UN JOUR, UN PARCOURS – André GOSSELIN de Corbie

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 6 novembre 1891, André GOSSELIN est le fils d’Henri et d’Eugénie.

Même s’il est né à Franvillers, à quelques kilomètres de là, Henri a vécu toute sa vie Rue des Boucheries à Corbie. Il y passe sa jeunesse avec sa mère devenue veuve très tôt, ses quatre sœurs et ses deux frères. Si ses quatre sœurs sont ouvrières bonnetières, ce n’est pas dans l’industrie qu’Henri fait carrière. Tout d’abord clerc de notaire, il devient ensuite employé de commerce. Il faut dire que les boutiques ne manquent pas dans le centre-ville du chef-lieu de canton qu’est Corbie.

Après son mariage avec Henri, Eugénie est venue s’installer, Rue des Boucheries. Georges est né en 1883, suivi par quatre autres garçons, Fernand en 1885, René en 1889, André en 1891 et Adrien en 1893.

La Rue des Boucheries est située dans le centre de la grande commune de Corbie, à quelques centaines de mètres de l’Abbatiale.

La gare, située sur la grande ligne de chemin de fer reliant Paris à Lille, ainsi que le fleuve Somme et la rivière l’Ancre, dont la dérivation artificielle se nomme « La Boulangerie », qui traversent le territoire, ont favorisé l’industrialisation de la commune à la fin du XIXe siècle. La commune qui compte près de 4 300 habitants est une des plus peuplées du département de la Somme.

A l’époque où les enfants GOSSELIN viennent au monde, Corbie dispose de deux moulins, d’une imprimerie, d’une briqueterie, d’une maréchalerie, de deux fabriques d’eau gazeuse, d’une usine à gaz, d’une fabrique de mèches, de trois filatures de laine, de dix fabriques de bonneterie, d’une fabrique de chaussures, d’une fabrique de jerseys et d’une fabrique d’automobiles. Plusieurs cités ouvrières ont été construites pour héberger cette nouvelle population de travailleurs.

La ville est dynamique et les projets sont nombreux, comme celui d’utiliser les chutes d’eau pour assurer l’éclairage public, ou de transformer l’ancienne usine de phosphates en distillerie.

Les GOSSELIN habitent une des rues commerçantes du centre de la ville. A côté de chez eux, le fils CREPIN a pris la succession de son père, dans l’épicerie familiale. C’est dans cette boutique qu’est employé André GOSSELIN dès qu’il a une douzaine d’années, suivi deux ans plus tard par son frère cadet Adrien. Dans la boutique ou dans la réserve, ou assurant des livraisons, le travail ne manque pas.

Georges, le frère aîné, est employé de perception, René est employé à la mairie et Fernand, employé de commerce.

Georges GOSSELIN est le premier de la fratrie à quitter Corbie. Le voyage est long et la destination dépaysante. En effet, Georges devient commis de trésorerie à Hanoï, en Indochine française.

En 1912, le Conseil de Révision de Corbie juge André GOSSELIN apte pour effectuer le service militaire. Il est incorporé le 9 octobre 1912 au 128e Régiment d’Infanterie dont deux bataillons sont casernés à la Citadelle d’Amiens. André rejoint la 10e Compagnie du 3e Bataillon.

Une année plus tard, il a le bonheur de voir le rejoindre son jeune frère Adrien, affecté, lui aussi, au 128e RI d’Amiens.

Le 5 août 1914, le 128e quitte Amiens par le train pour se rendre à Dun-sur-Meuse, près de la frontière belge. La guerre vient d’être déclarée et l’ennemi est déjà entré sur le sol de la neutre Belgique.

André et Adrien subissent leur épreuve du feu à l’occasion des combats du 22 août, près de Virton, dans le Sud de la province du Luxembourg belge. Quelques copains de la caserne sont tués ou disparus. Albert DOMART, qui habitait Rue du Marais d’Etampes à Corbie, est au nombre des victimes. Il avait débuté son service militaire à la Citadelle quelques jours avant Adrien. Albert DOMART avait 21 ans.

La retraite de l’Armée française emporte alors André, Adrien et tous les rescapés du 22 août vers la Marne. Pendant la traversée du département des Ardennes, le commandant du 128e reçoit l’ordre d’envoyer les 2e et 3e bataillons dans le hameau de Fontenois pour y combattre les Allemands et les ralentir dans leur progression derrière les troupes françaises en retraite.

Au moins 140 jeunes hommes du régiment sont tués et au moins autant sont blessés. André et Adrien échappent à la mort.

Pendant la Bataille de la Marne, quelques jours plus tard, le 128e combat à Maurupt-le-Montois. Pendant plus d’une semaine, les combats sont particulièrement violents et meurtriers. La bande des copains de la Citadelle est décimée. Les morts se comptent par centaines. René HIOT de Corbie est mort. René habitait à La Neuville, le plus important des hameaux de Corbie. Difficile de parler de hameau alors que La Neuville est presque une petite ville de près de 1 000 habitants. La famille de René HIOT habite Rue de Pont-Noyelles. Une famille de fermier. Le jeune René ne prendra jamais la suite de son père. René avait 23 ans.

C’est pendant ces combats de Maurupt-le-Montois qu’André GOSSELIN est blessé au mollet droit par éclats d’obus. Il est alors évacué une première fois pour revenir au front quelques semaines plus tard. Il est blessé une seconde fois, en février 1915. Quand il revient dans son régiment, après une hospitalisation de trois mois, son frère Adrien n’y est plus. Il a été muté dans un autre régiment, le 120e RI. Les 128e et 120e combattent alors à quelques kilomètres l’un de l’autre dans la Meuse, près de Verdun, pendant d’interminables mois d’enfer.

Adrien est porté disparu en avril 1916, au Bois de la Caillette. Son corps ne sera jamais retrouvé. Adrien GOSSELIN venait d’avoir 23 ans.

André GOSSELIN a changé ensuite plusieurs fois de régiments. Plusieurs fois de champs de bataille. Cité à l’ordre du régiment, le caporal André GOSSELIN a survécu à la guerre. Démobilisé en juillet 1919, il est revenu vivre à Corbie. Même si le front n’était pas tout proche, la ville avait subi de nombreux dommages, notamment au printemps 1918.

Quelques jours avant la signature de l’Armistice, Fernand, le frère aîné d’André, est mort à Dury. Les locaux de l’asile,  construit à la fin du XIXe siècle pour y recueillir les malades mentaux, avaient été réquisitionnés pour soigner les victimes des combats. C’est dans un lit de cet hôpital provisoire, près d’Amiens, que Fernand GOSSELIN est mort des suites de broncho-pneumonie contractée en service.

Après la guerre, Georges GOSSELIN est resté en Indochine, continuant d’y exercer sa profession de commis de trésorerie pour l’administration des Colonies. René GOSSELIN est devenu secrétaire de mairie à Corbie. André GOSSELIN a poursuivi son activité de commerçant. Il tenait une épicerie Rue Hersent, près de l’Abbatiale. Son épouse Cécile lui a donné deux fils Christian et Gérard. La vie a repris le dessus.

André GOSSELIN est mort le 1er novembre 1980 à Corbie, dans sa 89e année.

Les noms de ses frères, Fernand et Adrien GOSSELIN, sont inscrits sur le monument aux morts de Corbie.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Brigitte et Francis DANEZ ont réalisé la collecte de données pour la commune de Corbie.

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2 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – André GOSSELIN de Corbie »

  1. Excellent reportage. M.Gerard Gosselin était-il celui qui habitait face à l’ancien presbytère près de l’école maternelle près de l’abbatiale?

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