UN JOUR, UN PARCOURS – Albert DURIER, de Daours

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 19 juillet 1891, Albert DURIER est le fils de Zénobe et de Céleste.

Zénobe est originaire de Bussy-les-Daours, et Céleste de Pont-Noyelles. C’est à Daours qu’ils décident d’habiter après leur mariage.

Daours est une commune de 650 habitants à la fin du XIXe siècle. Située entre Corbie et Amiens, la commune, traversée par la route départementale N°1 d’Amiens à Péronne, est un lieu de passage très fréquenté. Le canal de la Somme longe le territoire de la commune, ainsi que la grande ligne de chemin de fer entre Paris et Lille, avec une halte en sortie du village. De Daours, on peut aller partout. Ou presque.

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L’activité principale du village est l’agriculture. Les productions sont écoulées sur les marchés de Corbie et d’Amiens. 500 litres de lait sont acheminés, chaque jour, vers Amiens.  La commune de Daours compte une vingtaine de fermes. Il y a également une scierie mécanique dirigé par Monsieur Denant, près de la Somme, et l’industrie textile, avec les filatures Postel et Galland, le long du canal, qui donnent du travail aux Daoursiens.

Zénobe, tout comme Céleste, est prêt à tout faire. Il est manouvrier. Elle est journalière. Tout travail est bon à prendre ! Ils habitent dans le cœur du village, dans la Rue Haute du Cimetière, et travaillent pour différents fermiers.

Zénobe ne se prénomme pas ainsi à l’état-civil. Il faut croire que ni Firmin ni Zéphyr, ses prénoms officiels, ne convenaient.

Leur premier enfant est une fille, Geneviève, née en 1888. C’est la seule fille de la fratrie. Viennent ensuite, Gilbert et Hubert, les jumeaux, puis Albert, suivi de Léon, Robert et Ildebert. Six garçons pour une seule fille.

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Sept enfants en douze ans. Les premières années sont compliquées car aucun ne peut aller gagner un petit salaire. C’est Geneviève qui, la première, a l’âge légal pour être embauchée. Elle rentre à la filature Galland. Ensuite, à leur tour, Gilbert et Hubert, peuvent travailler, mais pas ensemble. Gilbert dans la ferme Bouthors, et Hubert dans la ferme Cazier.

Albert, lui, au début, n’a pas d’employeur régulier. Comme son père, il travaille pour qui a besoin de lui. Puis, approchant l’âge adulte, il travaille pour Lengellé, une ferme Rue de la République.

C’est à Corbie qu’Albert est convoqué pour passer devant le Conseil de Révision. Il est jugé apte et affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne.

Le 9 octobre 1912, il prend le train à la halte du chemin de fer, à Daours, pour se rendre à Péronne. Le 120e RI occupe la caserne Foy.

Douze mois plus tard, le régiment est transféré à Stenay, dans le Nord–Est de la France. Albert quitte la Somme pour la Meuse. Il n’était jamais allé aussi loin. Le service militaire se poursuit, mais la tension devient de plus en plus vive. Les officiers font savoir aux hommes que la guerre est imminente. Quand elle est officiellement déclarée, le 3 août, ce n’est une surprise pour personne au 120e. Les actions de terrain pour mettre en place des ouvrages de protection ont déjà débuté.

Le 22 août, les hommes du 120e RI traversent la plaine du Radan, à Bellefontaine, de l’autre côté de la frontière belge. Près de 1 000 hommes du 120e RI tombent, en quelques heures, à proximité du petit village de Bellefontaine, dont au moins 400 ne se relèvent pas.

Albert est mort. Sa vie prend fin ici, en lisière des bois où étaient cachées les mitrailleuses allemandes.

A Daours, la nouvelle de cette mort arrivera beaucoup plus tard. Bien après la signature de l’Armistice. Albert sera considéré comme « disparu » pendant toute la guerre, terme porteur d’espoir. Zénobe et Céleste ont pu le croire prisonnier en Allemagne.

Au printemps 1919, tous les prisonniers ont été rapatriés et Albert n’est pas revenu. La nouvelle officielle de sa mort est transmise à ses parents le 31 mai 1919.

Les parents Durier ont six fils. Et aucun n’a échappé à la guerre. Si Albert est mort, que sont devenus les autres ?

Les jumeaux, Gilbert et Hubert, ont été mobilisés le 2 août 1914. Pendant tout leur parcours de guerre, ils n’ont presque jamais été séparés. Incorporés au 19e Chasseurs d’Abbeville, ils ont été affectés ensuite au 2e Escadron de Train, puis dans l’Artillerie.

