UN JOUR, UN PARCOURS – Damase OPRON de Lamotte-en-Santerre

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 12 décembre 1891, Damase OPRON est le fils de Léopold et de Célina.

Sa mère se prénomme en réalité Marie Adéline Clophée, mais dès le berceau et durant toute sa vie on l’appela Célina, prénom qui figure même dans certains actes officiels d’état-civil en remplacement des siens.

Célina est originaire de Warfusée-Abancourt et Léopold de Lamotte-en-Santerre, deux villages voisins situés au Nord-Est d’Amiens, dans le canton de Corbie. Les habitations des deux communes sont mitoyennes et il n’est pas toujours évident de savoir, pour un étranger, s’il est à Warfusée-Abancourt ou s’il est à Lamotte. Nombreux sont ceux qui traversent les deux villages en empruntant la grande route qui mène d’Amiens à Péronne.

Warfusée-Abancourt et Lamotte-en-Santerre, profitant du bon rendement qu’offrent les terres du plateau du Santerre, sont avant tout des villages agricoles. On y cultive de l’avoine, du seigle, du blé, ainsi que des betteraves à sucre et des pommes de terre.

L’autre activité est la bonneterie de laine, avec la production de châles, chandails, pèlerines, collets, coiffures et la bonneterie de coton. Ces marchandises sont ensuite expédiées vers Paris et se retrouvent dans des magasins de nouveautés dans la France entière. Les ateliers de tissage sont à domicile.

Lamotte compte un peu plus de 500 habitants et Warfusée-Abancourt un peu moins de 400.

Léopold et Célina, les parents de Léopold, se sont installés après leur mariage Rue du Faubourg, à Warfusée-Abancourt. Leur premier enfant est un garçon. Il se prénomme Edmond. Puis suivront Henri, Joseph et Edouard, trois autres garçons. Après la naissance d’Edouard, en 1886, la famille déménage est vient s’installer, quelques centaines de mètre plus loin, dans le village de Lamotte-en-Santerre.

Ils résident Rue de Bayonvillers. Léopold est ouvrier agricole, et Célina élève ses quatre garçons. En 1888, Célina donne naissance à une fille, Madeleine, avant que n’arrive, trois ans plus tard, celui qu’on ne sait pas encore être le dernier de la fratrie, Damase.

Quand Damase vient au monde ses deux frères aînés, Edmond et Henri ont déjà quitté la maison familiale.

Les fils OPRON sont tous ouvriers agricoles. Damase le devient également dès qu’il quitte l’école.

Il a à peine dix ans quand il voit mourir son frère Henri, et un peu plus de quinze quand Léopold, son père, disparait.

Pour ne pas laisser sa mère seule, Joseph reste avec son épouse, Théodosie, dans la petite maison de la Rue de Bayonvillers. Damase partage alors le quotidien de sa mère, de son frère, de douze ans son aîné, et de sa belle-sœur. Un nouvel équilibre familial s’est construit.

Joseph et Damase sont tous deux ouvriers agricoles et Théodosie est bonnetière.

En 1912, l’année où Damase doit partir effectuer son service militaire, Théodosie donne naissance à une petite fille prénommée Hélène. Mais Damase n’a pas le temps de profiter longtemps de son statut de jeune oncle. Le Conseil de Révision de Corbie l’a jugé apte au service armé. Le 12 octobre 1912, il quitte le village avec un copain de Lamotte, André LEGENDRE, affecté comme lui au 120e Régiment d’Infanterie. C’est à Marcelcave qu’ils prennent le train pour rejoindre la caserne Foy à Péronne.

Quand la guerre est déclarée, en août 1914, Damase OPRON est en première ligne. Son régiment, caserné à quelques kilomètres de la frontière avec la Belgique, va devoir tenter d’empêcher l’envahisseur allemand d’entrer sur le territoire national.

Célina a eu la chance d’avoir plusieurs garçons qui ont pu l’aider, notamment quand Léopold a disparu. Mais quand la guerre est déclarée, une mère a peur de voir partir ses fils l’un après l’autre. Damase est déjà sur place et ses frères vont suivre…

Le 22 août 1914, quand le général Joffre lance la grande offensive en Belgique pour repousser les troupes allemandes, les hommes du 120e RI s’attendent à vivre un combat difficile. Ils savent que l’Armée allemande est au moins aussi puissante que l’Armée française, et qu’il y a, près de deux millions d’hommes, répartis assez équitablement entre les deux armées, qui vont s’affronter le long des frontières belge et luxembourgeoise. Les hommes du 120e RI s’attendent à ce que le combat soit difficile, mais ils n’ont pas prévu qu’il ait lieu là où les Allemands l’ont décidé et pas là où l’état-major français l’a prévu. Quand ils s’engagent de bonne allure sur le territoire de la commune de Bellefontaine, en Belgique, le 22 août au matin, les fantassins pensent avoir uniquement à traverser la grande plaine du Radan avant d’affronter l’ennemi au moins dix kilomètres plus loin. Quand les mitrailleuses allemandes cachées en lisière des bois longeant la plaine se mettent en action, l’effet de surprise est garanti. Les Français au pantalon rouge s’écroulent les uns après les autres.

Damase OPRON ne reviendra jamais à Lamotte-en-Santerre. Il est mort sur place. C’était son premier combat armé. Il n’y en aura pas d’autre. Le petit dernier de la fratrie OPRON n’aura pas de seconde chance.

Les autres fils OPRON ont été mobilisés. Si Edmond, beaucoup plus âgé, a pu revenir en mai 1917 comme détaché agricole, Joseph OPRON a vécu une guerre bien difficile. Evacué à plusieurs reprises pour maladie – la grippe en décembre 1914 – et pour rhumatismes handicapants – il a aussi été éloigné du front suite à plusieurs blessures. Des blessures jamais assez graves pour le réformer définitivement. Il n’a été démobilisé qu’en mars 1919, alors qu’il avait presque 40 ans.

André LEGENDRE, le copain du 120e, est revenu vivant. Réformé temporairement le 1er juillet 1916 pour bronchite et amaigrissement, présentant toujours les mêmes symptômes jusqu’à la fin de la guerre, il n’est jamais retourné au front.

Joseph OPRON a eu le temps d’avoir un deuxième enfant avec Théodosie. Un petit garçon est né chez les OPRON. S’il a reçu comme premier prénom celui de Paul, c’est celui de Damase, l’oncle mort beaucoup trop tôt, qui a été donné en deuxième prénom. Comme un souvenir d’un passé à ne surtout pas effacer.

Jamais vraiment guéri, Joseph OPRON est mort cinq ans plus tard, en 1924, dans son village de Lamotte-en-Santerre, en pleine reconstruction.

Le nom de Damase OPRON figure sur le monument aux morts de Lamotte-en-Santerre.

L.J. et X.B.

En 1974, les communes de Lamotte-en-Santerre et de Warfusée-Abancourt ont fusionné, créant la nouvelle commune de Lamotte-Warfusée.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Brigitte et Francis DANEZ ont réalisé la collecte de données pour la commune de Lamotte-Warfusée.

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