UN JOUR, UN PARCOURS – Fernand GOSSELIN de Villers-sous-Ailly

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 27 septembre 1892, Fernand GOSSELIN a connu deux villages. Jusqu’à l’âge de 8 ans, il habitait Buigny-l’Abbé, puis, suite au déménagement de la famille, il a connu Villers-sous-Ailly. Les deux communes du Ponthieu, à l’Est d’Abbeville, dans la Somme, ne sont distantes que de 8 km, mais pour les enfants, comme pour les parents, c’est bien une nouvelle aventure qui allait commencer ! Les six enfants GOSSELIN avaient déjà pris leurs habitudes de jeu avec les copains de Buigny.

Les parents de Fernand sont issus de familles de cultivateurs. Hector, le père, vient d’Eaucourt-sur-Somme, et Marie, la mère, de Buigny-l’Abbé.

A Eaucourt, Hector, tout en travaillant dans la ferme, était écangneur. Après avoir épousé Marie, il a intégré la ferme de ses beaux-parents, à Buigny. La famille s’est agrandie rapidement. Charles, Edith, Fernand, Andréa, Olga et Léonie sont nés à Buigny-l’Abbé.

Hector a alors cherché à reprendre une ferme. C’est ainsi que la famille GOSSELIN s’est retrouvée à Villers-sous-Ailly, au lieu-dit « La ferme ». Les petits derniers de la fratrie, Simone et Eusèbe, sont nés dans cette ferme.

Chez les fermiers, dans certaines familles nombreuses comme celle des GOSSELIN, il arrive fréquemment que certains enfants partent pour travailler dans d’autres fermes, ou choisissent un tout autre métier que cultivateur. Chez les GOSSELIN, tous les enfants travaillent dans la ferme familiale dès qu’ils ont quitté l’école, et ils y resteront à l’âge adulte.

Fernand, lui, contribue, comme son frère Charles, et ses sœurs, aux travaux agricoles, mais ce qu’il préfère, c’est être berger. Le métier est moins facile qu’on peut l’imaginer, et même avec un bon chien, il est toujours possible qu’une brebis aventurière s’égare.

Charles GOSSELIN, l’aîné, est le premier à partir au service militaire. Incorporé au 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville, en octobre 1910, il effectue ses deux années sans trop de difficultés. A son retour, il reprend son activité d’ouvrier agricole dans la ferme familiale. En 1913, il accomplit une période militaire de 3 semaines, afin d’entretenir les compétences acquises sous les drapeaux. Le 1er août 1914, quand l’affiche de la mobilisation générale est placardée sur le mur de la mairie de Villers-sous-Ailly, Charles sait qu’il sera un des premiers à partir.

Fernand GOSSELIN ne va peut-être pas partir à la guerre. Ajourné en 1913 pour faiblesse, il n’effectue pas de service militaire. Il n’est donc pas mobilisable au début du mois d’août 1914. Les premiers combats vont se livrer essentiellement avec ceux qui effectuaient leur service militaire avant la déclaration de guerre. Si la guerre ne dure que 3 semaines comme certains le prédisent, Fernand n’aura peut-être même pas besoin de partir…

Trois semaines après la déclaration de guerre, les pertes françaises sont déjà de 80 000 hommes. Il faut compléter des effectifs, tout particulièrement ceux des régiments d’infanterie qui ont été décimés dans les combats en Belgique et dans les départements français de l’Est. Fernand GOSSELIN est incorporé le 26 août 1914 au 51e Régiment d’Infanterie.

Arrivé au Corps le 8 septembre, Fernand suit l’instruction militaire mais n’est pas envoyé, ensuite, au front. Il est affecté dans des services éloignés des champs de bataille. Son état de santé ne permet pas d’envisager de l’envoyer combattre. Le 6 juillet 1915, il est évacué vers l’hôpital temporaire « Bonne Nouvelle » de Brest pour bronchite suspecte. Puis, quelques jours plus tard, une commission militaire le réforme définitivement pour « tuberculose pulmonaire ouverte ». Fernand est alors renvoyé chez lui, à l’automne 1915, pour s’y reposer. Mais le bon air de la campagne picarde n’est pas suffisant. Fernand meurt le 26 novembre 1915 dans la ferme de ses parents.

Charles GOSSELIN, le frère de Fernand, a connu l’épreuve du feu, comme tous ses copains du 128e RI, le 22 août 1914, près de Virton, en Belgique. Suite à l’échec de l’offensive, le général Joffre a ordonné la retraite des troupes françaises vers la Marne, afin de préparer la grande bataille du début septembre.

Pendant la retraite, le 128e RI assurait l’arrière-garde du 2e Corps d’Armée. Le 31 août 1914, à 4 heures du matin, les hommes du 128e, qui bivouaquent pour la nuit dans le village d’Autruche, dans les Ardennes, reçoivent l’ordre de se rendre dans le hameau voisin de Fontenois pour y bloquer la progression allemande. En quelques heures, les deux bataillons du 128e, envoyés sur place, sont décimés. Plus de 130 jeunes Français sont tués et au moins 150 blessés restent sur place, transportés le lendemain par les Allemands vers des camps de prisonniers Outre-Rhin.

Charles est gravement blessé par balle à la tête. Il a perdu un œil et devient sourd d’une oreille. Emmené en captivité, son état nécessite, en juillet 1916, un transfert par la Croix Rouge vers l’hôpital de Saanen, en Suisse. Rapatrié en septembre 1917, il est envoyé à l’hôpital de Montauban. Il y décède, après plus de quatre années de souffrance, le 19 septembre 1918.

Hector et Marie ont perdu deux de leur trois fils. Le petit Eusèbe, heureusement trop jeune pour être mobilisé, n’ira pas faire la guerre. Il restera à Villers-sous-Ailly, dans la ferme de ses parents.

Bien qu’en âge de se marier, les sœurs, Andréa, Léonie, et Simone, sont restées très longtemps avec leurs parents, et leur jeune frère, Eusèbe, pour permettre à l’exploitation agricole de continuer à se développer. Et quand Eusèbe s’est marié, il a repris une exploitation au Lieu-dit « Le Moulin », créant une deuxième ferme GOSSELIN à Villers-sous-Ailly.

Charles et Fernand auraient certainement eu chacun leur ferme, dans le village de leur père. Fernand aurait pu y élever son propre troupeau de moutons. Et les frères fermiers auraient pu s’entraider, les moissons redevenant une belle fête familiale pour les GOSSELIN. Mais la Grande Guerre est passée par là…

Il manquera toujours deux GOSSELIN à Villers-sous-Ailly. Deux dont les noms sont inscrits sur le monument aux morts du village, mais aussi à Buigny-l’Abbé, village de leur petite enfance, où il faisait si bon jouer avec les copains.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé les collectes de données pour les communes de Buigny-l’Abbé et Villers-sous-Ailly.

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