Gilbert a été blessé le 10 novembre 1916, à Assevillers, dans la Somme. L’éclatement d’un obus à quelques mètres de lui a fait tomber son cheval, et lui avec. Evacué pour une luxation « intéro-interne de l’épaule droite », il a été transféré à l’arrière, à l’hôpital où il a passé plusieurs semaines, avant un mois de convalescence. Il a survécu à la guerre, mais jusqu’à la fin de sa vie, l’épaule était douloureuse et les conséquences de cette chute lui ont provoqué de violentes crises de polyarthrite.

Hubert, lui aussi a survécu. Il a cru mourir quand des problèmes gastriques ont provoqué son évacuation des champs de bataille, en décembre 1917. Mais il s’en est sorti.

Léon, à peine âge de 20 ans, a été mobilisé le 28 août 1914. Contrairement à ses frères aînés, il n’avait pas eu de préparation militaire. Contrairement à eux, il n’a pas eu le temps d’effectuer son service militaire. Il est affecté au 18e Bataillon de Chasseurs à Pied, puis est ensuite incorporé dans des régiments d’infanterie. Le 10 juillet 1915, il est blessé près de Verdun, aux Eparges, d’un éclat d’obus dans le genou gauche. Après son hospitalisation, il revient au front et connaît les pires champs de bataille du front de l’Ouest. Alors que la guerre est terminée, en France, mais que les hommes, pas encore démobilisés, ne peuvent rentrer chez eux, Léon craque. Il déserte, le 19 janvier 1919. Il sait la situation grave et se présente, de lui-même, à Lille, le 27 février. Bien que condamné, il bénéficie de circonstances atténuantes et n’est pas emprisonné. Il est démobilisé le 18 août 1919.

Les deux plus jeunes frères, n’ayant pas atteint l’âge de 20 ans, n’ont pas débuté la guerre. Ils ont été appelés ensuite. Quelle angoisse pour Zénobe et Céleste de voir partir leurs enfants, les uns après les autres. L’un d’entre eux est considéré comme disparu. Les autres vont-ils survivre ?

Incorporé le  9 avril 1915 au 17e Régiment d’Artillerie,  Robert connaît des conditions particulièrement difficiles. En mai 1917, il est évacué et soigné à l’hôpital temporaire d’Amiens, pour abcès à l’anus. Puis en juillet 1918, nouvelle évacuation, vers Lourdes cette fois-ci, pour une vilaine entorse au pied droit, suite à une chute de cheval. Après la guerre, il ressentira  toute sa vie des douleurs

Le plus jeune des frères, Ildebert, a également été mobilisé. Zénobe et Céleste espéraient que la guerre prenne fin avant que leur fils, né en 1899, ne soit appelé. Il n’en a rien été. Ildebert est mobilisé le 20 avril 1918 au 18e Bataillon de Chasseurs à Pied. La période d’instruction terminée, la guerre s’achève. Ildebert a échappé au pire. Pourtant, affecté à des opérations de sécurisation et de nettoyage des champs de bataille, dans la Marne, il est blessé par l’explosion d’une grenade. Il perd l’index et le médius de la main gauche. Il a échappé au pire …

Cinq des six fils Durier sont revenus.

Les deux jumeaux, Gilbert et Hubert, ont fondé des familles, à Daours, et ont continué à travailler dans des fermes différentes.

Léon part vivre à Albert, ville en pleine reconstruction. Robert, est employé de chemin de fer, à Miraumont, en frontière du Pas-de-Calais, et Ildebert devient métallurgiste dans l’entreprise de boulonnerie Plouvier.

Robert a été dégagé des obligations militaires comme père de 6 enfants, et il ne doit pas être mobilisé en septembre 1939, quand la Seconde Guerre éclate. Malheureusement il meurt seulement quelques jours après la déclaration de guerre.  Seuls Léon et Ildebert sont rappelés en 1939, puis démobilisés en 1940, après la défaite française. Ildebert participe, en 1944, avec les FFI, à la libération du territoire.

Le nom d’Albert DURIER est inscrit sur le monument aux morts de Daours. Et, comme ce fut souvent le cas, il a aussi été transmis dans la famille.

Gilbert, l’un des jumeaux, a eu 5 enfants avec Suzanne, dans leur maison de la Rue Déverité, à Daours. Yvonne et Louise sont nées les premières. Quand le premier garçon est arrivé, en 1922, la décision a été prise, sans aucune hésitation. Il se prénommerait Albert. Un Albert DURIER de Daours plein de vie, pour tourner la page du malheur, sans jamais oublier.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Daours.

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