands à l’automne 1915. Mais gravement blessé, il ne peut être transporté vers les camps Outre-Rhin. Il meurt des suites de ses blessures à l’hôpital des prisonniers de Rethel, dans les Ardennes.

Les autres frères ont survécu. Albert, blessé gravement au bras par éclat d’obus à Rancourt, en septembre 1916, a pu après la guerre, entrer aux Chemins de fer, devenant quelques années plus tard Chef de la Petite Vitesse à Serqueux, près de Rouen.

Robert est devenu conducteur de tracteur agricole, Hector chauffeur d’automobile et André garde-moulin.

Après la guerre, Robert et Hector sont revenus vivre quelques temps chez leur mère, puis les enfants ont construit leur vie. C’est le petit Léon qui est resté le dernier avec sa mère, dans la maison de la Rue d’En Haut. Léon est devenu, comme feu son père et comme son frère aîné, employé à la Compagnie du chemin de fer du Nord.

C’est Louis LECLABART qui réalisa le monument aux morts du village. Un monument assez original puisque l’artiste picard qui réside Rue de Mareuil, dans le quartier de la Neuville à Amiens, près des Hortillonnages, y a sculpté un tourbier avec son grand louchet à la main, se recueillant sur la tombe d’un soldat.

Quand le monument a été inauguré le 17 septembre 1922, les familles endeuillées du village étaient présentes. Amélia, Veuve BLANGY, avec plusieurs de ses enfants, a assisté au dévoilement du monument. Sur les neuf noms gravés, trois étaient ceux de ses fils.  Emilien avait 23 ans, Georges 22 ans et Marius 21 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme – Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Folleville et  Jean-Claude MAISON a réalisé la collecte de données pour la commune de La Faloise.

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