UN JOUR, UN PARCOURS – Joseph GLADIEUX de Lahoussoye

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 10 septembre 1891, Joseph GLADIEUX, aîné de la fratrie, est le fils de Joseph GLADIEUX et de Marie Joly.

Joseph, père, est originaire de Montigny-Carotte, dans l’Aisne. C’est le maire de la commune de Montigny-en-Arrrouaise qui a obtenu, en 1802, le changement officiel de nom pour sa commune. Le préfet de l’Aisne, invité à chasser sur le territoire du village avait dit au maire « Je ne m’étonne plus si vous me tirez de si bonnes carottes, car votre terroir en est plein ». Il n’en avait pas fallu plus au maire pour faire adopter ce nouveau nom. Le nom de Montigny resta accolé à celui de Carotte pendant un siècle. En 1902, Montigny redevint « en Arrouaise ».

Marie a perdu son premier mari, Ernest Pétin, en 1881, après moins de trois ans de mariage. Mère de deux enfants de ce mari disparu, elle a vu mourir son garçon à l’âge de sept ans et demi. Elle reste seule avec sa fille.

Joseph GLADIEUX, père, vient de perdre son épouse.  Les 45 ans de Joseph et les 18 ans de différence d’âge entre les deux amoureux, ne les empêchent pas de s’unir en 1890 et de fonder une famille. Peut-être que le bonheur va enfin être au rendez-vous ?

Le premier enfant de Joseph et Marie prend le prénom du père, Joseph. Il est suivi par Marie, Adrienne et Maurice.

La famille loge Route Nationale à Lahoussoye, village situé au Nord d’Amiens, sur l’axe Rouen-Valenciennes. Joseph, père, qui travaillait dans sa précédente vie à la sucrerie de Fouilloy, près de Corbie, décide de changer de métier. Il devient fermier.

Lahoussoye est un village de 331 habitants, en cette fin de XIXe siècle. Le sol du territoire est situé sur un plateau calcaire qui s’incline légèrement vers la vallée de l’Ancre. La terre y est de bonne qualité, et tout naturellement, l’activité principale est l’agriculture. Le village manque toutefois d’eau en grande quantité. Aucun cours d’eau ne traverse son territoire et seuls deux puits, d’une profondeur de plus de 100 mètres, permettent de fournir l’eau de consommation aux habitants.

Si le village s’est construit sur une grande voie de circulation, il ne dispose pas de gare. Les habitants doivent donc beaucoup marcher, aussi bien pour aller prendre le train ou vendre leurs produits des jardins et des basse-cours. Ils vont régulièrement à Corbie, et à Amiens.

On trouve encore une vingtaine de métiers à tisser dans le village. Il y a aussi une carrière et une briqueterie.

94 des 110 familles qui cultivent ou élèvent du bétail disposent de moins de 5 hectares. Autant dire qu’il s’agit surtout beaucoup plus de survivre que de s’enrichir. C’est le cas pour la famille GLADIEUX.

Le petit Joseph, plus âgé que sa première sœur de 9 ans, doit donc travailler, dès qu’il a une dizaine d’années, pour aider ses parents à nourrir toutes les bouches. Il est journalier dans les plus grandes fermes de Lahoussoye.

Heureusement qu’il y a les copains pour trouver un peu de plaisir d’enfant ! Raoul CARPENTIER, Edmond DEMETZ et Horace BRARD habitent dans la Grande Rue. Le père de Raoul est cantonnier, le père d’Edmond est tricotier, et celui d’Horace est marchand de nouveautés. Parmi les nombreux voyageurs qui transitent par la route, il y en a toujours pour s’arrêter dans le magasin de nouveautés, ou dans les cafés-épiceries. Les Pauchet ont deux établissements, tout comme les Bochet. 

 Comme ses copains, Joseph GLADIEUX sait qu’il va devoir effectuer son service militaire. Convoqué devant le Conseil de révision de Corbie, son incorporation est ajournée en 1911. En 1912, il est, par contre, déclaré bon pour le service armé. Il quitte le village, le 8 octobre 1912, en même temps que Raoul CARPENTIER. Mais si Joseph va à Amiens où est caserné son bataillon, Raoul doit partir pour Péronne et rejoindre le 120e RI.

Le 10 mai 1913, Joseph GLADIEUX quitte le 128e RI pour être affecté au 19e Escadron du Train des Equipages. Il est soldat ordonnance. Quand la guerre est déclarée, Joseph n’est pas envoyé au combat mais il reste à la compagnie du dépôt. La guerre commence plutôt bien pour lui.

Joseph ne connaît pas l’enfer du front, et ce n’est pas une balle ou un éclat d’obus qui va changer sa vie. Il est un autre terrible mal qui frappe au hasard dans la population, au sortir de l’hiver 1914. Joseph GLADIEUX est atteint de tuberculose. Hospitalisé pendant de longs mois, il est réformé, en mai 1915,  par la Commission d’Autun, pour « bronchite spécifique du sommet gauche », puis, est renvoyé dans ses foyers.

De retour à Lahoussoye, la guérison n’arrive pas. Convoqué par la Commission de Réforme d’Amiens, le 7 octobre 1915, Joseph est de nouveau déclaré réformé. Il n’ira pas à la guerre. Huit jours plus tard, Joseph GLADIEUX meurt chez ses parents, à Lahoussoye, à l’âge de 24 ans.

Joseph père était trop vieux pour être mobilisé. Le petit Maurice, né en 1905, n’est qu’un enfant. La guerre de la famille GLADIEUX prend fin à l’automne 1915. Ils ont perdu un fils. Joseph, mort de maladie, ne sera jamais déclaré « mort pour la France ». Son nom figure toutefois sur la plaque qui fait office de monument aux morts, sur le mur de l’église de Lahoussoye.

Les trois copains de Joseph ont connu des destins différents. Si Edmond DEMETZ est revenu après la guerre et a travaillé dans les fermes du village, Horace BRARD n’est jamais revenu. Affecté au 12e Régiment d’Artillerie, celui qui voulait devenir maréchal-ferrant est mort le 6 juin 1918.

Après avoir été gravement blessé à la cuisse par balle, au Bois de la Gruerie, en octobre 1914, Raoul CARPENTIER a été affecté à la 2e Section d’Infirmiers à Nantes. Il a exercé dans les hôpitaux de Tartigny et d’Angicourt, dans l’Oise, puis à Amiens. Déclaré inapte au combat, il a été ensuite dirigé, en janvier 1918, sur la 8e Compagnie d’ouvriers d’aviation. Démobilisé fin juillet 1919, il sera chef cantonnier des Ponts-et-Chaussées, comme son père. La douleur ne quittera jamais sa jambe blessée en Argonne.

Raoul est mort en janvier 1979 à Béhencourt, village voisin de Lahoussoye. Il avait 87 ans.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour la commune de Lahoussoye.

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