ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Georges SAUTY d’Ailly-le-Haut-Clocher

Né le 5 avril 1892, Georges SAUTY est le fils d’Ovide SAUTY et d’Eliacine HECQUET.

Ovide et Eliacine sont originaires d’Ailly-le-Haut-Clocher. Ils se marient au village en octobre 1883 et s’installent Rue de Long pour y construire leur famille.

Malvina naît en 1884, puis Gaston en 1887, Georgette en 1890, Georges en 1892 et Marceau en 1894. Ovide meurt au début de l’année 1899. Eliacine est enceinte. La petite Jeanne ne connaîtra jamais son papa.

Ailly-le-Haut-Clocher est un bourg d’un peu plus de 900 habitants, chef-lieu d’un canton rural situé à l’Est d’Abbeville, à 13 kilomètres de la capitale du Ponthieu. L’activité est essentiellement liée à l’agriculture. La seule exception est l’usine de boutons de nacre implantée dans la commune employant environ 80 ouvriers.

La vie devient très compliquée pour Eliacine. Le travail de manouvrière et de journalière d’Eliacine ne peut suffire à nourrir toutes les bouches. Les enfants doivent très tôt trouver du travail. Malvina, l’aînée, est boutonnières chez Georges SABRAS, le fabricant de boutons dont l’usine est située sur la Route Nationale. Gaston travaille dans les fermes. Quant à Georges, il a trouvé un emploi de domestique de ferme, avec le gîte et le couvert, chez Emile CANTRELLE, Rue de Buigny.

Le jeune Georges SAUTY est ensuite employé dans l’usine de boutons, puis il devient vacher ou ouvrier agricole selon les besoins. Ces métiers sont difficiles. Une vilaine blessure à la jambe gauche l’exempte provisoirement du service militaire. Son départ sous les drapeaux est ajourné en 1912 et en 1913. Georges reste alors chez sa mère avec la petite Jeanne.

Bien avant le début de la Grande Guerre, la vie a déjà cruellement touché la famille SAUTY de la Rue de Long.

Gaston, le frère aîné, a quitté la maison depuis plusieurs années. Après avoir effectué ses deux années au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied d’Amiens, il a construit sa famille. En 1912, à 25 ans à peine, il est déjà père de 5 enfants. Ce statut lui vaut d’être basculé immédiatement dans l’armée territoriale.

Le 1er août 1914, Gaston SAUTY est mobilisé au 14e Régiment d’Infanterie Territoriale. Ses frères, Georges et Marceau sont convoqués le 26 août. Georges part au 128e RI et Marceau au 120e RI. Les trois fils de la pauvre Eliacine vont faire la guerre. La terrible attente ne fait que débuter pour elle.

Gaston rejoint le dépôt du 14e RIT à Landerneau, en Bretagne.

Après plusieurs semaines d’instruction militaire, Georges et Marceau SAUTY sont envoyés au front.

Les deux frères combattent à quelques centaines de mètres l’un de l’autre. A l’automne 1914, le 128e et le 120e sont côte à côte pour mener une terrible guerre des tranchées, en Argonne, dans le Bois de la Gruerie. C’est le premier terrain de bataille des frères SAUTY, jusqu’à la fin janvier 1915. Ensuite, leurs régiments sont dirigés quelques kilomètres à l’ouest, dans le secteur de Mesnil-les-Hurlus. Puis au printemps 1915, leurs unités sont séparées.

Le 1er mai, dans le secteur des Eparges, Georges SAUTY est grièvement blessé au pied droit par éclats d’obus. La mort n’a pas voulu de lui…

Le 10 mai, près de La Neuville, dans la Marne, Marceau SAUTY, son frère cadet, est tué.

Malgré le statut de père de cinq enfants, puis de six enfants, Gaston SAUTY, le frère aîné, n’est pas exempté. La gestion des situations particulières est compliquée en temps de guerre. Certains n’ont rien à faire sur les champs de batailles mais les pertes à combler nécessitent quelquefois des changements de décisions. Gaston est renvoyé dans ses foyers, à deux reprises. Par erreur ! Dans les deux cas, il est rappelé ensuite et doit se présenter « sans délai » au dépôt du régiment. Gaston continue la guerre. Il ne sera pas blessé et pourra retrouver ensuite sa grande famille.

Après avoir séjourné à l’hôpital plusieurs semaines, Georges SAUTY revient au front à l’été 1915. Il est transféré au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens puis début octobre 1915, il est affecté au 1er Régiment de Génie. Sa présence dans la Génie est de courte durée puisque trois semaines après son arrivée il est évacué. La blessure est grave. La Commission de réforme estime qu’il n’est plus apte au service armé.

La longue convalescence terminée, Georges est affecté par l’Armée, en août 1917, à la Compagnie des Mines de Houilles de Marles dans le Pas-de-Calais. La main d’oeuvre masculine est alors essentiellement constituée des estropiés, malades et exemptés qu’il n’est pas possible d’envoyer au front.

Georges ne connaîtra plus les champs de batailles. Démobilisé en juillet 1919, il se retire à Ancenis, en Loire-Inférieure, où il a rencontré sa future épouse à l’occasion d’un de ses séjours à l’arrière du front. Georges SAUTY va pouvoir y construire sa vie et fonder un foyer. En 1938, l’Armée française le libère définitivement des obligations militaires comme « père de huit enfants »…

Georges a boité toute sa vie suite à sa blessure de guerre. Mais,malgré le handicap, Georges a gardé ses deux jambes. Son cousin Abel SAUTY n’a pas eu cette chance. Abel est né à Ailly-le-Haut-Clocher la même année que Georges, son cousin. Les parents d’Abel tiennent une ferme dans la Rue de Saint-Riquier. Les deux cousins ont vécu toute leur jeunesse ensemble. La première fois que Georges est arrivé au front à l’automne 1914, il y a retrouvé Abel, affecté comme lui au 128e RI. Puis, suite à des modifications d’affectation par l’état-major militaire, leurs chemins se sont éloignés. Abel a continué la guerre au 411e RI et Georges au 72e RI. En mai 1917, dans le secteur du Bois de Caurières dans la Marne, Abel SAUTY est blessé par éclats d’obus à la jambe droite. Evacué vers l’arrière pour y être soigné, Abel ne peut sauver sa jambe. Amputé au tiers supérieur, Abel SAUTY devient, à 25 ans, un invalide de guerre. Pour toute la vie…

Sur le monument aux morts de la commune d’Ailly-le-Haut-Clocher, le nom de Marceau SAUTY a été gravé. Jeune homme dont la vie a pris fin alors qu’il avait à peine 20 ans.

Georges et Abel SAUTY ont survécu. Deux jeunes cousins qui avaient 20 ans en 1914. Deux jeunes adultes, abîmés par la guerre. Deux jeunes « anciens combattants » de 25 ans, traumatisés, handicapés pour le reste de leur vie. Leur nom n’est inscrit sur aucun monument.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Retrouvez d’autres articles publiés sur notre site :

Fernand GOSSELIN de VILLERS-SOUS-AILLY

Armand CRIMET de BRUCAMPS

Michel GARDEZ de FONTAINE-SUR-SOMME

Publié par

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s