UN JOUR, UN PARCOURS – Emile MINER, d’Hainneville (Chaussoy-Epagny)

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 26 juillet 1893, Emile MINER est né dans une maison de garde-barrière.  Son père, Emile Auguste Ernest, est employé aux Chemins de fer. Leur maison est située sur la ligne qui relie Amiens à la Vallée de l’Ourcq, dans l’Oise, en passant par Montdidier.

Emile Auguste Ernest est né à Marest-Montiers, près de Montdidier, dans la Somme. Il s’était installé à Quiry-le-Sec avec sa première épouse, décédée peu de temps après leur mariage. C’est à Quiry qu’il a rencontré Sara Leroux. Et c’est à Quiry, dans la Somme, qu’ils ont eu leur premier enfant, Louis. Mais Emile Auguste Ernest travaille au chemin de fer, et pour son travail, il passe la frontière départementale vers l’Oise, avec sa famille, pour aller s’installer à Ménevillers, puis au village voisin de Montgérain, à une douzaine de kilomètres au Sud de Montdidier.

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Une fille, prénommée Ernestine, naît à Ménevillers, ainsi qu’Emilien, leur deuxième garçon. C’est à Mongérain que naît Emile MINER, dans la maison sur la voie ferrée, la maison de garde-barrière, comme son frère cadet, Léon.

En 1901, alors qu’il n’a que 8 ans, Emile devient orphelin. Son père, Emile Auguste Ernest n’est plus. La famille quitte alors la maison de garde-barrière. Sara et ses enfants quittent l’Oise et repassent dans la Somme, pour venir s’installer à Chaussoy-Epagny. C’est un petit village agricole, voisin de La Faloise et de Folleville, dont les territoires sont limitrophes avec le département de l’Oise.

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Sara retrouve un petit cousin, Noël, avec lequel elle partage la maison, au hameau d’Hainneville.

Si les habitants de Chaussoy et d’Epagny, les deux anciennes communes fusionnées à la Révolution française, résident plutôt sur le plateau, ceux du hameau d’Hainneville sont blottis au fond de la Vallée de la Noye. L’eau fait la richesse du hameau puisqu’elle permet de faire fonctionner un moulin à blé, un moulin à huile et une grande scierie. On trouve aussi la ferme Joly, qui sert de débit de boissons, et plusieurs maisons d’ouvriers employés à la scierie ou dans les moulins, et bien sûr,  de nombreux journaliers qui vont, là où le travail se présente.

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Emile, le petit gars né près de la voie ferrée, dans l’Oise, préfère aller travailler dans les champs. Il est domestique de culture, chez Joly, mais aussi pour d’autres fermiers de la commune.

Comme beaucoup d’ouvriers agricoles, quand vient l’heure du choix d’affectation, l’Armée hésite rarement. Les solides cultivateurs se retrouvent surtout incorporés dans les régiments d’infanterie. Le Conseil de Révision d’Ailly-sur-Noye déclare Emile apte au service armé et décide d’une affectation au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne.

Quand Emile prend le train, le 27 novembre 1913, en gare d’Ailly-sur-Noye, ce n’est pas pour se rendre à Péronne, dans l’Est de la Somme, mais à Stenay, dans l’Est de la France, dans le département de la Meuse, plus précisément. Dans les wagons qui les emmènent vers la Gare de Nord à Paris, ils sont nombreux à rejoindre le 120e. Beaucoup viennent du Vimeu, comme Florent DAIRAINES, de Miannay, ou Joseph DUCROCQ, de Fressenneville. Et ils sont au moins une quinzaine habitant Abbeville comme Charles BALEDENT, Gaëtan BOUTROY, Marcel CAROUGE ou Maurice DEBRAY.

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Arrivés à la gare de Stenay, toute la bande rejoint la caserne Chanzy, située sur les hauteurs de la ville, où de magnifiques bâtiments viennent d’être construits, à l’extérieur de l’ancienne caserne, pour y accueillir tous les appelés de la classe 13, des jeunes hommes qui, sans la loi Barthou sur l’allongement du service militaire, n’auraient été incorporés qu’en 1914.

Quand la guerre éclate officiellement, suite à la déclaration faite par l’Allemagne à la France, le 3 août 1914, tous les jeunes de la classe 13, mais aussi des deux classes précédentes, ont déjà eu le temps de faire connaissance. Le 120e est constitué essentiellement d’hommes originaires de la Somme et des Ardennes. Les sujets de conversation ne manquent pas !

Le 120e connaît l’épreuve du feu, à Mangiennes, dans la Meuse, le 10 août. Quelques centaines d’Allemands sont entrés sur le territoire français. Le 130e RI est chargé de les arrêter, et le 120e est un des régiments appelés en renfort. A part trois blessés, le 120e s’en sort bien, et cette victoire française laisse présager une fin de guerre rapide. Les Français semblent prêts à repousser les Allemands, comme ils l’ont déjà fait près de Mulhouse, le 8 août.

Pourtant, la grande offensive lancée par le général Joffre, pour chasser les Allemands de la neutre Belgique, le 22 août, est un terrible échec. Plus de 25 000 morts côté français.

A Bellefontaine, où combat le 120e RI, près de 1 000 hommes du régiment sont mis hors de combat. Les morts se comptent par centaines dans la plaine du Radan. Près de 200 morts, à Bellefontaine, sont originaires de la Somme.

Qu’il soit considéré comme originaire de l’Oise, car né à Montgérain, ou originaire de la Somme, car habitant à Hainneville, hameau de Chaussoy-Epagny, Emile MINER fait partie des victimes du 22 août 1914 à Bellefontaine. C’est là, bien loin de la riante vallée de la Noye, que se termine sa vie.

Considéré comme disparu, ce n’est qu’en septembre 1921 que Sara reçoit la nouvelle officielle de sa mort. Sept ans plus tard ! Mais depuis le printemps 1919, Sara ne croit plus au miracle. Tous les prisonniers retenus en captivité en Allemagne avaient été rapatriés. Emile n’allait plus rentrer à Hainneville.

Preuve de la difficulté de comptabiliser et d’identifier les morts, pendant le conflit, Emile a longtemps été considéré comme « décédé antérieurement au 11 juillet 1915 », puis, en 1921, comme « décédé à Virton », en Belgique. Et même si Virton n’est distant que de dix kilomètres à peine, c’est bien près du petit village de Bellefontaine qu’Emile a perdu la vie, et non à Virton.

Parmi les 191 victimes de la Somme tuées à Bellefontaine, seuls 52 corps ont été identifiés à l’ouverture des fosses communes, après le départ de l’occupant allemand. La dépouille d’Emile a pu être identifiée. Son corps repose depuis plus d’un siècle au cimetière du Radan, à Bellefontaine, en Belgique, tout près de l’endroit où il est tombé. Il avait 21 ans.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Chaussoy-Epagny.

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