UN JOUR, UN PARCOURS – Tancrède FLOURY de Conty

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 9 octobre 1893, Tancrède FLOURY est le fils d’Armand et d’Isaline.

Armand est bûcheron, mais aussi un peu homme à tout faire. Le père d’Isaline est berger. Ils sont originaires de deux petits villages, Oresmaux, pour Armand, et Frémontiers, pour Isaline, deux communes du Sud de la Somme se trouvant à l’Est et à l’Ouest de Conty.

Après s’être mariés dans le pays de la jeune fille, comme le veut la tradition, Armand et Isaline se sont installés à Conty, au lieu-dit Les Hargers. Jules, leur premier enfant, est né en 1892, puis sont arrivés Tancrède en 1893 et Marceau en 1894. Trois enfants en trois ans. Trois fils. Une fille, Rachelle, viendra compléter la fratrie, mais beaucoup plus tard. Dix ans après la naissance de Marceau. La famille s’installe ensuite Rue Verte, près de la rivière Selle.

Pendant leur enfance, les trois frères FLOURY ne se quittent que rarement. Ils jouent aux mêmes jeux, fréquentent – pas toujours avec assiduité – la même classe d’école, et n’hésitent pas à aider leur père, ensemble, dans son métier de bûcheron ou pour s’occuper du potager et de la basse-cour.

A peine âgé de 14 ans, Jules est le premier à trouver un emploi. Il est domestique chez Bonfils, le marchand de grains de Conty. Mais il n’y reste pas très longtemps. Tancrède se fait embaucher chez le chapelier, Battersby. Marceau et Jules l’y rejoignent. Les inséparables frères FLOURY sont ouvriers chapeliers.

Conty est une commune en pleine expansion au début du XXe siècle. L’activité économique est riche et variée dans ce chef-lieu de canton de 1200 personnes. La commune s’est bâtie dans la large vallée formée au confluent de la Selle et des Evoissons. La force hydraulique constitue une richesse et a permis l’implantation de plusieurs entreprises. Une scierie, une tabletterie, un moulin à cylindres, une tréfilerie comptent plusieurs dizaines d’employés.

Conty ne compte pas moins de 18 chemins vicinaux, de grande communication ou ordinaires, qui en font un point de convergence pour toute cette région située au Sud de la Somme et au Nord de Beauvais, dans l’Oise. Chaque vendredi, on vient de tout le canton, au marché. Quand c’est le franc-marché, le 3e vendredi du mois, on vient d’un peu plus loin. Et alors, quand Conty organise ses foires à bestiaux, au moins 4 dans l’année, les éleveurs de toute la Somme et du Nord de l’Oise  s’y retrouvent. Et bien souvent, les bêtes à cornes achetées sur la place de Conty sont dirigées sur Paris et les moutons dans le Nord de la France.

La grande papeterie de Monsieur Rouillon a été reprise par des Anglais du nom de Battersby, puis transformée, pour y fabriquer des chapeaux de feutre. Pour y loger leurs contremaîtres, les frères Battersby font construire des maisons inspirées de l’architecture britannique. Ce quartier prend le nom de Quartier Anglais.

Quand arrivent les 20 ans, les jeunes hommes savent qu’il va falloir répondre à l’appel de la Nation. Jules est le premier à atteindre cet âge. Il répond à la convocation du Conseil de Révision qui le juge apte au service armé. Le 10 octobre 1913, Jules prend le train en gare de Conty pour rejoindre Amiens. Il est affecté au 72e Régiment d’Infanterie pour y effectuer son service militaire.

Quelques jours plus tard, le 27 novembre 1913, Tancrède, l’y rejoint. Les inséparables vont effectuer leur service militaire dans la même caserne. Quelle chance ! Et si Marceau, qui n’a pas encore 19 ans, était lui aussi incorporé au 72e RI d’ici quelques mois, le trio pourrait être reconstitué…

Mais Marceau n’a pas encore 20 ans quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914. Le 72e RI quitte Amiens, le 5 août, pour aller caserner dans le département de la Meuse. C’est dans ce secteur que le 2e Corps d’Armée, celui de la Région Militaire d’Amiens, va avoir à se positionner pour défendre la frontière.

Lors de la terrible Bataille des Frontières, le 22 août, le 72e RI est relativement épargné. Placé en soutien d’autres régiments picards comme le 51e RI ou le 128e RI, le 72e connaît peu de pertes. Par contre, quelques jours plus tard, entre le 6 et le 10 septembre, quand tous les régiments français se sont repliés et qu’il faut arrêter les Allemands, dans la Marne, les hommes du 72e RI connaissent alors vraiment l’épreuve du feu, ou plutôt l’épreuve de l’horreur. Les pertes sont très importantes. Tués, blessés, prisonniers, le 72e RI perd plusieurs centaines d’hommes dans le secteur de Maurupt-le-Montois.

Le 10 septembre, Tancrède est grièvement blessé. Evacué vers les hôpitaux de l’arrière, il ne revient au front qu’en mars 1915.

Son frère Jules est évacué pour maladie à la fin du mois de novembre 1914. Les conditions de vie dans les tranchées sont inhumaines. La pluie et le froid ont raison des organismes. Jules est hospitalisé à l’hôpital militaire d’Amiens. Il ne revient au front qu’en juillet 1915. Il y retrouve son frère, Tancrède.

Le frère cadet, Marceau a été mobilisé le 1er septembre 1914. Il n’a que 19 ans. Marceau n’est pas incorporé au 72e RI, mais au 4e Régiment de Zouaves. En mars 1915, il part avec l’Armée d’Orient dans le Sud Tunisien.

Les frères FLOURY ont eu un comportement exemplaire, et tous les trois seront médaillés. Tancrède obtient la Croix de Guerre, « 2 étoiles de vermeil et 1 étoile d’argent », notamment pour avoir été, en mai 1918, un « mitrailleur d’un courage et d’un calme merveilleux. Faisant partie d’un groupe cerné par l’ennemi, a été blessé en se dégageant dans un combat à corps à corps ».

Marceau a été blessé à plusieurs reprises. Au bras droit, au genou, à la main droite, à la tête… Cassé de partout, lui aussi est médaillé. Croix de Guerre « étoile de bronze » et agrafe Tunisie. La hiérarchie militaire note qu’il a été un « zouave courageux et dévoué. A pris part au combat des Dardanelles ».

Jules est médaillé aussi. Blessé gravement à l’épaule droite, il en garde un handicap bien après la fin de la guerre. En juin 1918, Jules est fait prisonnier, en forêt de Retz, dans l’Aisne. Emmené en captivité en Allemagne, il n’est rapatrié que le 10 janvier 1919.

Les trois frères FLOURY ont échappé à la mort. Les blessures physiques ont laissé de profondes traces. Quant aux blessures morales, pour eux comme pour tant d’autres, il faut tenter de les enfouir au plus profond de soi, au moins jusqu’au prochain cauchemar.

Après la guerre, les frères FLOURY ont travaillé, tous les 3, chez Bonfils, le marchand de grains de Conty. Puis leurs chemins d’adultes se sont séparés, tout en ne les éloignant pas vraiment de leur commune de cœur.

Tancrède a été le premier des trois frères à disparaître. Jules est mort en 1936 et Marceau, après la Seconde Guerre mondiale.

Tancrède FLOURY est mort le 12 janvier 1925, à l’âge de 31 ans.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Francis et Brigitte DANEZ ont réalisé la collecte de données pour la commune de Conty.

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