UN JOUR, UN PARCOURS – Albert OUDART de Bayonvillers

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 30 septembre 1893, Albert OUDART est originaire de Bayonvillers, dans le Santerre.

Le village de Bayonvillers se vide de ses habitants, en cette fin de XIXe siècle. Avec la forte diminution de l’activité de bonneterie dans la commune, en moins de 50 ans, un tiers des habitants a émigré vers les grandes villes, notamment vers Amiens et vers Paris. Il y a encore de nombreux ouvriers qui résident dans la commune, mais c’est à Harbonnières, à Rosières, à Caix ou à Villers-Bretonneux qu’ils partent travailler tous les matins.

Le village, après avoir été peuplé de badestamiers, de tricotiers et de bonnetiers, est devenu, avant tout, un village d’agriculteurs.

Albert OUDART est fils unique. Ses parents se prénomment Alcide et Julia. Ils habitent Impasse du Perrier à Bayonvillers.

Le copain d’Albert s’appelle Gustave THERY. Fils unique également, lui aussi réside avec ses parents. Ils habitent Rue des Cloitres.

Les familles d’Albert et Gustave sont assez représentatives de la commune et de ses 700 habitants de la fin du XIXe. Les OUDART travaillent dans la laine et le coton depuis plusieurs générations, alors que les THERY sont employés dans l’agriculture.

Avec un grand-père  faiseur de bas et des parents tricotiers, le destin du petit Albert OUDART était tout tracé. Après avoir quitté les bancs de l’école, en y ayant appris à lire et à écrire, Albert rejoint ses parents, pour être employé chez Capronnier, à Caix, comme tricotier.

Chez les THERY, on travaille la terre. Dans le Santerre, le rendement est supérieur à la moyenne du département. On compte 39 fermes dans la commune, et contrairement à la plupart des villages de la Somme, la taille des exploitations est majoritairement supérieure à 5 hectares. Les céréales – blé, seigle, orge, pamelle, avoine – et les betteraves sucrières constituent la part essentielle de l’activité de culture. Gustave travaille avec ses parents, comme ouvrier agricole, dans la grande ferme Herbet, à Bayonvillers.

Mais, à l’adolescence, les chemins des deux copains d’enfance se rejoignent. Gustave quitte l’agriculture pour travailler, comme son copain Albert, dans la bonneterie. Ils partent tous les deux chez Lévy. Les métiers de bonneterie à domicile ont pratiquement disparu du village, et il n’y a aucun atelier sur place par suite de l’extension donnée au tissage mécanique. Il faut donc aller chercher le travail là où il est, et quitter le territoire de la commune tous les matins.

Quand vient le moment de partir au service militaire, les deux copains sont déçus de leur affectation. Ils espéraient tellement passer ensemble les trois prochaines années. Albert OUDART est affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne, alors que Gustave THERY doit rejoindre le 72e RI, à Amiens. Ils prennent le train, le 8 octobre 1913, à la station de chemin de fer de Guillaucourt, pour un court trajet sur le plateau du Santerre, en direction de la capitale picarde. Amiens est le terminus pour Gustave. Quant à Albert, la route est encore longue puisque le 120e RI change de casernement et se rend dans le département de la Meuse, à Stenay.

Quand la guerre est déclarée, quelques mois plus tard, Albert OUDART est aux premières loges. Le 120e RI se retrouve en première ligne quand la grande offensive du 22 août 1914 est lancée par l’Armée française. La bataille que les Français livrent sur le territoire de la commune de Bellefontaine, est particulièrement meurtrière pour le régiment. Au moins 191 jeunes copains de la Somme meurent en quelques heures dans ce petit village du Sud du Luxembourg belge. Albert échappe au pire, mais le traumatisme d’avoir vu tant de ses copains du service militaire mourir ou souffrir est déjà très fort.

La suite en apportera beaucoup d’autres. Début septembre, le 120e participe à la Bataille de la Marne dans le secteur de Sermaize-les-Bains. Albert est blessé par balles au ventre et aux fesses. Il est évacué vers l’arrière pour y être soigné. Il revient fin novembre, puis rejoint le front en janvier 1915. Promu caporal, le 31 janvier, il est sérieusement blessé en février, à Mesnil-les-Hurlus. La jambe gauche a été touchée. Albert ne pourra plus s’en servir comme avant. Après avoir été soigné, la Commission de réforme de la Seine l’examine et le déclare inapte au combat armé. Le pied gauche est raide et les médecins militaires constatent une « impotence fonctionnelle du membre ».

Albert est alors affecté dans les services auxiliaires. Il est nommé caporal fourrier, puis, après la fin de la guerre, sergent. Albert OUDART revient vivre à Bayonvillers, commune fortement meurtrie par les combats de guerre qui se sont déroulés dans la Somme. En 1920, il épouse Denise. Albert restera boiteux toute sa vie, avec une jambe devenue plus courte que l’autre, mais il a survécu. Une nouvelle vie s’annonce pour lui.

Tout comme Albert, Gustave THERY a également été blessé pendant la Bataille de la Marne. En octobre 1916, blessé à Bouchavesnes, dans la Somme, il doit, une nouvelle fois,  être évacué. Il est soigné à l’hôpital du Crotoy pendant deux mois. En septembre 1917,  c’est un nouveau séjour à l’hôpital, suivi d’une courte période de convalescence.

A chaque fois, la même situation : évacuation, hôpital, courte période de convalescence ou de « détente », et retour dans l’enfer des combats au front. La peur au ventre !

Gustave est cité à l’ordre du régiment pour son sang-froid, en juin 1918, pour « avoir assuré, à plusieurs reprises, le ravitaillement en munitions malgré la menace des mitrailleuses ennemies ». Début août 1918, quatre ans après le début de la guerre, Gustave THERY est évacué d’urgence et transporté jusqu’à l’hôpital d’Alès, dans le Gard. Il y meurt le 5 août 1918.

Après la guerre, le père de Gustave quitte l’agriculture pour devenir cantonnier. Le pays est à reconstruire et les terres du Santerre sont emplies de munitions, de fils barbelés, de tôles et … de corps. Les champs ne sont plus qu’un entrelacement de tranchées à reboucher. La terre est à rendre cultivable à nouveau. Mais il faudra du temps.

Les parents d’Albert ont continué leur métier de bonnetier, rejoignant l’usine Lévy, où leur fils travaillait avant la guerre. Les usines aussi sont à reconstruire, mais peu à peu l’activité reprend dans le secteur dévasté de l’Est de la Somme.

La vie reprend.

Albert OUDART a quitté la région pour habiter dans le Sud de la Région Parisienne, avant d’y revenir de nombreuses années plus tard. En 1976, il a été décoré de l’ordre de Chevalier de la Légion d’honneur.

Albert OUDART, est mort, à Corbie, le 14 novembre 1983, à l’âge de 90 ans.

Son copain, Gustave THERY, avait 26 ans quand la maladie de guerre l’a emporté, à Alès, en 1918, après quatre années de sang-froid et de peur au ventre. Son nom figure sur le monument aux morts de Bayonvillers.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Laurent AUBERTIE a réalisé la collecte de données pour la commune de Bayonvillers.

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