UN JOUR, UN PARCOURS – Jacques LEVOIR de Domqueur

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 14 juillet 1891, Jacques est le dernier enfant de la fratrie. Son frère aîné, né en 1888, se prénomme Jean et sa sœur, née en 1889, Anne-Marie.

La famille LEVOIR réside au Plouy, hameau de Domqueur dans le canton d’Ailly-le-Haut-Clocher.

Ernest LEVOIR, le père de Jacques, est propriétaire terrien. C’est lui le châtelain du Plouy. L’activité dans le hameau est avant tout agricole. Au chef-lieu, à Domqueur, la découverte récente d’un gisement de phosphates permet de donner du travail à près de 80 habitants. Un atelier de mécanique prend également de l’ampleur. Mais malgré cela, le chef-lieu comme le hameau se vident au début du XIXe siècle. Les sirènes des usines de textile des frères Saint dans la proche vallée de la Nièvre attirent de nombreux jeunes hommes qui n’hésitent pas à quitter leur village et à fonder une famille dans la commune où ils trouvent du travail. Domqueur et Le Plouy ont perdu près de la moitié de leur population en trente ans.

Au Plouy, il y a quelques fermiers, mais le principal employeur est le châtelain. Chez les LEVOIR, il y a un précepteur, une cuisinière, une femme de chambre. Il y a également plusieurs domestiques de ferme et de basse-cour qui logent au château. La propriété est grande et les terres cultivables nombreuses. Dans la Rue du Bas, où sont installés le château et ses dépendances, les membres des familles en âge de travailler sont presque exclusivement employés par Monsieur Ernest. 

C’est le cas de la famille DUVAL : Théotime, le père, est ouvrier agricole, tout comme ses fils Paul et Maurice. Paul est né en 1893 et Maurice en 1894. Même si leur classe sociale est différente et qu’ils n’ont pas fréquenté les bancs de l’école publique de Domqueur, les fils LEVOIR aiment retrouver les jeunes hommes de leur âge comme Paul et Maurice DUVAL. Au hameau du Plouy, les enfants sont rares.

L’agriculture n’est pas la véritable passion d’Ernest LEVOIR. Ce qu’il aime avant tout c’est la chasse. Et pas n’importe quelle chasse : la chasse à courre, au chevreuil et au lièvre !

Né en 1860, Ernest LEVOIR s’intéresse très jeune autant à la chasse qu’aux chiens. Dans la propriété familiale située au Plouy, il entreprend un élevage important cherchant à l’aide des chiens artésiens qu’il possède, à faire des croisements pour reconstituer le vieux type du chien d’Artois pratiquement disparu. Le travail de sélection de la race commence en 1888, année où naît Jean, le fils aîné d’Ernest. La race des « Briquets d’Artois » voit le jour. Le petit chien d’Artois a été « amélioré » pour en faire un chien de lièvre de taille moyenne. De 1903 à 1908, les chiens d’Ernest LEVOIR remportent de nombreux prix d’honneur. Ils deviennent même les vedettes de l’exposition canine de Paris en 1907.

L’équipage dirigé par Ernest LEVOIR se nomme le « Rallye Scardon ». Les chasseurs y portent « tenue à la française bleu de roi, à parementure de velours, gilet bleu, culotte mastic et bottes Chantilly ». Sur le bouton figure une tête de lièvre avec la devise « Chasse droit briquet d’Artois ».

Si Jacques suit son père dans les chasses à courre autour de Domqueur ou sur les terres de la famille de Hauteclocque à Belloy-Saint-Léonard, il n’envisage pas de poursuivre plus tard l’élevage contraignant des chiens de race. C’est Jean, le frère aîné, qui est appelé à prendre la relève.

Très habile dans le maniement des chevaux, Jean LEVOIR est incorporé au 2e Escadron du Train des Equipages d’Amiens pour y effectuer son service militaire. Le cheval est un élément déterminant dans l’organisation des régiments et dans la stratégie militaire au début du XXe siècle. C’est également au 2e Escadron du Train des Equipages qu’est incorporé Jacques LEVOIR le 10 octobre 1912. Il est promu brigadier en août 1913.

Après les premières semaines de conflit, en août et septembre 1914, les chevaux ne sont plus utilisés pour mener les combats. Dans les tranchées, la guerre est devenue une guerre de position, et les chevaux deviennent avant tout des moyens de transport pour acheminer les munitions, l’alimentation ou le courrier au plus près des poilus. Jacques LEVOIR est affecté à la 5e Compagnie de brancardiers. Pendant près de deux années, il voit l’horreur de près. Il découvre tous ces corps mutilés, ces hommes sans visage, ces lambeaux de chair qui entourent des êtres en souffrance. Des pauvres jeunes hommes dont la vie ne tient plus souvent qu’à un fil.

Le 16 août 1916, Jacques LEVOIR change d’unité et est affecté dans l’Artillerie de campagne. En mai 1917, il est promu Maréchal des Logis. La chance le quitte le 18 novembre 1917. Un obus de gros calibre explose près de lui provoquant de multiples contusions sur son corps. Jacques démontre tout son courage en refusant de quitter sa position. Il déclare « Je ne quitterai ma position que lorsque mes pièces auront tiré et que l’opération aura eu lieu ».

Le courage n’exclut pas les blessures. Gravement blessé, Jacques LEVOIR est évacué. Transporté et soigné d’hôpital en maison de convalescence, il ne retourne plus au combat. Il est définitivement démobilisé le 30 juillet 1919, quatre mois après son frère. Jean LEVOIR a également survécu à la guerre. Les deux frères peuvent regagner le château du Plouy. Hélas, si les combats n’ont pas fait de victime chez les LEVOIR, la maladie a emporté celui qui était devenu célèbre grâce aux « Briquets d’Artois ». Ernest LEVOIR est mort en avril 1918.

Ernest LEVOIR franchissant à cheval une table dressée (aquarelle d’Edouard Guy du Passage)

Tout naturellement, Jean, le fils aîné, prend la succession du père pour diriger le domaine, mais Jacques continue à vivre au Plouy. Les deux frères épousent deux sœurs. Jean se marie avec Elisabeth PRAROND et Jacques avec Anne-Marie PRAROND, toutes deux issues d’une famille bourgeoise d’Abbeville.

Les naissances se succèdent. Ernest, Marie-Françoise, Hubert, Pierre naissent au foyer de Jean LEVOIR. Gérard, Agnès, Thérèse et Bernard sont les enfants de Jacques LEVOIR. Frères et sœurs, cousins et cousines, la jeunesse est bien présente dans la propriété du Plouy au lendemain de la Grande Guerre.

A quelques mètres du château, la mort a frappé. Déclaré disparu au Bois d’Ailly dans la Meuse, le 5 mai 1915, Maurice DUVAL ne reviendra jamais au Plouy. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Domqueur. Il avait 20 ans.

Jean LEVOIR reprit provisoirement l’élevage des chiens de son père. Il s’associa avec Guy de HAUTECLOCQUE, le frère du futur maréchal LECLERC. Les croisements avec d’autres races ne réussirent qu’à alourdir le type et à ruiner la santé des chiens. Jean LEVOIR, rescapé de la Grande Guerre mais devenu sourd, se désintéressa peu à peu de la chasse à courre. En 1932, les derniers artésiens furent vendus et l’équipage quitta définitivement le Plouy pour s’installer à Belloy-Saint-Léonard.

Jean et Jacques LEVOIR sont devenus avant tout des agriculteurs, exploitant les terres du domaine autour du Plouy.

Jean est décédé en 1958 et Jacques en 1975. Pour l’un comme pour l’autre, c’est au Plouy que leurs yeux se sont fermés définitivement.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Partition musicale écrite par Ernest LEVOIR vers 1897

Merci à la famille LEVOIR pour la mise à disposition des documents sur le château du Plouy et le Rallye Scardon

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean-Claude MAISON a réalisé la collecte de données pour la commune de Domqueur.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près de  DOMQUEUR :

Marcel LE BAILLY de BUSSUS-BUSSUEL

Fernand GOSSELIN de VILLERS-SOUS-AILLY

Armand CRIMET de BRUCAMPS

Guy de HAUTECLOCQUE de BELLOY-SAINT-LEONARD

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